Louis Hosotte contre Victor Bérard

L’Éclair Comtois du 18 juillet 1920

Louis Hosotte, le rédacteur en chef de l’Eclair Comtois, réagit au discours d’un anticlérical, Victor Bérard, sénateur du Jura, qui s’est permis une charge contre la théocratie romaine et la force germanique à qui il attribue des siècles  de guerre, de croisades et de rivalités, y opposant la Société des Nations naissante, source de paix, de justice et orientée vers le bonheur.
 Pour Hosotte, tout propos à l’encontre de la papauté est un crime de lèse majesté et l’admiration d’une institution sans Dieu, comme la SDN, ne lui convient pas plus.

Victor Bérard devant le Sénat, en 1920, in Gallica Bnf

Bérard était laïc et dreyfusard, il n’en fallait pas plus pour que Louis Hosotte le détestât. Et le voici qui s’emploie à dénigrer ce sénateur. S’il lui reconnaît ses qualités d’helléniste, il veut montrer lui-même sa propre connaissance du monde grec ancien et il se réfère à Homère, Aristophane, Platon et Socrate, Démosthène.

Il se permet des raccourcis comparatifs ne se souciant ni des différences de contextes, ni des différences de personnages. Oser présenter Jaurès comme un soutien du Kaiser, dans une comparaison avec Eschine, c’est simplement faire preuve d’imbécillité calomniatrice.

Hosotte se montre plus clairvoyant lorsqu’il doute des capacités de la SDN à maintenir la paix et quand il écrit que la dernière guerre n’est pas la Der des Ders. Et il argumente avec les terribles violences de 1920 dans la Russie bolchevique.

Il remet en cause l’idée du meilleur régime politique qu’aurait créé la Révolution de 1789 ; elle n’aurait pas apporté plus de bonheur en France et en Europe que la monarchie précédente et il en veut pour preuve les guerres de la Révolution et de l’Empire.

Il montre plus de bon sens quand il doute que la science fasse le bonheur de l’humanité. Il est facile, après le carnage permis par les armes de toute sorte en 14-18, de remettre en cause les progrès techniques et scientifiques quand ils sont utilisés à parfaire des moyens exterminateurs.

Mais, pour Hosotte, son scepticisme  à l’encontre de la science tient plus d’une condamnation d’une science sans Dieu.

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme aurait dit Rabelais, mais Hosotte préfère citer Pascal : qui veut faire l’ange, fait la bête.

Sa conclusion revient contre Bérard.
Décidément, il ne supporte pas le discours de ce membre de l’élite intellectuel. Frustré de manque de reconnaissance officielle, jalousant la réussite de ce grand helléniste, le rédacteur en chef de l’Éclair Comtois s’abaisse à de basses médisances.

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