« Les mioches de la Sociale »

Par Louis Hosotte dans l’Eclair Comtois du 15 août 1922

La virulence avec laquelle Louis Hosotte, rédacteur en chef de l’Eclair Comtois, s’en prend aux socialistes de Saint-Claude n’a pas pour seule raison d’être une opposition politique. Elle provient de la peur d’un catholique, clérical acharné et antisémite, de voir l’influence du clergé tomber devant la prise en main de la jeunesse par des socialistes bien organisés et influents auprès d’une majorité de la population sanclaudienne. D’autant que Saint-Claude est encore à cette date un diocèse. L’affaiblissement du catholicisme dans l’évêché lui-même irrite d’autant plus Louis Hosotte qu’il s’accompagne d’un renforcement de l’influence socialiste.

Dès les premières lignes, il parle de ce fief socialiste et de Henri Ponard avec un certain mépris, comme si l’homme et son action comptaient peu alors qu’il admet ensuite l’importance de la fête qui a été organisée dans cette ville en hommage à Jean Jaurès. Localement, Henri Ponard avait réussi ce que le clergé n’était pas parvenu à faire : créer une solidarité ouvrière intense dans un ensemble de coopératives qui ne se cantonnait pas à la consommation (la Fraternelle), mais intégrait la culture avec théâtre, université populaire, bibliothèque et groupements sportifs. Il y eut même des logements coopératifs et des unités de production.

Cette influence constructive des socialistes, ici  ignorée et probablement jalousée par le rédacteur en chef de l’Eclair Comtois, transparaît dans les extraits du Jura Socialiste auxquels il se réfère pour moquer vainement ou tenter de discréditer Ponard, les socialistes et leur hommage à Jaurès.

Son article concerne surtout l’intervention des enfants, garçonnets et fillettes. Il parle d’embrigadement et estime que l’on met dans la tête de cette jeunesse un pacifisme néfaste pour le pays.  Par facilité, en un temps où le nationalisme triomphe, Hosotte s’en prend à un soi-disant pacifisme béat de Jaurès, il lui prête une responsabilité dans la réussite allemande d’août 1914, il assène systématiquement ses idées tranchées et tranchantes,  se souciant peu de nuances en homme sûr de sa vérité. En 1914, Henri Ponard, était de plein cœur avec la politique de défense nationale (cf. le Maitron) et il paraît improbable que Jaurés vivant eût pris une autre position. Il suffit de se rappeler ce que fut la participation socialiste à l’Union sacrée pour s’en convaincre. Avec Jaurès, avant guerre, Albert Thomas avait défendu l’idée d’une grève générale pour empêcher le conflit. Avec lui aussi, depuis juillet 1914, il se déclarait prêt à négocier le soutien socialiste à une guerre nationale, à condition que celle-ci soit strictement défensive. La guerre venue, Thomas soutint l’Union sacrée jusqu’à la victoire et participa au gouvernement.

Se rend-il compte, Louis Hosotte, qu’en reproduisant des paragraphes entiers du Jura Socialiste relatant cette fête, il en montre la qualité et le niveau culturel remarquable auquel elle tend en convoquant  la musique de Robert Schumann, de Mendelssohn et d’Etienne Méhul ? En décrivant chants et danses de la jeunesse autour du buste de Jaurès ?
En titrant son article « les mioches de la sociale », le mépris dont il fait preuve à l’égard d’enfants le déconsidère.

On devine aisément sa crainte de voir une sorte de culte au grand Jaurès prendre la place de celui des  saints chrétiens. Et sa violente critique ne vient que de là, du sentiment d’être dépossédé des modèles religieux dont le culte populaire garantissait l’influence du clergé qui l’animait.

En déplorant la participation des enfants à cette fête, Hosotte feint d’ignorer les processions et cérémonies de toute sorte organisées par l’Eglise catholique avec et pour des enfants. Et n’admettant pas le rôle possible des instituteurs dans ce spectacle, il espère une enquête de l’inspection académique… et des sanctions contre les hussards noirs de la République.

En 1922, Ponard était maire de Saint-Claude et élu au Conseil Général du Jura (il deviendra député en 1924 dans le Cartel des gauches et mourra quelques temps avant la fin de son mandat en 1928).

Publicité

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s