Accidentologie en 1919 (2)

Diverses éditions locales de Septembre et octobre 1919

Les violences et les accidents vus précédemment avaient un rapport direct avec la première guerre mondiale, en raison des armes provenant de ce conflit.
Dans une autre catégorie, les accidents de la route peuvent aussi être mis en relation partielle avec le conflit.

S’il n’y a pas encore beaucoup d’automobiles, leur nombre a progressé considérablement avec les véhicules militaires dont des quantités ont été vendues à des particuliers et des entreprises après le conflit. Ainsi, le matériel américain est venu s’ajouter aux véhicules réformés par l’armée française, comme lors de cette vente à l’Ecole Militaire le 10 mai 1919 ↓.

Dans les places militaires, comme Besançon, les automobiles, les camions ont de plus en plus utilisés les rues de la ville. Déjà pendant la guerre, les excès de vitesse et les imprudences des conducteurs (ou conductrices) posaient problème. Un billet de juillet 1917 les a évoqués.
Après-guerre, les plaintes pour conduite trop rapide et irrespectueuse des autres usagers sont fréquentes. Les jeunes chauffeurs de l’armée semblaient peu conscients des risques qu’ils faisaient courir aux passants.

En 1919, les règles de conduite étaient sans commune mesure avec celles d’aujoud’hui. Les exigences de sécurité, tant dans les organes techniques des véhicules que dans l’état des routes et de la signalisation ou vis-à-vis des usagers étaient réduites à peu de choses. Pour le conducteur, une simple capacité était demandée et elle était délivrée facilement ; il n’y eut de permis de conduire qu’en 1921.

Les accidents de la route forment désormais une véritable violence. Les villes, là où circulent le plus d’automobiles, sont les premières concernées, mais les campagnes ne sont pas exemptes et l’on y trouve aussi des familles endeuillées par ces drames de la route.

La prise de conscience existe, les demandes de sévérité à l’encontre des chauffards se lisent de temps à autre dans la presse.

On trouvera ci-dessous deux exemples et on peut en lire de nombreux autres dans divers journaux comme l’édition du Petit Comtois du 8 octobre qui signale deux accidents mortels par automobile, l’un à Montbéliard, l’autre à Lons-le-Saunier, deux villes moyennes. Les deux suivants ↓ concernent des lieux villageois.

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Leçons d’économie du Petit Comtois à propos de « la vie chère »

Diverses éditions du Petit Comtois d’août et septembre 1919

On a plusieurs fois souligné la qualité de ce journal d’opinion qu’était le Petit Comtois. Même si ses positions partisanes pouvaient parfois déraper, il adoptait habituellement une modération de ton appelant ses adversaires (en l’occurrence, localement, l’Eclair Comtois) au débat plus qu’à l’invective. Et puis, hors du champ politique, il prenait soin d’instruire et de donner à réfléchir. C’est le cas durant ces mois d’août et septembre 1919 avec 8 articles dans les premières colonnes de la une, tous consacrés au problème crucial du moment : la vie chère.
Ces écrits, véritables leçons d’économie, sont dus à un rédacteur occasionnel du journal, Julien Durand, avocat à la cour d’appel de Besançon et conseiller municipal.
Mais l’on comprend pourquoi le journal lui ouvre ses colonnes en se reportant le mois suivant, quand les candidatures aux législatives sont alors connues. Julien Durand se présente alors avec le Parti Républicain Démocratique, alliance électorale dont le parti radical-socialiste fait partie. Faut-il rappeler que le Petit Comtois en est l’organe de presse?

Mais voyons d’abord comment « la vie chère », l’inflation, affectait les Français et provoquait des situations de misère, de mécontentement, de drames sociaux, de délinquance et de violence contre les mercantis.  Toute la presse en faisait état et aurait souhaité que l’on punisse des responsables. Le supplément illustré du Petit Journal daté du 17 août 1919 rappelle ainsi comment l’on sanctionnait fortement les mercantis autrefois. Le journal rappelle qu’il y eut même, en 1919, deux députés qui voulaient leur appliquer la peine de mort. Des ligues de consommateurs se constituèrent pour surveiller les prix. La grogne était telle que les autorités furent chargées de fixer des prix normaux, des références.

