KALUSKI Henri

Un fils d’immigré russo-polonais …

Lors d’une indexation de fiche de Mémoire Des Hommes pour un soldat né à Vesoul en 1891, on remarque facilement ce nom à consonance polonaise et l’on est surpris de son lieu de naissance à cette date.
En effet, l’immigration polonaise en France concerne avant tout l’entre-deux-guerres, les années 1920, et moindrement 1830-1831 suite à la répression de l’insurrection polonaise de Varsovie, et il s’agissait alors d’une intelligentsia qui s’installa surtout à Paris – Besançon accueillit aussi des Polonais en 1831 dont quelques dizaines de francs-maçons – .
Dans l’entre-deux-guerres, les migrants trouvèrent surtout du travail dans les régions minières.

Il y eut aussi le départ de Juifs russo-polonais à partir de 1881 en raison des pogroms dont ils étaient victimes dans la partie russe du territoire polonais. La Pologne avait perdu son indépendance en 1795, hormis l’épisode napoléonien du duché de Varsovie.

L’acte de naissance d’Henri KALUSKI confirme cette dernière hypothèse pour expliquer sa présence à Vesoul.
Son père, Joseph, naquit à Souwalki en Pologne russe, le 25 janvier 1863 (date figurant sur son acte de mariage de 1886, (cf.infra). Suwalki est actuellement une ville polonaise de près de 70 000 habitants et proche de la frontière lituanienne. Et pour sa mère, née LANDSMANN Débora, le 16 janvier 1864. la naissance est notée en Russie, à Vorneva, mais une descendante m’a parlé d’Odessa.
Des gens de nombreuses origines vivaient dans la région de Suwalki : Lithuaniens surtout, Russes, Polonais,  et aussi Allemands… Une part de ces populations était juive.

Joseph ouvrit un magasin de vêtements à Vesoul à la fin des années 1880 (marchand d’étoffes sur l’acte de naissance d’Henri). Les immigrés juifs de cette fin de XIXe siècle se spécialisaient souvent dans l’artisanat textile.
Les époux KALUSKI s’étaient mariés à Nancy le 17 août 1886. Tous deux occupaient alors des emplois dans le commerce. Cette ville de Lorraine n’avait peut-être pas été la porte d’entrée en France de Joseph, car l’acte de mariage, rédigé en présence de sa mère, précise que celle-ci habitait Paris, rue Keller dans le VIIIe arrondissement.
Debora
était fille de marchands forains et ceux-ci habitaient Nancy. Ils étaient présents à la rédaction de l’acte de mariage. Les autres témoins s’appelaient Samuel Goldberg, de Reims, Bernard Levinski, François Tisserand et Bernard Steinmuller, tous trois de Nancy.
Un premier enfant Kaluski naquit le 18 mai 1887 et reçut le prénom du grand-père paternel, Michel, mort à Suwalki le 30 juin 1872.

Henri est donc né à Vesoul le 28 avril 1891.
Sa fiche de matricule militaire nous apprend son insoumission alors qu’il était appelé sous les drapeaux en octobre 1912. On comprend d’autant mieux ce refus de service militaire qu’il n’était plus en France à cette date. Parti s’installer aux États-Unis, à Chicago, il y exerçait le métier de boulanger. Mais rentré en France après la déclaration de guerre, il s’est présenté à l’autorité militaire le 6 septembre 1914. Immédiatement amnistié, il fut incorporé au 102e Régiment d’Infanterie avant de passer au 142e.

Plusieurs hypothèses peuvent être émises pour expliquer ce retour. Naturellement, on pense au patriotisme d’un fils d’immigré dont la France avait accueilli les parents une trentaine d’années auparavant. Mais vient aussi à l’esprit la pression exercée par ces parents et frères restés à Vesoul où les voisins ne devaient pas se priver de leur faire comprendre que leur fils était bien ingrat envers la patrie s’il restait aux États-Unis alors que l’Allemagne envahissait le pays. Difficile de faire la part des choses, mais le retour d’Henri plaide en sa faveur.
Celui-ci paya de sa vie cet engagement patriotique le 19 mars 1915. Il fut d’abord porté disparu lors d’un des nombreux combats autour du fortin de Beauséjour, dans la Marne, aujourd’hui sur la commune de Minaucourt-le-Mesnil-lès-Hurlus. Un jugement rendu à Sainte-Menehould, en 1921, atteste de son décès.

Deux descendantes de son frère Michel m’ont aimablement parlé de l’existence d’un aventurier dans la famille KALUSKI, qui pourrait correspondre à Henri.

Elles m’apprirent également la déportation d’un des frères d’Henri, Gilbert en 1943 et d’une des sœurs, Rachel, morte à Auschwitz.

2 commentaires sur “KALUSKI Henri

  1. bonjour

    je viens de lire votre document avec beaucoup de surprise.

    je crois que grâce à vous je viens de découvrir une partie del histoire de ma famille. Je suis la petite fille de Rachel.

    laisser moi un message pour que nous faisions connaissance.

    à bientôt.

    josyane

    J’aime

    1. Bonjour Madame,
      Très content pour vous si ces quelques lignes ont facilité la (re)découverte d’un pan de vote histoire familiale.
      Vous avez remarqué le mauvais état de l’article de blog. L’hébergeur dont je bénéficiais en 2017 a fait défaut en 2019.
      Depuis, tout le blog a été transféré sous WordPress, mais avec perte des liens vers les illustrations.
      Je peux vous les faire parvenir si vous le souhaitez : il s’agit de fiches militaires de Henri et de son acte de naissance en 1891.
      En 2017, j’ai eu deux échanges téléphoniques avec Mireille Kaluski ; à cette occasion, j’ai appris le terrible sort de Rachel.
      Bien à vous,
      B.Jacquet

      J’aime

Laisser un commentaire