Besançon : un pamphlet contre Bonaparte et le lycée

Le Petit Comtois du 26 septembre 1921

Le 18 brumaire an XII (9 novembre 1803), avait lieu l’installation officielle du lycée de Besançon. On lit sans étonnement  la motivation préfectorale pour cette date anniversaire du coup d’Etat de Bonaparte, mais l’on est stupéfait de voir jusqu’où va la propagande servile du préfet qui considère que le 18 brumaire est la date du « bonheur de la France et de la paix des familles… »

Document extrait de memoirevive.besancon.fr

La décision de création du lycée bisontin aurait été prise le 10 octobre 1802 si l’on en croit Maurice Pigallet dans le Petit Comtois du 26 septembre 1921, mais la correspondance du calendrier républicain qui est faite avec un 19 primaire an XI doit d’abord écarter le mois d’octobre, car primaire (mois qui n’existe pas) est une coquille probablement de frimaire, ce qui nous ramènerait au 9 décembre 1802. Ce qui rend logique l’installation avec rentrée officielle à l’automne suivant ; fin 1802, l’ancienne école centrale avait déjà fait sa rentrée et le règlement du futur lycée n’était pas encore écrit, puisqu’il ne le fut que le 29 thermidor an XI (16 août 1803). Maurice Pigallet l’avait rappelé dans un historique du lycée bisontin déjà publié en mars 1921 dans le Petit Comtois.

L’objet de l’article du 26 septembre concerne une parution des Annales révolutionnaires dirigées par André Mathiez concernant un pamphlet contre Bonaparte et le lycée. Reprenons les mots et les citations de Pigallet. Il était noté dans ce  placard paru à Besançon:

« vous ne devez pas douter que c’est un bienfait, puisque c’est la volonté du despote de la France qui se masque du nom de consul  et qui fait les fonctions de sultan. Les élèves sauront bien quelques mots de latin, mais ils ne seront pas à même de connaître les fautes du gouvernement ; ce sera alors qu’il agira le plus despotiquement possible. »

L’article III du factum insinue que les professeurs sont – ou mieux seront – ignorants,  « incapables de généraliser les faits, principal but de la science historique, qu’ils ne connaissent pas. Les enfants sortiront du lycée avec une facilité extrême à réciter machinalement quelques morceaux latins ou français qu’ils ne concevront sûrement pas. 
                Il est à présumer que ce sera la principale méthode du lycée, pour trois raisons : la première est que les élèves étant trop jeunes, leur jugement n’est pas encore formé, la deuxième que le latin étant une science de mots, on n’est forcé de n’apprendre que des mots, par conséquent par cœur, de sorte qu’au bout de quelques années, ils ne sauront plus rien ; enfin la troisième est basée sur l’ignorance des professeurs qui se trouveront forcés de faire apprendre par cœur des morceaux d’un excellent auteur (puisqu’ils seront envoyés par le premier consul).

Et l’auteur anonyme espère que de notre Patrie sortira un Brutus pour briser les fers les plus pesants qui se préparent.
Fait au bureau de la vérité, pour l’amour de la Patrie, la philosophie, la liberté, l’honneur
. »

Après avoir énoncé l’essentiel du libelle, l’archiviste Pigallet en dénonce les excès. Il voit les effets bénéfiques qu’a eu cette œuvre de réorganisation de l’instruction en France, même s’il admet l’utilisation des lycées pour la formation des élites au service de Napoléon Bonaparte. Et puis, il défend l’enseignement du latin, ne le limitant pas à une « science de mots », mais en en faisant une gymnastique de l’esprit.

Il termine en minimisant les effets à Besançon d’un tel pamphlet qui, assurément, n’eut aucune influence immédiate sur l’opinion. Cependant, il rappelle que Bonaparte avait des opposants, royalistes ou républicains, même si les autorités locales, maire de la ville ou préfet du département, dépendaient directement du premier consul.                   

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