Supplément illustré au Petit Journal du 17/08/1919

Et des gendarmes dressèrent des Procès-Verbaux. Les tribunaux correctionnels condamnèrent à des amendes quelques commerçants ou producteurs aux pratiques abusives.
On imagine l’ambiance sur les marchés et dans certains commerces ! Surtout, là où des ligues de consommateurs voulaient imposer leur point de vue.

A la une du  10 septembre, le Petit Comtois a laissé une colonne à un député, le colonel Girod ; désabusé, dépité de voir comment réagissent responsables et particuliers devant ce phénomène. Il ironise à propos de ceux qui considèrent la violence contre les mercantis comme une solution à la hausse des prix.

Et il se réjouit des mesures prises par Henri Roy, un Comtois qui épaule alors Ernest Vilgrain, sous-secrétaire d’Etat au ravitaillement dans le gouvernement Clemenceau. Parmi les mesures prise, à Paris,  il multiplie les baraques Vilgrain. Apparues dès 1917, ces magasins occupaient des baraques Adrian et depuis le printemps 1919, on y trouvait de l’alimentation à des prix « normaux », c’est-à-dire environ 20% moins chers que dans les commerces.

Baraque Vilgrain sur le boulevard Bourdon. Cliché 1920 in Gallica Bnf

Analyser les 8 leçons de Julien Durand prendrait beaucoup de place. Si un lecteur veut parcourir chacune, l’accès à chaque édition en ligne est possible avec le lien hypertexte.

Le premier article est du 24 août et Julien Durand y explique la hausse des prix par la diminution de la production mondiale. Cette insuffisance de l’offre au regard de la demande reviendra dans plusieurs de ses leçons. En bon libéral,  cette loi de l’offre et de la demande (alors déséquilibrée) reste la meilleure explication de l’inflation. Il y voit aussi la solution avec la hausse de la production pour rééquilibrer le marché et l’assainir en tarissant l’inflation.

La deuxième leçon parut le 31 août 1919. Les finances publiques avec la dette en faisaient l’objet de même que la monnaie fiduciaire dont l’abondance expliquait aussi l’inflation (recours à la planche à billet pour payer les créances de l’Etat). Pour réduire la dette, le recours à l’emprunt (commencé pendant la guerre avec quatre grands emprunts nationaux) et à l’impôt sont les solutions données.
Pour l’impôt, Durant prend soin de noter la nécessité d’une charge équitablement répartie.

Dans son troisième article du 7 septembre 1919, le rédacteur tente une explication de la hausse des prix  par l’insuffisance des transports, chemins de fer et marine de commerce, créant des blocages et des pertes de marchandises, aggravant ainsi la pénurie.

Le 14 septembre, dans sa leçon 4, Julien Durand traite des droits sur les importations, ou taxes douanières. Même s’ils ont pour but de protéger la production nationale, ils sont cause de prix élevés car les taxes sur les produits importés sont répercutées sur le prix de vente. Désapprouvant par principe libéral les tarifs douaniers, il estime que leur fixation doit prendre en considération l’intérêt des consommateurs et pas seulement celui des producteurs. Adepte du libre-échange, il connaissait certainement la théorie de l’avantage comparatif de Ricardo.

Julien Durand, le 21 septembre, s’intéresse à la spéculation et la coopération. Admettant que la première existe toujours plus ou moins et que taxes et réquisitions peinent à la limiter, il propose de développer les coopératives pour y faire face.

Estimant que le nombre des coopératives de consommation (3200 en 1913 pour 880 000 membres) est insuffisant, il prône leur multiplication et surtout leur fédération afin de se donner du poids dans la négociation des prix. Et de conclure son article par : pour lutter contre la vie chère, tout consommateur doit devenir coopérateur.

Ces premières  « leçons » ne laissent aucun doute sur l’adhésion au libéralisme économique de leur auteur ; loi du marché, ouverture internationale font partie des explications et des solutions à la vie chère. Mais on notera avec intérêt que la dernière recommandation, le développement des coopératives de consommateurs, relève plus d’un principe de solidarité et de correction du marché libéral dans ses excès. Le syndicalisme revendiquait cet état d’esprit et développait les coopératives de ce type.

Le prix des guerres : https://twitter.com/Balkan45/status/1115168245890322432?s=20

Violence et accidents dans l’après-guerre (1)

Diverses éditions locales de Septembre 1919

Il peut paraître ordinaire d’écrire sur les actes de violence et accidents de toute sorte dans la presse locale. Celle-ci, en effet, consacre toujours une part de ses lignes à ces faits divers attendus des lecteurs. Mais quand on constate combien cette violence du quotidien perdure et s’amplifie après-guerre, il est bon de la décrire et de l’expliquer.

