Le temps de la Grande Guerre à la lecture de journaux de Besançon (suite)

Sur memoirevive.besancon.fr :
       Cinq ans de lecture de trois éditions bisontines (nov.1913 – nov 1918

Les cinq thèmes ci-dessous ont été vus précédemment :
– L’immédiat avant-guerre
– La guerre
– Morts et blessés
– Les attaques aériennes
– Censure, désinformation et propagande

– Inflation et restrictions… dures conditions de vie. Dès le début de la guerre, les habitants en perçoivent toute la gravité et tous les bouleversements induits. Le chômage effraya durant l’été 1914 avant que l’économie de guerre ne recrée de l’emploi.
Dans les journaux, il faut parfois lire entre les lignes, mais à partir de 1916 la presse dissimule moins car elle sait que la population est avertie par ce qu’elle vit, ce qu’elle voit et ce qu’elle apprend par d’autres canaux. L’inflation, mais aussi les restrictions, le rationnement sont alors fréquemment traités.  Les privations, aggravées par des hivers rudes, provoquent maladies et mort.
La vie chère est une rengaine journalistique en 1917 et 1918.

Et les conditions de vie s’aggravent au point de susciter des émeutes tant la détresse est à fleur de peau. Toutes ces difficultés rendent insupportable l’existence d’enrichis ou de profiteurs pour les plus modestes, pour les propriétaires subissant le moratoire des loyers et pour ceux dont la rente, dont celle des emprunts russes, s’écroule ou disparaît.

– Une société tourmentée. Avant guerre, le mouvement des suffragettes a sa place dans la presse. La nécessité de recourir davantage au travail des femmes après la mobilisation provoque des changements reconnus, mais aussi  des résistances de la société patriarcale tant dans le Petit Comtois que dans l’Éclair Comtois.

La violence de la guerre se répercute dans la société : plus qu’à la Belle-Époque, les avortements et les infanticides occupent les cours d’assises ;  la criminalité s’accroît en ville. Besançon, ville de garnison et de recrutement, voit défiler dans ses murs des hommes de toute condition et les délinquants en font évidemment partie. Vols, cambriolages et rixes imputables aux apaches se multiplient durant ce temps de guerre, et les soldats n’y sont pas étrangers. La prostitution s’accroît parallèlement à cette augmentation des hommes de troupe.

Les « filles soumises » sont souvent impliquées dans des délits et l’entôlage est une des pratiques les plus fréquentes mêlant des soldats complices et d’autres victimes. Le quartier populaire de Battant acquière pour longtemps une mauvaise réputation car ses habitants souffrent du chômage, des prix élevés  et du départ des chefs de famille. C’est dans ce quartier proche de la gare principale que sévissent et s’installent nombre de malandrins.

Tout aussi préoccupant pour l’avenir, l’absentéisme scolaire atteint un niveau inquiétant.

La chronique judiciaire permet de suivre les affaires criminelles traitées aux assises, les délits aux tribunaux correctionnels et, Besançon étant centre de commandement, les  conseils de guerre. Mais ces tribunaux militaires peuvent devenir l’objet de critique quand l’autorité militaire commet des abus  Lire la suite…

– La grippe espagnole. On trouvedans la Dépêche Républicaine la première évocation de cette pandémie meurtrière. Lire la suite…
Mais jusqu’en septembre 1918, la presse est dans le déni, par ignorance ou en raison de la censure qui recommande de ne pas affoler la population. Il était alors cocasse de lire les malheurs des voisins suisses soumis à l’épidémie comme si celle-ci s’arrêtait à la frontière.

A partir de septembre-octobre,  le mal est admis et chaque lecteur peut en comprendre l’ampleur. Lire la suite…
L’épidémie effraie et l’on mesure combien l’on est démuni pour la juguler. Les réactions sont diverses et plus ou moins censées.  En  novembre et décembre, les journaux tiennent un discours de vérité sur l’influenza et donnent des exemples précis… Lire la suite. Depuis septembre, la mortalité atteint son pic.

– Une vie culturelle malgré tout. Les sujets culturels se raréfient dans les journaux après juillet 1914. Mais on en déniche à nouveau et de plus en plus après un an de conflit, surtout en 1917-1918. En fait, les réunions sportives et tout spectacle organisé pour une collecte en rapport avec le conflit est annoncé et décrit : matchs entre unités d’active et Racing bisontin, opéra, concert ou spectacle pour financer une œuvre en faveur des blessés, des soldats aux fronts, des prisonniers de guerre, ou des orphelins …
Les rubriques sportives ne manquent pas et la présence américaine au camp du Valdahon a des effets à Besançon qui accueille ces soldats alliés pour leurs distractions. Les fêtes nationales des deux pays, les 4 et 14 juillet 1918 furent soignées ; Besançon avait l’habitude des parades militaires. Lire la suite

