Victor Hugo n’avait pas que des admirateurs à Besançon

L’Éclair Comtois du 25 novembre 1922

« Les solennelles turlutaines habillées d’oripeaux éclatants du grand poète sonore et vide... » C’est un bisontin, rédacteur en chef d’un journal local qui s’exprime ainsi à propos des écrits de Victor Hugo.

Louis Hosotte, rédacteur en chef de l’Eclair Comtois, avait la polémique dans le sang. Il faut lui reconnaître l’audace de ses idées, à moins qu’il n’ait été qu’un provocateur.
                A Besançon, ville natale de Victor Hugo, il fallait oser salir l’écrivain. Depuis  son décès, les autorités et une grande partie de la population avaient manifesté des hommages retentissant au grand poète, au romancier, au défenseur de l’Homme, au soutien de la République.

Dès le jour de ses obsèques, le 1er juin 1885.

Un mois après sa mort, le 22 mai 1885, le lycée de la ville prenait son nom.
Le centenaire de sa naissance, le  26 février 1902, donnait lieu à des manifestations d’ampleur. ↓
Et une statue de Hugo par Just Becquet  était inaugurée sur la promenade Granvelle.

Il n’y eut guère de fêtes ou commémorations républicaines où sa maison natale n’ait point été décorée, comme en août 1909-1910.

A Besançon donc, la critique à l’égard de Victor Hugo n’allait pas de soi. C’est pourtant ce que fit Louis Hosotte à l’occasion du lancement d’une souscription pour la création d’une chaire Victor Hugo à la Sorbonne décidée au vu de l’immensité de son œuvre. Sur plus de deux colonnes, il minimisa la pensée de Hugo. Le considérant, selon son propre mot, comme « un écho sonore » de l’époque qu’il traversa, il osa réduire son œuvre à un reflet de l’actualité de son temps, sans originalité, sans réflexion créative, sans pensée originale.

Il en prit pour preuve l’évolution de ses idées politiques, de monarchistes dans sa jeunesse à républicaines à partir de 1848. Il n’y voyait qu’instabilité et opportunisme. Et il réduisit à une opposition lâche, parce qu’à distance – Guernesey –  sa condamnation du second Empire. Quant à son soutien à la IIIeme République, il n’y vit qu’un Hugo  clairon d’une bande de médiocres.

L’aversion de Louis Hosotte pour la République laïque perdure. Et c’est peut-être uniquement dans cette détestation du régime républicain laïque qu’il faut chercher à  comprendre pourquoi Hosotte dénigre Victor Hugo.

Il reconnaît sa virtuosité poétique, mais refuse de voir en lui un génie créateur. Hugo, tourmenté par l’idée de Dieu, vivant dans un monde chrétien, instruit de la Bible, accordait toute sa place à la prière et aux vertus chrétiennes, et cela aurait dû plaire à Hosotte. Mais l’auteur n’en était pas moins hostile à l’obscurantisme clérical et le rédacteur de l’Eclair Comtois n’admettait pas sa critique acerbe à l’égard du clergé, même quand celui-ci était hypocrite et profiteur. Hosotte est un clérical fanatique et pour lui le clergé est inattaquable, même s’il est dans l’erreur. 

Il est difficile d’accorder du crédit à la conclusion du rédacteur quand il prétend qu’à Besançon, Hugo n’était guère apprécié. Et sa dernière phrase sur le grand poète sonore et vide, aux solennelles turlutaines habillées d’oripeaux éclatants a pu choquer plus d’un bisontin et pas seulement chez les lecteurs du Petit Comtois, politiquement opposés à la rédaction de l’Eclair Comtois.

Aujourd’hui, Victor Hugo est toujours révéré à Besançon. En 2003, une nouvelle statue réalisée par Ousmane Sow a été inaugurée – sa dégradation récente par des extrémistes racistes a indigné beaucoup de Bisontins – .


En 2013, sa maison natale a été aménagée pour y rappeler ses combats  pour la liberté et les droits humains. En 2022, une troisième statue – un bronze de 2.10 m et 250 kg – due à Rodin et au mécénat Gianadda arrive au Musée des Beaux Arts.



Publicité

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s