Charles Emmanuel JODELET

Le Petit Comtois du 21 février 1920

Charles Emmanuel JODELET (1883-1973) est un artiste d’origine comtoise, né à Augerans (Jura), près de Dole, où il travailla comme graveur et lithographe. Ses œuvres les plus connues concernent l’opéra Garnier de Paris. Il se spécialisa dans la représentation des petits rats. Avec un moteur de recherche et la fonction « images », ce sont ces danseurs de l’opéra qui apparaissent le plus.

Mais dans l’exposition réalisée à Besançon à la vitrine des Beaux-arts, rue de la Préfecture (alors rue Wilson) en février 1920, les œuvres de Jodelet sont antérieures à cette période privilégiant l’opéra Garnier et, pour partie, en rapport avec la grande Guerre.

De la classe 1903, Jodelet participa à ce conflit durant toute sa durée et d’abord au 3e Bataillon de Chasseurs à Pieds. Blessé au bras gauche par éclat d’obus à Notre Dame de Lorette, au Bois Carré, le 29 juin 1915, il garda de ce passage dans ce secteur un vif souvenir et en dessina et aquarella plusieurs scènes.

Est-ce le vainqueur dont il est question dans le Petit Comtois que ce soldat plantant son drapeau sur une pile de casques allemands ? On le trouve sur le site Argonaute de la Contemporaine. Il est décrit comme « puissant de relief et solidement campé » par le rédacteur du journal local et ce commentaire convient.

Après avoir soigné ses blessures dans divers hôpitaux, Jodelet reprit du service au 81e Régiment d’Artillerie Lourde et termina la guerre au sein du 2e Groupe d’Aviation à partir de  juillet 1917. Mais c’est bien l’épisode précédent qui inspira à l’artiste la plupart de ses dessins de guerre.

Une douzaine d’autres sont visibles dans la bibliothèque numérique de la Contemporaine.

Celui ci-dessus, intitulé la relève, en décembre 1914 concerne Aix-Noulette, toujours dans le secteur de Notre Dame de Lorette.  On appréciera le barda dont le poids explique la démarche pliée de ces deux poilus. Sur le même sujet, Jodelet a dessiné aussi le bardingue (ci-contre) . On y retrouve la même peine de l’homme écrasé par sa charge.

 Roussel dit aussi que les cuistots est « une des bonnes œuvres » de Jodelet. Ce dessin doit en faire partie. Il est daté de janvier

Le guetteur ci-contre (Ablain-Saint-Nazaire février 1915) et le veilleur ci-dessus (Aix-Noulette 1915)  sont représentés par temps froid. Jodelet a occupé ces postes pendant l’hiver 1914-1915.

On comprend aisément que le dessinateur restitue encore du vécu dans la scène ci-dessous du 14 janvier 1915 à Ablain-Saint-Nazaire où l’un des deux hommes de garde tombe de sommeil sur l’épaule de l’autre qui a pris soin de se protéger du froid par une grosse écharpe et une couverture sur les jambes.

Pour les autres œuvres de l’exposition de la vitrine des beaux-arts de Besançon, l’accueil  fait par Albert Roussel est plus critique. Le chroniqueur leur reproche un excès de couleurs, mais il admet aussi le rendu expressif de personnages comme des paysans ou une marchande de journaux.

En 1920, Jodelet n’est plus un artiste local. Devenu parisien, il faut peut-être chercher dans cette expatriation l’explication à ces critiques pas forcément impartiales. En effet, la fin de l’article de Roussel est sans ambiguïté quand il écrit : « il nous paraît que M. Jodelet n’a peut-être pas tenu toutes les promesses de la « présentation » aimable des prospectus de son exposition. L’estampille de Paris ne nous suffit pas. M. jodelet ne nous a pas fait oublier certains de nos artistes locaux… » L’auteur reproche à Jodelet d’avoir quitté la province pour Paris. De là à déprécier son œuvre, il y a un pas à ne pas franchir et, quand on consulte le site la Grande Guerre en dessins, qui  montre d’autres artistes que Jodelet, on constate que celui-ci les vaut bien tant dans la diversité de ses dessins que dans la représentation réaliste des poilus dans des scènes de leur quotidien. http://www.dessins1418.fr/

Et, au regard de ses œuvres postérieures sur l’opéra et les petits rats, on doit reconnaître le talent de cet artiste. Ce n’est pas Degas, mais il sut restituer la délicatesse, le mouvement et la grâce de ces danseuses.

Décidément, le régionalisme chauvin d’Albert Roussel, n’incitait pas les Bisontins à profiter de cette exposition.

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