                Les éditions locales de 1919 – à Besançon, mais il n’y a guère à douter qu’il en fut de même ailleurs – restituent nombre de faits divers dans lesquels il est fait usage d’armes à feu, mais aussi d’accidents d’explosifs et de circulation. Il ne s’agit pas de croire que  la violence dans l’après-guerre n’est que l’héritière du conflit. Nous avons vu que la soi-disant « Belle Epoque » était aussi l’époque d’une société violente. Il y a donc antériorité aux effets de la tuerie de masse.

Nous ne parlerons pas ici de la violence de la société au travail.

Ces faits de violence, en 1919, ont alors des causes multiples, mais certaines sont bien imputables à la guerre pourtant achevée.

Et d’abord, les accidents par manipulation d’explosifs. Ils étaient évidemment particulièrement rares avant le conflit

Ils concernent des imprudences avec les engins et dépôts abandonnés par l’armée ou ramenés par des soldats démobilisés ou non. Evidemment, en Franche-Comté, on les signale surtout dans le Territoire de Belfort en raison de la proximité avec l’ancienne ligne de front où subsistaient des grenades ou des obus dans des dépôts sauvages ou non. D’ailleurs, la fréquence des incidents était telle que des consignes précises étaient communiquées par voie de presse comme dans l’édition de la Dépêche Républicaine du 27 septembre, dans la rubrique de Belfort.

Entre le 13 et le 19 septembre, les trois journaux de Besançon signalent cinq accidents dont trois mortels. Ceux de Suarce, Vauthiermont, Pérouse et Rougemont-le-Château se sont passé dans le Territoire de Belfort. Le cinquième près de Besançon, à Dannemarie.

Souvent, ils impliquent des enfants ou des adolescents, leur curiosité et leur méconnaissance des risques les exposent plus que les adultes. Pour Suarce, l’armée est en cause puisqu’il s’agit de l’explosion d’un dépôt de cheddite qui affecte tout un village, endommageant trois maisons et les vitres de tous les bâtiments.

A Montbéliard, durant le même laps de temps défini plus haut, le 16 septembre, l’usage d’un explosif n’est pas accidentel, mais criminel. Il n’eut pas de conséquences dramatiques, mais il prouve, si nécessaire, la circulation d’armes et d’explosifs depuis le temps de guerre.

La prolifération des armes conservées ou récupérées après la guerre  est donc une autre explication des nombreux entrefilets ou articles qui relatent l’usage d’une arme à feu. C’est parfois un jeu qui tourne au drame comme à Belfort le lundi 29 septembre ou l’usage sans hésitation de leur arme par des tenants des forces de l’ordre ou des actes meurtriers.

Toutes ces sortes de faits remplissent l’actualité d’alors. C’est parfois sans conséquence, mais on peut voir que les militaires y sont souvent impliqués, eux qui ont un accès assez facile à ces armes.

La « vie chère » qui pousse certains à améliorer malhonnêtement leur ordinaire est une autre explication et peut-être la principale car elle pousse parfois à la délinquance des individus pauvres.
L’alcoolisme est un facteur aggravant. Chez les soldats, l’alcool faisait partie du quotidien (la ration était de un litre de vin par jour en 1918). Après guerre, nombre de faits divers se déroulent sur fond d’alcoolisation.

Quant aux forces de l’ordre, elles ont la gâchette facile.
Dans l’exemple ci-contre, un garde sémaphore (chargé de réguler l’intervalle entre les trains) n’hésite pas à tirer sur deux individus qui avaient caillassé les vitres de sa guérite.

A la caserne Ruty de Besançon, une sentinelle tire aussi sur des voleurs de magnétos d’allumage d’automobiles. Elle tue un des voleurs – un militaire, Marcel Monnier, qui venait d’être démobilisé – Il est remarquable de lire le point de vue du rédacteur qui rend compte de l’événement dans l’Eclair Comtois du 10 septembre :

Le soldat tué avait été démobilisé deux jours avant. Sa fiche matricule nous révèle une contravention et une condamnation avant guerre pour coups et blessures. Ouvrier d’usine, de la classe 1914, il fut mobilisé dès le début du conflit et fait prisonnier au début de 1915 dans la région de Soissons où le 60e régiment d’infanterie auquel il appartenait était alors soumis à de fortes pertes. Rapatrié en décembre 1918, il fut intégré à la 7e section de COA à Besançon. C’est là qu’avec d’autres, il partagea vraisemblablement l’idée de ce vol qui lui fut fatal.

