Théophile Alexandre Steinlen (3)

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Steinlen et la guerre 1914-1918

Avec la guerre, Steinlen ne modifie pas ses centres d’intérêt, ils se contente de les adapter aux circonstances. Le conflit l’amène à porter une attention compatissante aux poilus et il produit une série de dessins dans lesquels il ne s’enferme pas dans un genre, mais reste fidèle à lui-même, portant intérêt aux hommes et femmes du peuple, à leurs souffrances.
Déjà âgé – il a 55 ans en 1914 – il ne participa pas aux combats, et il ne faut donc pas attendre de lui de nombreuses scènes de bataille. Il en fit pourtant quelques-unes, mais  représenta surtout ce qu’il vit dans les gares, dans la rue, dans les défilés, lors des bombardements allemands sur Paris…
                 Il mit en forme avec finesse et subtilité les sentiments les plus variés, le ressenti des hommes du front, comme celui des gens de l’arrière.

 Une brochure de 52 pages, parue en mars 1918 dans L’Art et les artistes : revue mensuelle d’art ancien et moderne, en ligne sur Gallica, permet d’aborder son travail.

Le patriotisme n’en est pas absent comme dans cette Victoire ou Marseillaise accompagnant la mobilisation, dessinée en 1915.

L’illustration de la partition de la Chanson des poilus relève aussi de ce soutien patriotique : soldats de 1916, à l’uniforme bleu horizon, décidés et marchant au pas en chantant.

Assurément, ce n’est ni la gloire des armes, ni le nationalisme qui retinrent le plus l’attention de l’artiste.

Les quatre dessins de cette page témoignent de sa volonté intacte de représenter les tourments des plus humbles.  
Chacun évoque l’horreur de la guerre avec la peur des civils, les blessures du combattant, aveugle ou amputé, le déracinement des évacués…

L’exode, les déplacements contraints firent l’objet de plusieurs dessins, tous poignants, tant Steinlen réussit à traduire douleurs, misère et angoisse. Ainsi, dans ces deux exemples d’exode de la zone envahie par l’ennemi, vécu par tant de Français.
← Dans le magasine le Flambeau du 12 juin 1915.

Il avait la guerre en horreur, mais son adhésion à l’Union sacrée ne fait guère de doutes avec ses dessins contre le défaitisme.

Il le combattit avec ses crayons et fit plusieurs productions intitulées « vous en faites pas ! ». 1916.
Les autorités ne devaient pas désavouer.

Il ne se rangea pas du côté des pacifistes inconditionnels.

Les dessins consacrés aux poilus foisonnent. Steinlen les représenta rarement en individu isolé. Toutefois, le Bat’ d’Af’ de Biribi ou Tataouine eut droit à son personnage rayonnant, décidé et arborant au côté une prise de guerre.

La plupart des représentations de soldats tiennent compte du nombre. En effet, on les croisait plus souvent en groupes, en marche ou en attente.

Des territoriaux         

Permissionnaires en conciliabule
La signature est marquée par un petit chat, en bas à gauche, comme Plantu le fera dans ses dessins pour le journal le Monde ou Franquin dans ses planches de Gaston Lagaffe. Le prochain billet traitera du travail de Steinlen sur les chats.

Les voilà ! : quelle habileté de placer cette cloison et cette porte entre les poilus et leurs femmes ou marraines de guerre ! L’indicible les sépare.
Les unes ont souffert de l’attente, du manque d’amour et d’aide, les autres ont vécu l’horreur et la dureté des tranchées de 1ère ligne. Comment renouer le lien entre le front et l’arrière? Comment dire ce qui ne se raconte pas ? Comment se retrouver?


Il réutilise cette idée d’opposition entre groupes aux pensées différentes dans les deux cortèges, quand montent au front des poilus qui se veulent déterminés et encourageants pour des civils obligés de quitter la zone des combats après avoir tout abandonné.

Son inspiration ne manque pas d’à propos pour les Serbes et les atroces souffrances qu’il connurent (dessin de 1917).
On apprécie de regarder ses essais autour du dessin central.

Pendant 1914-1918, lui qui représenta si bien les hommes en guerre, réussit aussi à donner aux femmes toute l’importance qu’elles avaient alors.
Même en représentant l’Allocation des veuves de guerre en 1915, il parvient à montrer tout à la fois des victimes et des femmes fières et glorieuses du sacrifice de leur mari.

En 1919, son affiche en faveur des régions libérées chante l’espoir avec un rossignol sur fond de soleil levant. Il n’oublie pas l’horreur passée avec un paysage ravagé et les hommes sacrifiés.

Pour mieux connaître l’homme et l’artiste, on peut lire son interview faite par Emile Bayard dans La caricature et les caricaturistes, paru en 1900. Steinlen, p.299.

Et un compte Twitter permet de découvrir toute la diversité et l’abondance des œuvres de l’artiste : https://twitter.com/artist_steinlen

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