Regrets et uchronie

Le Petit Comtois du 8 novembre 1921

L’éditorial de cette édition ressemble à une démonstration d’uchronie. Cette façon de réécrire l’histoire (alternate history) à partir d’une politique ou d’un évènement revus différemment des faits historiques. C’est l’histoire réécrite avec des si… mais on n’y échappe pas quand les acteurs ont la conviction qu’ils avaient raison avant que les choses ne se déroulent autrement que ce pourquoi ils agissaient.
                L’auteur d’un article daté du 11 août 1912 le restitue ici en entier tant il est conscient de la clairvoyance qu’était la sienne avant 1914 sur l’éclatement d’une guerre en Europe (il ne se limite pas au risque d’affrontement franco-allemand, mais reste centré sur lui). Il déplore de n’avoir pas été entendu lorsqu’il parlait de paix.

                Ensuite, le 8 novembre 1921, il dévoile à quel homme politique s’accrochait sa position avant-guerre, celle de Joseph Caillaux. Cet homme qui concentra tant de haine sur lui en raison surtout de son pacifisme, de sa volonté d’éviter la guerre avec l’Allemagne, comme il y réussit en 1911 dans l’affaire d’Agadir. Et, sans oser critiquer Georges Clemenceau, (il est le « père la Victoire »), le rédacteur sous-entend qu’une politique de rapprochement économique avec l’Allemagne aurait évité le sanglant conflit de 1914-1918. Bref, pour lui, Joseph Caillaux avait raison et pourtant, il venait d’être condamné l’année précédente, en avril 1920, à trois ans de prison pour « intelligence avec l’ennemi ». Georges Clemenceau l’avait voulu et la Haute Cour trancha en ce sens, mais ne retint pas l’accusation de « trahison ».

Avant guerre, Joseph Caillaux, membre du parti radical, et Léon Bourgeois trouvèrent une attention bienveillante, mais  inégale, au sein de la rédaction du Petit Comtois. Jules Gros, le rédacteur en chef, ne les désavouaient pas, mais l’influent député local Charles Beauquier, radical lui aussi, s’agaçait des pacifistes. La droite se déchaînait contre eux.

La reproduction, dans le Petit Comtois, de l’article de 1912. ↑

Le rédacteur du Petit Comtois, lui, anticipe encore, comme il le faisait en 1912, et ose prôner un rapprochement avec l’Allemagne. Il rejoint la position adoptée par le ministre des Affaires Etrangères Aristide Briand qui travaillera avec Gustav Stresemann à une paix durable entre les deux Etats.

Dans une recension des deux tomes de Jean-Claude ALLAIN, Joseph Caillaux, le défi victorieux et Agadir 1911, parus en 1978, Pierre Milza admet les qualités de Caillaux sans ignorer ses maladresses.

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