Pour terminer, signalons encore un double assassinat, le 27 septembre, lors d’une noce avortée dans un village de Haute-Saône. Si l’arme utilisée était un fusil de chasse, des jeunes affirmèrent avoir vu le suspect avec un revolver ; vraisemblablement, encore une arme récupérée à la suite de la guerre.
Pour rechercher le tireur en fuite, deux compagnies  de tirailleurs marocains et un escadron de chasseurs à cheval basés à Gray procédèrent vainement à une battue les jours suivants.

Et si l’on fait quelques sondages dans les journaux des deux années suivantes, le même genre de faits violents apparaît comme la nuit du dimanche-lundi 11-12 septembre 1921, encore à Besançon. On y lit que le quartier des Chaprais vient à nouveau d’être ensanglanté par un drame et il s’agit de coups de revolver. À nouveau laisse entendre la répétition de ces faits.

Un billet à venir présentera les accidents de circulation, déjà fort nombreux à cette époque.

Quand le Petit Comtois appelle à « la scission socialiste »

Petit Comtois du 30/08 et du 01/09/1919

Seize mois avant le Congrès de Tours (décembre 1920) qui entérina la division du parti socialiste SFIO, la rédaction du Petit Comtois de Besançon témoignait de sa hâte pour cette scission, tant les dissensions internes au parti devenaient délétères.

Et puis, pour les radicaux-socialistes (soutenus par ce journal), il devenait impossible de prévoir des alliances électorales avec la SFIO si elle s’entêtait à ne pas clarifier sa position vis-à-vis des tenants du socialisme révolutionnaire, inspirés alors par le bolchevisme. La IIIe Internationale communiste (Komintern) venait d’être créée (mars 1919) et invitait les partis frères à la rallier, ce qui équivalait à soutenir les Bolcheviques en se soumettant à leurs directives.

 Ces données préparatoires aux élections sont alors fondamentales et le resteront jusqu’au moment des élections législatives de novembre – la date du 16 novembre ne sera décidée qu’à la mi-octobre –.  Alors, la SFIO restée unifiée et ne prônant aucun accord avec d’autres forces de gauche comme celle des radicaux-socialistes, ces derniers se trouveront isolés et leur score en recul.
Le vote pour des listes, mêlant scrutin majoritaire et proportionnel ne favorisa pas les listes sans alliance, celles qui ne purent passer des accords comme ce fut souvent le cas des radicaux.

Selon le journal, en Franche-Comté, les partisans de la tendance révolutionnaire ne représentaient pas une force remarquable. En fait, la plupart des socialistes comtois étaient issus du syndicalisme et n’aspiraient pas à une révolution. Mais si cela était assez net à Besançon, l’on ne peut pas en dire autant dans les bastions ouvriers du nord franc-comtois où les usines Peugeot ou Japy employaient beaucoup d’ouvriers.

Localement, dans le département du Doubs, quels hommes incarnaient ce socialisme tiraillé entre révolutionnaires et réformateurs (parfois appelés reconstructeurs) ?
On peut en évoquer quelques-uns à travers les candidatures aux législatives de 1919 et avec l’aide du Maitron.

Auguste Jouchoux, horloger syndicaliste, acteur du mouvement coopératif, fut candidat aux élections de novembre –  il eut plus de 10 000 voix, et ce sont les ouvriers du pays de Montbéliard qui lui en fournirent le plus grand nombre –  Il pouvait incarner la tendance révolutionnaire de la SFIO ; mais s’il adhéra au Parti Communiste en décembre 1920, il le quitta dès 1922. En fait, très impliqué dans la vie publique bisontine, Jouchoux n’avait rien d’un communiste.
Il a été question de Jouchoux dans ce blog à propos de son action au sein de la municipalité de Besançon et du Syndicat d’Initiative en 1916.

