1789 à Besançon (1)

La disette et les troubles à Besançon en 1789, d’après Camille Vuillame dans la Dépêche Républicaine des dimanches 27 novembre, 4, 11, 18 et 25 décembre 1921, 1er, 8, 15, 22 et 29  janvier 1922, 5, 12, 19 et 26 février 1922.

Publiée comme un feuilleton, en bas de deuxième page de ce quotidien, la Dépêche Républicaine de Franche-Comté, cette série de 14 articles sur 1789 à Besançon ne pouvait pas laisser le lecteur indifférent.
1789, année cruciale, avait eu aussi ses faits et méfaits locaux en rapport avec l’Histoire générale de France et l’auteur s’attacha à les présenter à raison d’une fois par semaine durant plus de trois mois.

On  peut considérer ces articles comme une leçon d’Histoire assurée par un érudit bisontin, Camille Vuillame. Ils retiennent l’attention car leur contenu est puisé dans les archives locales et restitué de façon assez intégrale, sans excès de commentaires ou interprétations qui leur donneraient une orientation plus ou moins partiale. Certaines des sources sont en ligne sur memoirevive.besancon.fr et regroupées sous le titre Pièces relatives à la Révolution en Franche-Comté et surtout le Registre des délibérations municipales 15 décembre 1788 – 23 janvier 1790.

Un travail scolaire, à partir de journaux lisibles sur memoirevive.besancon.fr peut être envisagé en l’accompagnant d’un questionnaire précis. Il s’agirait de cibler les faits locaux afin de déterminer comment ils s’inscrivent dans les évènements nationaux.

  • Le premier article, du 27 novembre 1921, insiste sur la misère et la faim comme causes majeures de la Révolution. C’est en effet un contexte important et causal. Il revient sur l’hiver 1788-89 [l’hiver 1788-1789 avait été terrible et long ; de mémoire d’homme on n’en avait pas vu de pareil], très froid et précoce (commencé le 25 novembre). On allumait de grands feux aux Cordeliers, au Collège et à l’Intendance pour les pauvres qui n’avaient pas de quoi se chauffer. Les reliques de l’ancien évêque de Besançon, Saint Prothade étaient vénérées pour conjurer ce froid excessif, à l’origine du gel du tiers des vignes bisontines qui occupaient encore tant de gens.
    Il insiste surtout sur le manque de blé et la hausse des prix à la quelle sont confrontés les boulangers et les consommateurs. Dès janvier, la disette est là, la municipalité renouvelle ses mesures de taxation du pain et combat l’agiotage en obligeant la vente des blés dans la seule halle pour mieux la contrôler. Là-dessus, un redoux précoce, dès le 20 janvier, fait momentanément disparaître les risques du froid, mais laisse place aux inondations. Le Doubs charriait d’énormes glaçons qui heurtaient avec violence les piles peu solides du pont de Bregille et se brisaient contre celles du pont de Battant. Des habitants logés proches de la rivière perdent tout.
  • Le second article, du  4 décembre s’attarde sur les derniers jours de mars 1789, jours de tensions et même d’émeute en raison du manque de pain et de son prix élevé. La municipalité doit renouveler une taxation et veiller à ce que la vente se fasse dans les halles, seul marché public autorisé. Les 30 et 31 mars 1789, une bande d’hommes échauffés attaque l’hôtel particulier de Terrier de Santans (président du Parlement – l’hôtel est aujourd’hui au 68, Grande Rue). La dispersion des assaillants par la maréchaussée pousse la bande à sévir ailleurs. L’avocat-conseiller Bourgon Gabriel et sa famille sont visés, sa maison saccagée.

Si le Parlement de Besançon est ainsi objet de la vindicte populaire, c’est qu’il a résisté en 1788 aux réformes voulues par le gouvernement de Loménie de Brienne qui visaient à réduire ses prérogatives et privilèges. Vuillame ne rapporte pas au seul manque de pain l’explication des émeutes des 30 et 31 mars, et il a raison de préciser l’hostilité au Parlement de Besançon, raison de fond de l’esprit insurrectionnel. Il prenait de l’ampleur avec les tensions qui accompagnaient les élections des délégués aux Etats Généraux dont la réunion avait été décidée par le Roi en août 1788.
Le désordre continua aux halles où le blé manquait et d’autres maisons que celles des deux parlementaires cités furent pillées. Le Parlement requit le marquis de Langeron – gouverneur de Franche-Comté et commandant de la garnison  – pour mettre un terme à cette émeute.

  • C’est dans l’article du 11 décembre que le rédacteur montre la relative modération avec la quelle le commandant langeron fit donner la cavalerie et l’infanterie contre tout attroupement. Appuyé par une milice établie par la Compagnie (municipalité), les troupes prirent le contrôle de la rue. La milice eut la charge de ramener le calme en faisant taire la rumeur de l’agiotage ; ainsi, des perquisitions de maisons bourgeoises permirent de constater qu’il n’y avait pas de blé stocké pour spéculer. Des perturbateurs furent arrêtés, et Les exportations de blé hors de la province interdites.

Le contrôle des entrées de la ville où arrivaient vagabonds et nombreux campagnards limita l’entrée d’agitateurs extérieurs. Pour éviter un rassemblement à risques, l’exposition du Saint Suaire prévue en dimanche de Quasimodo (4 avril) fut annulée. En notant ce fait, comme la dévotion à Saint Prothade précédemment, le rédacteur permet de rappeler l’importance du catholicisme à Besançon dans une société encore très religieuse.

Devant la pénurie de blé et farines, les boulangers demandent plus de libertés d’approvisionnement. La municipalité s’y oppose dans un premier temps et enjoint la corporation à chiffrer précisément tout ce dont elle dispose. Le résultat est alarmant et il devient nécessaire de s’approvisionner dans le Brisgau  et le Palatinat allemands, au risque de l’endettement pour la ville.

Suite au Prochain article

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