Une avocate pour défendre un soldat en Conseil de Guerre

Besançon, le 3 octobre 1922

La Dépêche Républicaine de Franche-Comté du 4 octobre 1922

Aujourd’hui où la profession d’avocat est féminisée à 55%  on ne préciserait pas forcément le genre du représentant de la défense  d’un justiciable dans une procédure, mais l’on noterait simplement, selon l’usage, dans un compte-rendu, maître Isnard.

Mais, en 1922, lors d’un Conseil de Guerre, cette précision de genre est apportée. Et l’on comprend pourquoi si l’on sait que la première femme avocate  en France prêta serment en 1900, pour exercer sa profession à partir de l’année suivante ; en Belgique une loi ne rendit cela possible qu’en 1922.

Il n’est donc pas surprenant de lire dans ce compte-rendu de presse locale d’un Conseil de Guerre, que mademoiselle Marie-Thérèse Isnard, du barreau de Marseille, défendit brillamment un déserteur jugé à  Besançon  le 3 octobre 1922.

Même si la guerre avait probablement accentué cette évolution, le nombre des femmes avocates était encore réduit. On imagine aisément ce que pouvait ressentir une femme dans ce milieu d’hommes de la Justice militaire. Elle pouvait se sentir beaucoup plus observée que ces confrères masculins et devait, pour tenir sa place, déployer plus de talent, mieux préparer ses dossiers pour espérer influer le verdict.

Le soldat Toillat (ou Toullat dans l’Eclair Comtois) avait appartenu au 44e Régiment d’Infanterie de Lons-le-Saunier et dépendait donc du  7e corps d’armée.  La place de Besançon assurait les Conseils de Guerre de la 7e Région. Maître Isnard obtint une condamnation limitée à deux mois de prison pour une désertion en temps de guerre (commencée le 10 décembre 1917) et l’on peut considérer cela comme une sanction mineure, d’autant que ce soldat ne s’était pas livré lui-même, mais avait été arrêté par des inspecteurs de la Sûreté en août 1922. Il se dissimulait donc encore à cette date.

A Besançon, des Conseils de guerre précédents (25 avril et 22 août 1922) eurent à traiter des affaires de même nature. Déjà, les peines prononcées pouvaient être considérées comme réduites (6 mois, un an ou deux)) et pourtant ces condamnés avaient mis eux-mêmes un terme à leur désertion en se livrant à l’autorité militaire.

Comme le chroniqueur du journal, on peut donc considérer que maître Isnard, mademoiselle Marie-Thérèse Isnard, avait plaidé brillamment. Peut-être le soldat Toillat avait-il été bien inspiré de choisir une femme avocate pour le défendre car, comme on l’a signalé, celle-ci, en 1922, devait d’autant plus travailler son dossier et argumenter avec efficacité pour être convaincante dans ce milieu masculin. Et maître Isnard y parvint.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s