Eugène Hintzy , ouvrier syndicaliste chez Peugeot fut renvoyé de l’usine en 1919 pour son action syndicale. Ses positions le ramenèrent à la SFIO, mais en 1919, comme tant d’autres socialistes, il était hésitant.

Les résultats socialistes de ces élections de 1919 concernent aussi un nommé Bassenne, cultivateur, il était candidat mais le Maitron n’en dit rien de plus. De même, Ducatillon fut un autre candidat SFIO en 1919.

Séraphin Telmat, syndicaliste en Isère,  travailla aux usines Peugeot en 1917 puis devint commerçant. Il n’était pas partisan d’un socialisme révolutionnaire.

Fernand Monnier, même s’il eut des divergences définitives avec le parti communiste en 1929, penchait alors pour le ralliement à la IIIe Internationale et il fut membre du parti communiste à sa naissance en 1920. Il occupa le poste de secrétaire de la CGTU du Doubs en 1924.
Léon Romeis, instituteur, fut le plus fidèle à la SFIO (Léon Blum la nomma « la vieille maison »). Il se montra partisan d’une alliance avec les radicaux, mais pas avant les législatives de 1924.

On le voit avec ces exemples, Besançon et le département du Doubs n’étaient pas un bastion de la tendance socialiste révolutionnaire. Toutefois, au nord de la Comté, Louis Frossart, de Belfort, occupait déjà des fonctions nationales et revendiquait l’adhésion à la IIIe Internationale. Il sera le premier à occuper la direction du nouveau parti communiste en 1921.

On peut ajouter deux hommes alors trop jeunes pour jouer un rôle, mais déjà engagés du côté socialiste :

  • Jean Minjoz avait peut-être déjà sa carte de la SFIO (on n’en est sûr que pour 1921), mais le Maitron le suggère. Son père, Louis Minjoz, a fait l’objet d’un article à l’occasion de sa mort en 1916.
  • Raymond Maisonneuve (1899-1965) est présenté aussi comme anticommuniste dans le Maitron. Ce syndicaliste de la CGT, déclaré employé de commerce sur sa fiche matricule militaire, s’était engagé en janvier 1918 (le Maitron fait erreur en notant 1916). Il servit dans l’artillerie et devint brigadier. Démobilisé en octobre 1919, c’est seulement à partir de là qu’il joua un rôle syndical et politique. Il était proche de Jean Minjoz.

Le 1er septembre, la rédaction du journal revient sur ce sujet. Trop heureux de voir quelques socialistes rompre avec la tendance révolutionnaire, les radicaux s’empressent de le faire savoir. Il est vrai qu’ils ont là deux exemples frappants de membres de la SFIO qui ont tout pour leur plaire et qui démissionnent de leur parti en raison de la place qu’y prennent les révolutionnaires prêts à suivre la voie des « bolchevistes » russes – dans la presse de l’époque, les bolcheviques sont souvent nommé bolchevistes –

M. Claude Nectoux, député socialiste depuis 1909 (et qui sera encore élu en novembre 1919, mais sur la liste du Bloc National) avait soutenu la défense nationale durant tout le conflit. Ses positions lui valurent l’exclusion des listes socialistes pour novembre 1919.

Et Jean Erlich démissionnaire également à la suite de ce qu’il avait vu et appris en Russie en 1917-18 lorsqu’il était membre de la mission militaire française, parlait le russe, et comprit ce que représentaient comme excès les Bolcheviques. Il agit alors pour dénoncer leurs choix et leurs actions.

L’approche des élections réactive les affrontements cléricaux/anticléricaux

Plusieurs éditions du Petit Comtois et de l’Éclair Comtois de fin juillet et août 1919

Voilà l’occasion de revenir à un des fondamentaux de ces deux journaux, l’affrontement clérical/anticlérical. Une lettre du 22 juillet, écrite par l’archevêque de Besançon, Mgr Louis Humbrecht, déclenche contre- attaques et répliques entre les  deux camps cet été 1919 – Joseph-Marie Humbrecht avait été nommé après le décès de Mgr. Gauthey en juillet 1918 –.

L’archevêque est le premier à prendre des positions extrêmes à propos des élections à venir, lançant alors une polémique durable dans la presse anticléricale locale et nationale puisqu’elle s’étale sur près de trois semaines en août – Début septembre, la lettre du primat des Gaules sur le même sujet des élections, l’archevêque de Lyon Mgr Maurin, trouva un peu plus d’indulgence à la rédaction du Petit Comtois
On trouve l’intégralité de la lettre épiscopale bisontine dans l’édition de l’Éclair Comtois du 29 juillet 1919.

