Publicités par Benjamin Rabier : fables de La Fontaine

Diverses éditions de l’Eclair Comtois et la Dépêche Républicaine de novembre 1923 à avril 1924

Le recours aux dessinateurs humoristiques pour des publicités de presse était habituel au début du XXe siècle. Francisque Poulbot en fut un des plus prolifiques. Benjamin Rabier n’eut rien à lui envier, tant sa production  fut variée et bénéficia de son talent pour l’anthropomorphisme des animaux. Il y a près de cinq ans  qu’on illustrait déjà l’adresse de celui-ci sur ce blog.

Les éditions de Besançon de l’Éclair Comtois et de la Dépêche Républicaine de Franche-Comté, durant l’hiver 1923-1924 et encore au printemps, reproduisirent régulièrement des publicités de laboratoires pharmaceutiques dessinées  par cet artiste. Il s’employait alors à détourner les fables de la Fontaine pour convaincre les lecteurs d’acheter de la pâte Regnauld, des autoplasmes, du Dentol ou du charbon de Belloc. On remarquera que ces publicités portent exactement sur les mêmes produits vantés précédemment par Francisque Poulbot.

Rabier a illustré des éditions de fables de la Fontaine et Gallica nous en permet la lecture. Et il chercha chez le grand fabuliste des idées pour ses dessins publicitaires.

Il utilisa des classiques connus de (presque) tout le monde et il rima en deux alexandrins  le nom de la marque en s’appuyant sur le sujet de la fable originale :

– Le loup et l’agneau :
Sire loup, vous toussez ? Fit gentiment l’agneau,
Laissez-moi vous offrir de la pâte Regnauld.

– Le corbeau et le renard :
Bravo fit le renard sur un ton de sarcasme !
Pour mes bronches, merci ! Merci, de l’autoplasme !

– Le chien qui lâche sa proie pour l’ombre :
Gardez-vous d’un tel acte aussi stupide et  fol !
Prendre un dentifrice X et lâcher le Dentol.

– Le pot de terre et le pot de fer :
Malheureux pot de terre ! Au premier choc il craque !
Pourquoi n’a-t-il pas pris du Quinium Labarraque ?

– Le loup et le chien :
Tu peux toucher mon vieux, je ne suis pas en toc,
Je suis un peu là, grâce au charbon de Belloc.

Le renard et les raisins :
Grimper là-haut ? Jamais, je ne suis pas si fol !
Et pourtant, pour les dents, c’est fameux, le Dentol !

Le Renard et la cigogne :
Le Renard : entends-tu comme ma langue claque?
C’est l’élixir des forts, ce Quinium Labarraque.

Il eut recours à d’autres plus rarement apprises à l’école et de moindre notoriété.

Le Gland et la citrouille :
Si la citrouille avait été le gland, mon asthme
Était guéri du coup ! Mieux vaut cet Autoplasme.

La Poule aux oeufs d’or, un peu plus connue :
Qu’as-tu fait, malheureux, il faut que tu sois fol!
Elle qui nous pondait ses oeufs d’or : au Dentol!

Le Serpent et la lime.
Ce métal est bien dur, mais il m’a paru mol,
Car mes dents sont d’acier, grâce au fameux Dentol.

Dans la Dépêche Républicaine de Franche-Comté 10 avril 1924

Le Loup devenu berger.
Allons, grimons-nous bien, et poussons-nous du col!
Puis nettoyons nos dents avec ce fin Dentol.

Dans la Dépêche Républicaine de Franche-Comté du 3 mai 1924

La Tortue et les deux canards.
Ciel la voilà qui vient s’écraser sur le sol,
Hélas, sa faible bouche ignorait le Dentol.

Dans la Dépêche Républicaine de Franche-Comté du 3 mai 1924

Le savetier et le financier.
Si je suis gai c’est que, solide comme un roc,
J’ai bon estomac, grâce au charbon de Belloc.

Dans la Dépêche Républicaine de Franche-Comté du 15 mai 1924

Le savoir commun délivré par l’École primaire de la troisième République à travers toute la France, y compris dans l’enseignement privé catholique, s’appuyait, entre autres, sur les fables de la Fontaine, mais aussi sur une Histoire nationale fondée sur des assertions imagées. C’est ainsi que les produits Baltic ou Dubonnet reprenaient à leur profit ces phrases prêtées à Clovis ou Henri IV : Souviens toi du vase de Soissons selon le chroniqueur-évêque Grégoire de Tours, la poule au pot tous les dimanches souhaitée pour les paysans par Henri IV. Ces publicités sont parues dans l’Éclair Comtois des 15 octobre et 15 novembre 1923.

Les publicistes n’ignoraient pas ce font commun de connaissances acquises dès l’enfance et les utilisaient avec plus ou moins d’habileté. Pour beaucoup, elles avaient un sens.
Benjamin Rabier innova avec les fables de la Fontaine en s’inspirant également de connaissances communes aux Français de l’époque.

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