A propos d’un fusillé de 1914, le commandant Wolff…

… La ténacité de son épouse.
L’Éclair Comtois du 5 août 1920

L’article ci-contre, du 5 août 1920, m’a intrigué et poussé à me pencher sur cette affaire. Le journal signale une exhumation clandestine à Rémenoville, celle de Frédéric Henri Wolff, chef de bataillon au 36e Régiment d’Infanterie Coloniale, condamné à mort avec dégradation militaire en conseil de guerre du 1er septembre 1914, fusillé le soir même, pour avoir, le 25 août précédent, vers Einvaux (Meurthe-et-Moselle), tenté de capituler et incité ses troupes à la fuite devant l’ennemi.

Le journal rappelle qu’à cette date (1920), on ne disposait pas encore des documents officiels relatant les faits ayant conduit à cette exécution et des versions différentes les évoquaient. L’une disait que le commandant Wolff avait pelé à fuir après avoir brandi un drapeau blanc pour éviter le massacre de ses hommes par les mitrailleuses ennemies. Une autre prétendait que Wolff – rappelons qu’il était Alsacien – avait un frère dans l’armée allemande et qu’il se serait trouvé en sa présence lors de cette rencontre avec l’ennemi, le poussant à se rendre.

Dans le dossier de procédure de 1914, quatre témoignages  précis accusent le commandant d’avoir brandit un mouchoir blanc accroché à la baïonnette d’un fusil, ceux d’un lieutenant, d’un sergent, d’un caporal et d’un soldat. Wolff qui avait reconnu auprès du général Durupt qu’il avait essayé de se rendre se défendit ensuite de ces accusations et  demanda pourquoi d’autres officiers présents ne témoignaient pas et il retourna le témoignage du lieutenant, disant que celui-ci avait été le premier à quitter la tranchée pour l‘arrière. En fait, il allait informer d’autres supérieurs de la situation.

Né à Colmar le 4 juin 1869, 45 ans en 1914, marié en 1909, un enfant, Wolff laissait donc une veuve inconsolable si l’on en croit ce que reproduit le journal ; elle serait revenue chaque année sur la tombe de son mari à Rémenoville pour la fleurir malgré l’hostilité des gens du village. Et, en 1920, cette femme aurait fouillé la tombe pour y enlever (incomplètement) les restes de son mari.

La femme dont il est question dans cet article de presse, s’il s’agit de l’épouse Wolff, aura montré une détermination remarquable pour déterrer une partie des restes de son époux, puis annoncer sa réhabilitation prochaine.  Avec son beau-père, lui-même ancien chef de bataillon et Officier de la Légion d’honneur et avec maître Helmer, son avocat en 1919-1922 – il a été aussi avocat de Hansi en février 1914 –  elle aura fait une demande de révision  en juillet 1919, rejetée en mai 1922.

Avec maître Alekan, elle en fit une autre en 1933 quand des jugements de fusillés de 1914-1918 pouvaient être réétudiés ; elle fut écartée le 12 mai 1934 après que madame Wolff se fut elle-même désistée de sa requête. En 1933 et début 1934, un juge d’instruction  avait recherché de nombreux autres témoignages, ceux des soldats susceptibles d’avoir participé aux évènements du 25 août 1914  et convoqué à nouveau les  témoins retenus en 1914, du moins les survivants. Les témoignages se révélèrent concordants ou sans effet, ce qui explique l’abandon de la révision demandée par Anna Wolff.

Inconsolable, folle de chagrin, mais aussi démunie en l’absence du traitement de son mari, Anna Wolff avait fait jouer la qualité de sa carrière au Sénégal (1893-1895), en Indochine (1896-1912) avant la guerre de 1914 comme sa Légion d’Honneur. En 1933, âgée de 63 ans, elle demandait une aide judicaire (à laquelle elle n’avait pas droit) et  des indemnités basées sur l’hypothèse où son mari aurait pris sa retraite en 1914, avant la déclaration de guerre, actant de près de 25 ans de service.

L’affaire se termina donc sans que la famille ait obtenu gain de cause. Reste à savoir si l’exhumation clandestine de 1920 fut le fait de Madame Wolff et si une poursuite judiciaire eut lieu, le parquet de Lunéville ayant été saisi.

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