Alésia, bataille interminable…

… pour une localisation.

Le Petit Comtois et La  Dépêche Républicaine de Franche-Comté du 3 février 1922

C’est ainsi qu’apparaissait la question d’Alésia à de nombreux Comtois qui contestaient sa localisation au Mont Auxois  à Alise-Sainte-Reine, en Bourgogne.
Le premier à le faire sérieusement fut l’architecte de la ville de Besançon, Alphonse Delacroix (1807-1878). En 1855, Il émit une hypothèse argumentée en faveur d’Alaise, en pays séquane,  sur un plateau près d’Amancey, entre le Gour de Conche et le Lison, à 25 km au sud de Besançon. La Commission d’Archéologie de Besançon, fondée en 1848, et la société d’Emulation du Doubs servirent de support pour les tenants de cette localisation. D’autres lieux furent proposés, mais Alaise était défendu avec fougue par des Comtois comme Auguste Castan et l’on ne peut s’empêcher de penser à la rivalité entre Bourguignons et Franc-comtois comme entre Dijon et Besançon pour expliquer parfois cette ténacité partisane, même s’il existe bien d’autres raisons dans cette affaire et particulièrement la mise en doute, à l’époque, du résultat des fouilles archéologiques faites sur ordre de napoléon III.

Novembre 1855. Alésia par A. Delacroix dans les Mémoires de la Société d’émulation du Doubs

On peut considérer deux longs épisodes dans ces débats sur la contestation d’Alise-Sainte-Reine pour la fameuse bataille.

– Le 1er commence donc au milieu du XIX e siècle et connaît une relance de 1922 aux années 1950. C’est un siècle d’imprégnation des esprits par le rejet d’Alise-Sainte-Reine.
En 1922, les Comtois favorables à Alaise restaient attachés aux arguments de Delacroix et n’avançaient rien de plus pour défendre ce site. Le conférencier à l’origine de ces articles de presse de février 1922, Georges Colomb, originaire de Lure, scientifique, botaniste est resté surtout connu pour ses créations du Sapeur Camember, de la Famille Fenouillard ou du Savant Cosinus. Il signait alors ses œuvres sous le nom de Christophe.

Mais il ne faisait pas de son « Enigme d’Alésia » (parution sous forme de livre chez Armand Colin) une nouvelle fantaisiste ; pour lui, Alaise était bien le site de la bataille entre Vercingétorix et César, et il demanda lors de sa conférence à Besançon, de continuer l’œuvre de Delacroix et Castan afin de conforter cette thèse contre d’autres.

Comme lui, il s’attacha à commenter le texte de Jules César pour trouver confirmation à son assertion. Son intervention de 1922 trouve son aboutissement dans une  publication après sa mort, la Bataille d’Alésia, en 1950. Des fouilles faites en 1952-1953 n’apportèrent pas de résultats en faveur d’Alaise.

Quant aux autres sites dont certains avaient soutenus la pertinence – Izernore (Ain) et Novalaise (Savoie) –  ils n’ont jamais eu autant de défenseurs qu’Alaise et, à partir des années 1980, Chaux-des-Crotenay.

– Le 2e épisode, avec Chaux-des-Crotenay, concerne le dernier tiers du XXe siècle et et le début du XXIe siècle. Et c’est encore un-demi siècle de débats.
Dès les années 1960, André Berthier soutient l’hypothèse de Chaux-des-Crotenay en l’appuyant sur une méthode de modèle cartographique rigoureuse à partir d’une interprétation littérale de la Guerre des Gaulles de César.

Pour Berthier, le site est celui de Chaux-des-Crotenay, au sud de Champagnole entre les gorges des rivières Lemme et Saine, 40 km plus au Sud qu’Alaise. Certes, les arguments topographiques sont solides, mais les fouilles entreprises sur ce morceau de plateau rocheux semblent n’avoir fourni aucun matériel  archéologique se rapportant à l’époque de la bataille (la Tène récente).

C’est en 2008 et 2014 que Chaux-des-Crotenay trouve de nouveaux défenseurs et une médiatisation inhabituelle. Cette relance du sujet  a eu le mérite de se terminer par une mise au point des historiens et archéologues les plus à même de trancher le débat. Mais il y’eut ben prolongation du débat avec Danielle Porte, latiniste et Franck Ferrand, animateur à la radio et la télévision, spécialisé en histoire, soutenant tous deux le site de Chaux-des-Crotenay.

Pour en revenir à février 1922, à la lecture du compte-rendu de la conférence de G. Colomb, on comprend aisément, avec la force de l’adhésion de ce Comtois à la thèse d’Alaise, qu’il réussit à trouver des appuis locaux.

Si l’Eclair Comtois ne fit aucun article sur cette conférence de Georges Colomb, au contraire de ses deux concurrents, c’est que l’homme et ses œuvres n’étaient pas très catholiques.

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