Inauguration du monument en hommage au caporal Peugeot

Un symbole officiel de l’agression allemande en 1914.

Le Petit Comtois du 17 juillet 1922 et d’autres journaux.

Dès 1916, pendant le conflit, une souscription pour un monument au caporal Peugeot avait été lancée et c’était déjà l’occasion, en 2016, pour un billet sur ce blog. On y rappelle le récit qui fit du caporal Jules Peugeot  le premier mort de la guerre, le 2 août 1914, à Joncherey.

Il fallut donc attendre 1922 pour inaugurer ce monument. Ce fut fait avec la solennité attendue, puisque le Président du conseil, Raymond Poincaré se déplaça en personne.

Dans son édition précédant l’inauguration, le journal L’Alsace fait découvrir le monument et l’inscription qui l’accompagne. Elle prend toute son importance à cette date (1922) car on débattait alors des responsabilités des différents États dans le déclanchement de la guerre. On prit soin sur ce monument, de rappeler la bonne volonté française pour éviter l’affrontement et au contraire l’anticipation belliqueuse allemande avec cette escarmouche meurtrière avant même la déclaration de guerre.

Il importait de graver dans le marbre (en fait, le monument était taillé dans une pierre calcaire du Jura, seuls les bas-reliefs représentant le portrait du caporal et l’allégorie du Droit étaient sculptés sur plaque de marbre) la seule responsabilité allemande dans l’origine du conflit et la mort du caporal Peugeot servait de démonstration. La guerre du Droit restait un slogan en vogue en France. Le discours de Poincaré allait dans ce sens.

L’allégorie du Droit était représentée sous les traits d’un génie (haut-relief de 2.2 m sur 1.5m) élancé, à la face sereine, regardant avec confiance l’avenir. De la main gauche abaissée, il tient le glaive pendant, de la main droite, il presse la balance sur sa poitrine. Derrière lui, coiffé du casque à pointe, cuirassée, de grosses nattes dans le dos, le bas des épaules recouvert d’un manteau ample chargé de croix et d’aiglette, Germania a réussi à se faufiler, elle immobilise la main du génie qui tient le glaive et lui plonge un poignard dans le dos. Sous ses pieds nus gisent des traités déchirés.

L’évènement eut un retentissement national avec la présence du Président du Conseil et l’Excelsior  en fit sa une du 17 juillet.

Le 18 juillet, seul l’Eclair Comtois se montra critique à l’égard du discours tenu à Joncherey par R. Poincaré. Il lui reprocha de mettre en avant la mesure prise en 1914 de retrait des troupes aux frontières sur 10 km, pour preuve de volonté de paix. Il estima que cette décision du pouvoir civil était une erreur et si elle ne décida pas du sort de la guerre, elle coûta tout de même des sacrifices pour l’armée afin de récupérer des lieux comme  le Col de Sainte-Marie aux Mines, une fois les combats commencés.
Enfin Louis Hosotte, le rédacteur en chef de l’Eclair Comtois, déplora que le Président du Conseil n’annonça pas des mesures fermes à l’égard de l’Allemagne pour obtenir enfin les réparations décidées au Traité de Versailles.

Le 21 juillet, le Petit Comtois relatait un fait curieux lors de la visite de R. Poincaré à Montbéliard. Invités à pavoiser leurs rues, des citoyens avaient fabriqué un avion placé à 4 m au-dessus de la rue du Château. Or, la sous-préfecture obligea son démontage par crainte d’un attentat à partir d’un engin dissimulé dans ce décor. Le commissaire de police s’exécuta au grand dam des habitants de la rue, et même s’il attesta qu’aucun engin n’était dissimulé, le Président du Conseil fut conduit à toute allure de la mairie au Château par crainte d’un attentat.

Ce lieu de mémoire française, de Joncherey, ne pouvait être admis par les Allemands victorieux en 1940 et ils le détruisirent. Il fut remplacé par un autre en 1959.

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