On peut la résumer ainsi : après un sous-entendu dépréciant le suffrage universel, le pontife notifie aux catholiques de son diocèse de ne pas scinder leur condition de citoyen de celle de croyant.

Certes, il appelle à ne pas s’abstenir, mais c’est pour désigner plus clairement ceux qui ne doivent pas recevoir le suffrage catholique, les francs-maçons et libres penseurs, ceux-ci ne poursuivant qu’un but selon lui, la destruction du christianisme voire même de la patrie.

Sont exclus également les « laïcistes », et les socialistes, en particulier les révolutionnaires dont l’athéisme virulent effraie les cléricaux et leur chef local, l’archevêque

S’adressant à « N.T.C.F »( nos très chers frères), il signe de son troisième prénom, Louis.

Déjà, les 10  et 12 juillet, le rédacteur en chef de l’Éclair Comtois, Louis Hosotte, avait donné sa définition de l’union sacrée et celle du devoir électoral des catholiques. Et le 19 juillet, le même journal a publié un article de Jean Guiraud,  – un des fondateurs de l’Eclair Comtois, devenu alors directeur de la Croix –  recommandant aux catholiques une attitude combative pour les élections à venir.

Clairement, les cléricaux voient dans les législatives de 1919, l’occasion d’abattre les républicains anticléricaux qui leur tiennent la dragée haute depuis des décennies et à qui ils n’ont pas pardonné les lois contre les congrégations, en 1901, comme celle de la séparation de l’Église et de l’État en 1905.

Alors, après parution et lecture dans les églises de la lettre de l’archevêché, les répliques ne manquent pas et le Petit Comtois, le journal anticlérical de Besançon, ne se contente pas de sa propre réaction, il reprend avec délectation celles de plusieurs journaux anticléricaux. Les propos de l’archevêque sont tellement excessifs et diviseurs qu’ils ont atteints d’autres lieux que comtois. Néanmoins, certaines réponses ne manquent pas de maladresse alors qu’il était si simple de souligner tout ce qui était malvenu dans la lettre épiscopale. La hargne des uns et des autres les pousse à révéler jusqu’où ils sont prêts à aller.

Le 3 août, la rédaction du Petit Comtois réagit en présentant le contenu de la lettre qui  a été lue dans les églises du diocèse et en soulignant ce qui lui paraît inacceptable. Elle n’hésite pas à qualifier les propos de Mgr Humbrecht d’intransigeants et même fanatiques.

Ce n’est même pas sur l’antimaçonnisme qu’insiste le Petit Comtois – on sait pourtant ce journal proche des francs-maçons – mais bien sur une phrase facilement condamnable de l’archevêque : nous serons acculés, chez nous, à une lutte religieuse et antifrançaise

Le Petit Comtois du 15 août 1919, reprenant un article du Radical,  trouve ainsi une réponse cinglante. Ce journal qualifie la lettre de l’archevêque d’outrance de langage qui frise l’inconscience, le mensonge grossier, mais le Petit Comtois aurait gagné à ne pas reproduire les dernières lignes du Radical.

Elles sont tellement opposées au vote des femmes, que bien des suffragettes devaient s’en offusquer. En effet, comme la plupart des anticléricaux, le rédacteur pensait que les femmes catholiques, très influencées par leur curé et confesseur auraient appliqué à la lettre les recommandations transmises par l’archevêché. Le Petit Comtois se  ridiculise dans son anticléricalisme qui est alors aussi un antiféminisme.

L’édition du 16 août donne une autre revue de presse anticléricale, citant des journaux comme la Lanterne et le Rappel. Ce dernier estime que l’archevêque de Besançon a le goupillon sévère.

Il enchaîne en condamnant les écrits de l’Action Française et de la Libre Parole – ce dernier véritable journal catholique après la disparition d’Edouard Drumont qui avait créé cet organe antisémite a pris parti, évidemment, pour l’archevêque de Besançon– par la plume du député radical Jacques du Mesnil. Celui-ci manie l’ironie et la métaphore et s’élève avec une sincérité patriote contre les propos diviseurs de l’archevêque.

