Théophile Alexandre Steinlen (2)

Billet précédent sur l’engagement social et politique.

Steinlen et les femmes

La femme figure dans tous les thèmes qui passionnent Steinlen. On l’a dit précédemment pour la femme au travail, c’est aussi vrai pour celle qui est au repos et rêveuse, l’allégorie femme (Victoire, République, Révolte…), la femme danseuse et/ou chanteuse, la femme amoureuse, la femme de soldat, la miséreuse, la prostituée, la femme de tout âge et de toute taille ou celle qui vit avec des chats…

Représentant la misère ou le travail pénible de certaines femmes, son trait n’en néglige pas pour autant leur charme et leur fierté.  Si cela est facile pour le trottin de mode (jeune ouvrière couturière chargée des courses) en raison de la jeunesse des filles et de leur taille menue, il réussit aussi à traduire cette grâce dans sa série des blanchisseuses. Plusieurs dessins leur sont consacrés et on y trouve des femmes soignées, énergiques, robustes et gracieuses à la fois.

Les deux trottins 1902.
Trottin sous la pluie 1898

Les ouvrières sont souvent représentées joyeuses, en petit groupe, sans que la simplicité ou la saleté du vêtement ne les enlaidissent.

Leur allure plaide pour elles.

Dans ces dix cartes postales aquarellées, elles apparaissent galantes, amoureuses et même aguicheuses.

Steinlen aime particulièrement exprimer des conditions plus dures. Cette autre blanchisseuse dégage force et volonté pour dépasser la souffrance d’un tel effort, ployée pour équilibrer le lourd ballot à blanchir. La femme n’est déjà plus toute jeune et semble habituée à cet ahan.

 Cou et visage expriment la tension par leur étirement pour équilibrer la charge, mais sans le rictus de la douleur. L’artiste ne veut pas amoindrir la beauté dans la pénibilité du travail.

La démarche et le bras porteur du fardeau ne peuvent être mieux rendus. On ressentirait presque, à regarder ce bras droit coupé par la lanière du pesant paquet de linge, l’ankylose qui en découle, les fourmis qui courent dans le bras mal irrigué dans sa circulation sanguine.

Dans ce dessin, le père attire le premier l’attention, et ce n’est pas la femme mère de famille que l’on remarque le plus ensuite, mais les fillettes.
Steinlen a représenté les adultes, tristes et résignés. L’une des grandes soeurs, chargée du petit dernier, a le regard fixe et déterminé ; l’autre, assise par terre, trouvant réconfort dans les caresses faites au chat, a le regard dur de la révoltée qui n’accepte pas cette situation.

Cette affiche a été dessinée pour un organisme social, la Fédération des locataires, en 1913.

Ce dessin comme le suivant évoquent un peu Daumier qu’il admirait, alliant l’expressivité, la qualité du trait à la puissance des formes.
« Floréal », estampe de 1921.

La République » d’Honoré Daumier, peinte pour un concours public de 1848, a des caractéristiques approchantes même si le sujet diffère.

La République nous appelle (lithographie de 1915) conduit au même rapprochement.  Comme chez Daumier, on trouve  l’envergure d’une puissante République au pied de laquelle, dans le coin gauche de la composition, deux jeunes hommes subjugués s’engagent à la suivre, prêts au sacrifice.

On compte autant de midinettes que de robustes blanchisseuses parmi les dessins de Steinlen.

Cette jeune femme dansante allie grâce de la gestuelle et pique de la provocation.  Jeunette joyeuse au sourire provocant, elle peut susciter moquerie avec ses pointes réalisées avec des mules inadaptées pour la danse. Mais la vivacité et sensualité du mouvement font oublier ce détail et même son effronterie.

La hardiesse met aussi à l’écart la pauvreté et pourtant le talon percé de la chaussette du pied gauche ne peut être ignoré.

Comme pour toutes celles qu’il observait si méticuleusement, cet artiste a su respecter la beauté des femmes dans toutes les situations de la vie, sans renoncer au réalisme.

2 commentaires sur “Théophile Alexandre Steinlen (2)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s