Théophile Alexandre Steinlen (1)

Depuis quelques années, l’accès aux œuvres de T.A. Steinlen est facilité  sur Gallica et WikiArt. Cette numérisation mise en ligne permet une vue assez complète de ce que produisit cet artiste engagé.
En 2019, ce « Moment » publié sur Twitter en donnait une idée.
https://twitter.com/i/events/1141727387035602945

Dessinateur et peintre, mais aussi sculpteur, il eut une reconnaissance immédiate de son vivant, mais  limitée par son engagement social et politique d’extrême gauche qui ne pouvait guère plaire à la bourgeoisie, à l’élite du pouvoir qui contribue à faciliter ou non la notoriété d’un artiste. Né à Lausanne en 1859, il arriva à Paris en 1881. Il habita Montmartre et fréquenta longtemps le cabaret du Chat noir dont la Gazette fut le premier support de ses dessins avant que ce ne soit le Mirliton d’Aristide Bruant.
Depuis sa mort en 1923, Paris a témoigné à plusieurs reprises son intérêt pour son art.
Les publications et les données abondent.

Le catalogue d’une exposition de 1953 à la Bibliothèque Nationale nous guide dans ses réalisations de gravures, de lithographies et affiches, de dessins politiques ou publicitaires publiés dans les journaux, de livres illustrés ou de peintures et aquarelles… Certains dessins ont été regroupés pour publication de son vivant comme celle-ci en 1901 : Dans la vie.
On peut y voir les principaux centres d’intérêt de l ‘auteur auxquels les temps suivants ajouteront la Grande Guerre. La préface de Camille de Sainte-Croix perce le personnage dans ses qualités d’observation et motivations intimes. Aujourd’hui, il parlerait de sa formidable empathie.

Ce billet et les suivants proposent des appréciations ordonnées sur des thèmes de travail de Steinlen et sur son talent:
– L’engagement politique et social « dans la vie ».
– Les femmes
– L’artiste animalier : les chats.
– La Grande Guerre.

 Son œuvre engagée socialement et politiquement représente d’abord les déshérités dans leur misère autant que dans leur fierté et leur combat. Proche des anarchistes de son temps, il n’est pas étonnant qu’il ait droit à une biographie dans le Dictionnaire du mouvement ouvrier et social, le Maitron.
Parmi ses fréquentations, Elysée Reclus, le grand géographe anarchiste, Anatole France (dont il illustra l’Affaire Crinquebille) ou Octave Mirbeau. Il partagea leurs idées comme celles des anarchistes Malato et Gegout, dont il illustra Prison fin de siècle (récit truculent sur la vie de captifs à Sainte-Pélagie), ou Jean Grave. Et il dessina dans le Rire, l’Assiette au Beurre ou le Gil Blas illustré.

Le catalogue de la Bibliothèque Nationale qui accompagnait l’exposition en son honneur en 1953 cite Anatole France qui disait de lui : «Il aime les humbles et il sait les peindre. La pitié coule de ses doigts habiles à retracer la figure des malheureux ».
Certes, on peut y voir de la pitié, mais il sait aussi rendre la fierté et la force qui animaient ces pauvres autant que l’accablement dû à la dureté de leur existence, la faiblesse et la fatigue extrême de travaux exténuants.
Ses dessins vont parfois jusqu’au misérabilisme, mais toujours avec justesse, respect et beaucoup d’efficacité pour attirer l’attention sur la condition des pauvres.

L’Heureux Chemineau, dans la série les Miséreux , Dans la vie. 1901.

Sa représentation des femmes au travail, comme dans la série des blanchisseuses, valorise leur fierté et leur prestance et témoigne de l’admiration qu’il portait à ces filles du peuple parisien.
Il montre aussi compréhension et respect pour les prostituées, ces pierreuses (série filles et marlous dans Dans la vie).

Comme illustrateur, Steinlen produisit en quantité, dessins, estampes et esquisses pour des partitions musicales ou des journaux. Parmi ses dessins, il soigna particulièrement les illustrations de partitions de chansons. Il commença sur ce sujet avec Aristide Bruand et le cabaret du Chat Noir.  On y retrouve ses choix sociétaux avec des refrains populaires, comme ceux de la série des « Chansons du peuple ».

C’est encore une blanchisseuse qui illustre la chanson des p’tit’s ouvrièr’s de Paris.

Ses réalisations pour l’Assiette au beurre et surtout pour le Gil Blas illustré sont de la même verve.

Même sur un sujet assez léger comme la série Idylles dans Dans la vie, il ne s’en tient pas à l’amour et s’emploie à dessiner les aléas de la vie comme la jalousie ou la séparation.
Dans bals et bastringues, ce ne sont pas que joies et remuements, mais aussi inquiétude de femmes et mauvaises intentions de certains hommes.
Son réalisme est autant dans les sujets et les thèmes retenus que dans la façon de les représenter.

Dans le Rire du 1er mars 1902, à l’occasion du centenaire de Victor Hugo, Steinlen représente Claude Gueux. En un dessin magistral, il rejoint le grand maître dans son intérêt pour les malheureux, déshérités et condamnés.
C’est aussi pour lui, une façon  d’adhérer à une cause éloignée alors de l’opinion : la suppression de la peine de mort.
Le dessin reproduit ici est extrait de memoirevive.besancon.fr

Comme Affichiste, il brilla dans les dessins publicitaires les adaptant parfois à la réalité sociale. On y retrouve aussi son amour des chats et chiens et la célèbre affiche sur la Tournée du Chat Noir (1896).
Comme la plupart des artistes-dessinateurs, cette tâche lui permettait d’améliorer l’ordinaire.

Prochain billet : La femme dans son œuvre

3 commentaires sur “Théophile Alexandre Steinlen (1)

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