Le 19 août, une dernière fois, le Petit Comtois se réfère à la Lanterne, notoirement anticléricale, pour tourner en dérision le contenu de la lettre de l’archevêque de Besançon avec l’intervention de Georges Ponsot, député du Jura, bon connaisseur de la ville de Besançon. Dans l’extrait ci-contre, ce député s’en prend à l’antisocialisme du prélat. Les autres citations du journal puisent dans le progrès de la Côte d’Or et la Dépêche de Toulouse. Elles s’emploient à montrer l’injustice de l’argumentation de l’archevêque pour qui il n’y aurait de bons français que catholiques.

A Besançon, la guerre et l’union sacrée n’ont jamais mis un terme au cléricalisme et à l’anticléricalisme de la presse locale ; l’après-guerre apporte une recrudescence dans cet affrontement. L’archevêque de Besançon est le premier à dégainer en faisant des recommandations à ses ouailles pour les élections législatives à venir

L’Éclair Comtois du 15 au 25 août ne réagit pas du tout à ces attaques frontales de la lettre de Mgr Humbrecht. La rédaction avait-elle reçu l’instruction de l’archevêché de ne pas envenimer un combat perdu d’avance ? Ou a-t-elle d’elle-même décidé de se taire ? Louis Hosotte eut bien l’idée d’allumer un contre-feu le 22 août en s’en prenant à une mesure préfectorale de Haute-Saône contre les initiatives cléricales de plaques commémoratives dans les églises en souvenir des soldats morts pour la France. Cela n’amena pas de réponse du Petit Comtois. On ne trouve une évocation à ces réactions de la presse anticléricale et cléricale que dans l’Éclair Comtois du 2 septembre, mais c’est surtout pour déplorer le silence de la Dépêche Républicaine de Besançon. Modérée, elle se garda de prendre position pour ne pas fâcher ses lecteurs catholiques. ↓

Depuis la naissance de ce blog, plusieurs articles ont été rédigés sur ce sujet. Il est vrai que l’une des caractéristiques principales des deux journaux dont il est ici question était soit le cléricalisme et l’antimaçonnisme (Eclair Comtois) soit l’anticléricalisme (Petit Comtois). Et la guerre, malgré l’Union sacrée, ne limita jamais leur affrontement.
Lire :

1er décembre 1918, les journaux de Besançon vus par l’un d’entre eux, l’Eclair Comtois :

1er juillet 1918 : l’Éclair Comtois mouche le Petit Comtois

Mars 1918 : l’Union sacrée plus difficile à maintenir

juillet 1917 : nouvelle joute entre deux journaux de Besançon

Eté 1916 : la presse locale continue à en découdre

Quand ferraillent l’Eclair Comtois et le Petit Comtois (1) en 1915

Quand-ferraillent l’EclairComtois et le Petit Comtois (2)

11 août 1915 : anticléricaux et cléricaux ne désarment pas

2 et 3 janvier 1915 : la guerre, prétexte pour attaquer la laïcité et l’anticléricalisme

27/12/1913 : Noël et anticléricalisme du Petit Comtois

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6485687x/f7.item
Franklin-Bouillon était député radical-socialiste

Et le journal tape encore sur les fonctionnaires….

Le  Petit Comtois du 11 août 1919

Encore, parce que plusieurs tribunes du même journal l’ont déjà fait : Le 15 novembre 1915 et en avril et mai 1916, quand Charles Beauquier demandait aussi une réforme administrative parce qu’il estimait qu’il y avait trop de fonctionnaires.
Cette fois-ci, le rédacteur – il signe jean Valjean et c’est un chroniqueur habituel du journal – semble répéter tout ce qui a déjà été publié, parfois au mot près, les années passées, et en particulier dans une de ses précédentes tribunes intitulée Môssieu le Bureau

La rancœur de ces hommes contre les fonctionnaires s’est développée parallèlement à la hausse du déficit budgétaire en raison du coût de la Grande Guerre. Leur peur, eux qui représentent une petite bourgeoisie possédante et active, est de voir les impôts sur le revenu augmenter rapidement. Ils sont de plus en plus conscients que l’Allemagne ne pourra pas payer les réparations auxquelles elle est soumise par le traité de Versailles, en tous cas pas aussi rapidement que l’espèrent beaucoup de Français, ni à la hauteur de ce qui est attendu.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6485686h/f15.item

Aussi savent-ils que l’État et son gouvernement devront trouver des solutions pour équilibrer les finances publiques. Leur souhait est la réduction des dépenses et, pour eux, cela passe par la réduction du nombre des fonctionnaires. C’est ainsi qu’ils entendent la réforme à laquelle réfléchit le gouvernement.

