Montbéliard pendant la Grande Guerre

Par Julien Mauveaux.
Une recension indulgente du Petit Comtois du 13 août 1920

La recension du travail  de Julien Mauveaux faite par la rédaction du Petit Comtois rappelle combien furent innombrables les récits sur la Grande Guerre et les monographies éditées rapidement après guerre.

Celle-ci, en deux tomes, parut en 1920 à la Librairie Champion à Paris (en ligne sur Gallica). Elle retrace ces cinq années de 1914-1918 dans la ville de Montbéliard où l’auteur fut archiviste et secrétaire général de la mairie.

L’intérêt de cet écrit n’est plus aujourd’hui dans la qualité de son information qui peut être discutable et discutée, mais dans l’ampleur de l’œuvre qui se veut exhaustive. Julien Mauveaux touche à tous les sujets et il a l’habileté de situer les faits et phénomènes locaux dans un contexte plus large en dégageant ce qui fut propre à la ville.  On prend facilement la place de ce secrétaire de mairie au fait de tout ce qui se décide et s’impose dans cette municipalité. Et bien des chapitres et sous-chapitres pourraient être traités dans n’importe quelle autre cité, l’auteur abordant les sujets les plus généraux comme les plus précis ayant tous intéressés l’arrière.

  • Dans le tome 1 (352 pages), une vingtaine de pages sont consacrées à l’avant-guerre de la mi-juillet au 3 août. On y trouve, comme précisions locales, l’absence des journaux de Besançon lors des 20 premiers jours de la guerre (manque frustrant à un moment où se fait avidement la recherche d’informations) et l’épisode de Joncherey avec la mort du caporal Peugeot.

Suivent cinq chapitres sur la guerre de la déclaration, qu’il voit joyeuse et la fleur au fusil, aux troubles de l’espionnite, à la fébrilité dans les bureaux de la mairie ; puis chaque année de 1914 à 1918 a droit à des remarques sur les réactions, les comportements, le moral et le ressenti  des Montbéliardais face aux grands évènements militaires, mais aussi à ce qui se passe à Belfort, sur le front et si proche. 1917 et 1918 comptent plus de pages que les trois années précédentes.

La défense nationale est scindée en deux, la lutte contre l’ennemi extérieur puis intérieur ont droit respectivement à dix chapitres pour l’une et trois pour l’autre.
Mauveaux veut être exhaustif et l’on trouve une  multiplicité de questions auxquelles il a été confronté en tant que secrétaire de mairie. C’est ainsi qu’il aborde les réquisitions, la défense de Belfort (qui avait un impact sur Montbéliard), le cantonnement et le passage des troupes (chaque régiment ou bataillon a droit à quelques lignes), la levée et le départ des classes (avec la liste des Montbéliardais concernés), la mobilisation italienne (un court chapitre en raison de la présence immigrée dans la ville et les environs), les réformés, les ajournés et les exemptés, les engagés volontaires, les insoumis et les fils d’étrangers, les usines de guerre (énumérées avec un paragraphe sur leurs activités, mais ne parlant même pas des productions d’obus et de camions chez Peugeot), enfin les grands emprunts et la mobilisation de l’or. Le dernier chapitre porte sur les mesures contre l’alcoolisme, dont l’absinthe.
On déplorera le traitement parcimonieux de la production industrielle dans ce pays de Montbéliard si usinier.

A propos de l’ennemi intérieur, les mesures contre les étrangers prennent 8 pages. Le reste traite des Alsaciens-Lorrains, des naturalisés, de l’espionnage, des restrictions à la circulation des hommes, des marchandises et des idées, de la censure.

La défense de Montbéliard compte une quarantaine de pages dont une vingtaine pour  la guerre aérienne avec une chronologie détaillée de tous les survols.

Les cent dernières pages du premier tome présentent la même exhaustivité des sujets économiques et sociaux qui occupèrent le secrétaire de mairie : les soupes populaires, le ravitaillement de la ville, les problèmes de l’éclairage et du chauffage, les réfugiés et évacués, les orphelins de guerre, les œuvres de secours… Les blessés et les hôpitaux, les œuvres pour les combattants et les prisonniers, les journées de générosité nationale.

 Ce sont les premiers chapitres qui informent le mieux sur la vie communale. Les deux premiers  permettent de comprendre ce qu’était un pouvoir communal en pleine zone des armées et ses rapports avec les autorités militaires, le manque de personnel en raison de la mobilisation, en particulier dans la police (un corps de 58 gardes-civils armés y suppléa autant que possible). Les trois suivants renseignent sur le budget et les services rendus par la ville pour l’entretien de la voirie, l’approvisionnement, l’enseignement, la santé, les œuvres de bienfaisance. On apprend que des  bâtiments scolaires, comme le collège Cuvier ou celui des filles, furent transformés en hôpitaux  ou caserne et la poursuite des cours se fit bon an mal an. Suivent des chiffres sur les hôpitaux civil et militaire.

Six autres chapitres permettent de connaître l’évolution de la population avec des statistiques démographiques, l’appauvrissement de la vie intellectuelle.
L’auteur s’aventure même à parler des mœurs et son sexisme est bien de l’époque quand il ose faire ces remarques faisant porter toute l’immoralité de ce temps tragique sur les femmes.

Il est plus dans le vrai quand il cite l’absentéisme scolaire, la petite délinquance des adolescents et enfants.

C’estencore l’économie locale qui apparaît dans les chapitres sur l’agriculture et l’industrie, mais les faits donnés sont décevants, se limitant à des tableaux météorologiques et statistiques et à l’évocation des missions économiques canadienne et américaine.

Ces différents chapitres servent de compléments à ce qui n’a pu être développé dans le tome I.

Somme toute, un résultat complexe, touffu, peu agréable à lire, mais riche de renseignements variés ayant pour sources principales des données reccueillies à la mairie et certainement la presse locale.

Le compte-rendu du Petit Comtois est très indulgent.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s