« Protégeons les oiseaux »

La Dépêche Républicaine du 16 et du 30 mars 1921

C’est un cri d’alarme sur la disparition des oiseaux que l’on peut lire dans les deux éditions de ce journal de Besançon d’il y a cent ans.  Il est en pleine résonance avec le présent.

La Ligue de Protection des Oiseaux a été créée en 1912 et il y eut assez tôt des personnes sensées pour comprendre l’intérêt des oiseaux pour l’équilibre naturel avec les populations d’insectes et pour la préservation de l’agriculture, viticulture, arboriculture. Et puis, comme le dit en introduction ce lanceur d’alerte, le charme, la grâce, la poésie du chant de ces espèces suffisent à vouloir les protéger. Ajoutons tout simplement le respect du vivant.

Un premier billet était paru dans la Dépêche Républicaine du 16 mars. On y trouvait un plaidoyer pour la préservation des oiseaux et une dénonciation des chasseurs et surtout des « tendeurs », ces individus qui vivaient de la chasse aux collets, aux filets et à la glu (l’auteur utilise le mot glueux, synonyme aujourd’hui peu usité ; on dit aussi gluau). Cette glu encore utilisée et désormais condamnée par la plupart des gens – et surtout par une directive européenne –, faisait alors des ravages.

Les chiffres donnés par cet article ont de quoi effrayer : un « tendeur » vantait son tableau de chasse avec plus de 10 000 oiseaux pris en un mois et demi. Tous les petits oiseaux de nos contrées y passaient : fauvettes, rossignols, chardonnerets, mésanges… bergeronnettes, rouges-gorges. Le midi n’était pas le seul concerné (Landes, Var…), mais aussi la Haute-Marne, la Meurthe-et-Moselle.

Le rédacteur, rappelant les ravages faits par les insectes, chiffre ensuite leur consommation  par les hirondelles, les mésanges ou les moineaux. Il signale aussi cette observation : 1400 élytres, ces ailes cornées, de hannetons rejetés d’un nid de moineaux.

Autrement dit, pour l’auteur, lutter contre les hannetons, et aussi contre leurs larves, les vers blancs qui attaquent les plantes par la racine, commence par la préservation des moineaux.

Le 30 mars, le billet souligne la gloutonnerie de l’homme et démontre pourquoi il tue tant de bêtes étant donné le faible poids de viande tiré des petits oiseaux. 7 gr. pour une fauvette et un peu moins pour un chardonneret, à peine 4 gr. pour une mésange bleue ou un troglodyte et 8 pour une linotte.

Il ajoute une autre valorisation de ces petits volatiles tués : la mode féminine pour les plumes.

Et puis, il dénonce les dénicheurs, souvent enfants, n’agissant que par cruauté gratuite sur les œufs ou les oiseaux à peine éclos. Et il appuie les instituteurs qui ont commencé à fonder des sociétés scolaires de protection.

Il termine par un remerciement au journal qui a accepté de publier ces lignes en faveur des  oiseaux.

Ces articles de presse séculaires retiennent l’attention tant leur sujet est contemporain par l’alerte ainsi lancée et si adapté au temps présent où les oiseaux connaissent un grave recul de leur population.

Insistons cependant sur la différence des causes de ces disparitions à cent ans d’écart. En effet, en 1921, la chasse sous toutes ses formes, et elle d’abord, expliquait cette baisse de population. Depuis quelques décennies, c’est la réduction des populations d’insectes avec l’usage massif des pesticides qui en est la cause première. La chasse continue à y contribuer mais avec une intensité moindre.

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