Au fond, leur crainte est d’abord de voir l’État prendre de l’ampleur et du pouvoir. La guerre a, en effet, nécessité une action publique forte. Or, cela ne va pas avec l’aspiration à une régionalisation comme la désirent des radicaux-socialistes. Bref, ils sont peut-être prêts à l’effort financier, mais ils préfèreraient en décider au niveau local et non national.

Môssieu le Bureau, le rond-de-cuirisme, les expressions moqueuses, même si elles soulèvent parfois de vrais problèmes, reviennent dans cet article comme dans les précédents qui s’inquiétaient déjà de la même question.

Certes, les abus existaient, mais le sérieux restait plus largement le comportement général de la fonction publique. Bien des gabegies, retards d’approvisionnement, pertes de denrées étaient dus à des décisions militaires plus qu’à la fonction publique d’Etat. Et l’accroissement du rôle de l’État durant la guerre impliquait aussi la hausse du personnel. La machine publique se montra la plus efficace possible dans ce contexte tragique, et les limites à son action provinrent aussi de son manque de moyens.

Besançon : agrandissement de la promenade Granvelle

Le Petit Comtois du 9 aout 1919

Ces quelques lignes du journal reprenant les délibérations d’un conseil municipal, permettent d’évoquer la promenade Granvelle, alors un des lieux de sociabilité préféré des Bisontins depuis son aménagement à la fin du XVIIIe siècle, par l’architecte Bertrand.

Toutes les illustrations suivantes sont extraites de memoirevive ou de photos personnelles.

Sur le plan ci-dessous, de 1756, le Palais Granvelle est sur la gauche, reconnaissable avec sa cour piquetée de colonnades et de toutes les pièces du rez-de-chaussée. Sur la droite, les jardins occupent un espace rectangulaire, ceint de murs. C’est celui-ci qui est ouvert au public après aménagement.

Au XIX e et début XXe siècle, la promenade connut plusieurs modifications.
La cascade en rocaille, œuvre de Brice Michel, fut installée en étant transférée de la place du Marché où elle avait été créée pour l’exposition universelle de 1860 .

Fin XIXe, il fut déjà question d’agrandir la promenade. Un beau plan aquarellé rend compte de ce projet. On y a ajouté, encadrés en rouge, les immeubles donnés par la famille Veil-Picard dont il est question en 1919 (voir extrait du Petit Comtois en introduction).

Un kiosque fut envisagé au début des années 1880. Divers projets virent le jour comme celui-ci-dessous qui ne fut pas respecté à la lettre.
L’emblème de la ville était prévu comme décoration sur la plateforme intérieure.
Et le kiosque fut réalisé en 1884.

Il devint un des lieux de prédilection pour les déambulations des Bisontins pendant la belle saison, en particulier lorsque la musique militaire donnait concert (cf. carte postale ci-contre datée de 1912-1920).
Ce fut fréquent à la Belle-Epoque et les concerts de la musique du 60e Régiment d’Infanterie y reprirent en 1919

La promenade étant un espace public apprécié, la municipalité l’utilisa pour honorer des personnages célèbres.
Plusieurs statues  y ont été érigées : celles de Victor Hugo, de Chartran et de Veil-Picard.

En 1902, le centenaire de la naissance de Victor Hugo fut l’occasion d’une commande de  statue du grand écrivain. Réalisée par Just Becquet, son inauguration date de 1905. La voici dans son contexte de la promenade sur cette carte postale de 1914.

Une autre statue, celle de Téobald Chartran, aujourd’hui disparue car fondue par les Allemands pendant la seconde guerre mondiale, avait été installée en 1910 en l’honneur de ce peintre natif de la ville.
L’inauguration se déroula lors d’une visite présidentielle d’Armand Fallières.

Enfin, comme le souhaitait la famille Veil-Picard  – on peut lire dans l’extrait ci-dessous ↓ les délibérations municipales du 5 août 1919 rappelant la donation Veil-Picard permettant l’agrandissement de la promenade et les conditions – Adolphe Veil-Picard, banquier et bienfaiteur pour la cité eut son monument en 1924.