Même si l’offensive allemande du printemps 1918 retarde le retour à une vie normale, les spectacles de divertissement redeviennent fréquents : le Petit Comtois du 9 avril 1918 annonce pour la soirée la pièce de Courteline, Messieurs les ronds de cuir ; au théâtre municipal, le chanteur Mayol se produisit en mai 1918…

  Les concerts de musique classique ne cessent durant le conflit et le Conservatoire  fonctionne. Le Cercle musical de la ville donne plus de vingt prestations, et les comptes-rendus prirent toujours soin de rappeler le contexte (p.2, 2e et 3e colonne). On ne voulait pas paraître indifférent aux souffrances du moment.
Quant à la vitrine des beaux-arts, elle continua à fournir des expositions, parfois en rapport avec la guerre.

– Rivalités politiques nationales et locales 
Le Petit Comtois est lié aux hommes politiques du parti radical-socialiste et publie leurs opinions régulièrement : Charles Beauquier, Albert Métin, Maurice Bernard … Elles alimentent parfois les répliques de l’adversaire politique qu’est l’Éclair Comtois.
Cette presse d’opinion ne peut pas renoncer à ce qui la caractérise, à savoir un engagement anticlérical et républicain pour le Petit Comtois et, tout au contraire clérical, conservateur (monarchiste), et antisémite pour l’Éclair Comtois.

Pourtant, les deux rédactions affirment constamment respecter la trêve nationale de l’Union sacrée. Dès octobre 1914 la combativité de ces journaux adverses réapparaît. Et plus l’on avance dans le conflit, plus le ton monte entre les deux adversaires. Et tout est occasion pour réveiller leurs différences comme la guerre scolaire entre les partisans de l’école privée confessionnelle et ceux de l’école laïque.
Par delà les différences politiques et idéologiques, les ressentiments d’hommes animent ces polémiques. L’affrontement entre ces deux journaux durant l’été 1916 résume bien  l’ opposition et la façon de faire des deux rédactions. Si habituellement l’attaque hargneuse vient de l’Éclair Comtois, dès qu’il s’agit de laïcité le Petit Comtois se montre aussi agressif et parfois maladroit. Le projet d’une basilique sur la colline de Bregille en témoigne et le camp catholique rebondit avec les maisons d’enfants des Salins de Bregille.

Les affaires nationales, Bolo, Caillaux, Malvy, à rapprocher avec le défaitisme combattu par Clemenceau, ramenèrent un violent échange entre Petit Comtois et Éclair Comtois, ce dernier trop content de voir des radicaux en mauvaise posture. L’année 1918 fut riche en polémiques.

– L’après-guerre envisagé. La presse accordait une place notable aux relations internationales avant guerre et, évidemment, pendant. Dès la victoire de la Marne, les plus incorrigibles rédacteurs envisagent le sort de l’Allemagne. Bien qu’il n’y ait pas eu de buts de guerre tôt définis (il faut attendre les 14 points de Wilson en janvier 1918), très rapidement des Français conçoivent un après-guerre au détriment de l’Allemagne. Et les journaux de Besançon s’en font l’écho.  Tous les journaux locaux  ont à cœur le sort de l’Alsace-Lorraine, la voisine.

Toutes les grandes évolutions de la situation militaire donnent lieu à des bilans : par exemple, la révolution russe, la prise de Bagdad par les Anglais, les revendications nationales d’indépendance ou autonomistes comme celles de l’Ukraine,  l’armistice germano-russe… ou les situations au changement d’année, ainsi  à l’issue de l’année 1917, ou au début de la 5e année de guerre… Plusieurs fois, il est question des désaccords autour d’une Société des Nations.
Et, en politique intérieure, la presse bisontine se doit d’informer ses lecteurs d’un projet de découpage régional qui aurait pu modifier sensiblement les influences urbaines comme entre Dijon et Besançon. De la même manière, le redressement économique préoccupe les rédacteurs. Le tourisme est en vogue malgré le conflit et nourrit l’intérêt de décideurs avec la création du cours hôtelier ou le projet d’un pavillon pour le tourisme. Les activités habituelles, horlogerie, se tournent aussi vers des adaptations innovantes. Les activités nouvelles comme l’hydroélectricité ne sont pas ignorées …
Et les changements de société sont bien perçus, au niveau des emplois comme des mentalités, de la place de la femme ou de l’inégale répartition des richesses…

Dans le Petit Comtois du 15 mai 1915, on trouve un essai réjouissant  sur les responsabilités de la guerre enseignées … en 2015, cent ans après. Cocasse et remarquable aller-retour.

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