Un visiteur du musée avisé… ou non.

Le Petit Comtois des 8, 9 et 20 juillet 1920

Durant le confinement lié à la covid-19, les musées de Besançon, comme tous les autres, étaient fermés. Mettant à profit les ressources en cartes postales de 1920 établies à partir des salles du musée des beaux-arts et d’archéologie après sa réouverture d’après-guerre, un court fil Twitter du 21 juin 2020 donnait à les voir et permettait de se faire une idée de leur agencement.

Le 8 juillet 1920, la rédaction du Petit Comtois soumettait à ses lecteurs la lettre d’un amateur éclairé, signant Pictor, écrite après sa récente visite au musée. Assurément, le signataire (Pictor) est instruit de l’art pictural et, comme il l’écrit au début, a déjà visité le musée plusieurs fois et en connaît la richesse.

Cet observateur attentif et habile à ne pas trop froisser le conservateur de l’établissement, commence par complimenter et souligne les qualités de la rénovation faite pendant le conflit. Les nouvelles salles, Pierre-Adrien Pâris et Théobald Chartran doivent lui convenir.

Il en vient cependant rapidement à une critique. Estimant qu’un musée doit fournir un enseignement artistique, il considère que le but n’est pas atteint dans ce cas. 

Il déplore des restaurations ratées, il regrette en plus, pour quelques œuvres, des attributions à de grands artistes tout à fait contestables. Il en cite plusieurs et l’on peut reconnaître un portrait de famille en sainte famille dit de Velasquez, aujourd’hui reconnu comme peinture du hollandais Pieter de Grebber. A propos des restaurations, le conservateur répondra à Pictor le 20 juillet en considérant qu’il exagère ; quant aux attributions contestables, il admettra leur existence, se disculpant en disant qu’il en a hérité et qu’il n’y était pour rien.

La critique s’amplifie quand il s’agit de la mauvaise disposition d’une œuvre magistrale comme celle de la Déploration sur le Christ mort d’Agnolo Bronzino. Placée en regard d’une fenêtre, la luminosité en gêne l’appréciation. Peut-être la grande finesse des portraits ne ressortait-elle pas? En tous cas, dans sa réponse du 20 juillet, le conservateur n’admettra pas cette remarque.

Détail de la Déploration du Christ par Bronzino

Il cite ensuite Loth et ses filles, de Massimo Stanzione, alors en mauvais état. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Enfin, il fait une proposition de réorganisation des œuvres, souhaitant le regroupement des plus réputées au sein d’une seule salle du musée. Il y verrait la Descente de croix du Bronzino, le portrait de Granvelle par le Titien (aujourd’hui au palais Granvelle, dans le musée du Temps), le portrait de Richelieu par Lawrence, le Paysage de Rousseau, la colère de Junon par Jordaens, le portrait du petit Paul par Greuze et les Bords de l’Aumance par Harpignies.

Curieuse proposition. Existe-t-il un musée où l’on pratique ce type de regroupement? D’abord la sélection des meilleures œuvres s’avérerait toujours discutable, et puis les visiteurs occasionnels auraient tendance à ne se rendre que dans cette salle centrale, négligeant ainsi d’autres pièces et l’ouverture indispensable à d’autres réalisations.

la salle du XVIIIe en 1920

Le 9 juillet, un lecteur du Petit Comtois remerciait l’intervenant de la veille pour ses remarques, considérant les imperfections du musée comme une réalité et leur signalement comme l’occasion d’y remédier.
Mais, le 20 juillet, dans le Petit Comtois, le conservateur répliquait à Pictor avec des arguments convaincants pour défendre les choix de présentation.

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