Ukraine : avant l’Holodomor…

… le pays avait déjà connu une terrible famine en 1921-1922.

La Dépêche Républicaine de Franche-Comté du 13 juin 1922

Odessa, Nikolaïv (Nikolaiev), Zaporizhzhia( Zaporogié), Dnipro (Iekaterinoslav) et Donetsk, des noms de villes ukrainiennes qui résonnent des bruits de la guerre actuellement et qui, déjà en 1922, étaient frappées par un sort funeste.

Dix ans avant l’Holodomor, de nombreuses régions de l’URSS naissante souffrirent  de famine et le Sud de l’Ukraine en faisait partie. L’Holodomor désigne en Ukraine cette terrible épreuve de 1932-33 qui fit des millions de morts en raison de la collectivisation et dékoulakisation staliniennes, une extermination par la faim.

Le texte publié par ce journal bisontin reprend des lignes d’un rapport commandé par Fridtjof Nansen, le Norvégien qui  contribua aux actions humanitaires de la Société Des Nations, entre autres comme Haut commissaire pour les secours à la Russie. L’auteur du texte est Vidkun Quisling, de triste notoriété en Norvège pour son rôle aux côtés des nazis pendant le deuxième guerre mondiale ; mais en 1922, il participait à des missions humanitaires dont celle-ci à propos de la Russie soviétique.

L’extrait concerne l’Ukraine et plus précisément le Sud dans les gouvernements d’Odessa, Mikolaiev, Zaporogié, Dnipro et Donets, ceux qui aujourd’hui occupent la première ligne dans le conflit avec la Russie.

L’intérêt de ce document concerne les causes de la famine que l’observateur que fut Quisling ne limite pas à la sécheresse qui sévit alors.
Il écrit :

[… ] Sur une population totale de 16 millions, il y a maintenant dans ces gouvernements entre 4 et 5 millions d’affamés et, avant la prochaine récolte, ce nombre s’élèvera peut-être à 6 ou 7 millions.

[…] Quelles sont les causes de la famine ?
L’Ukraine, plus peut-être que toute autre partie de l’ancienne Russie, a souffert de la guerre et de la Révolution. Elle était la base d’opération des fronts  russo-roumains. Elle fut occupée par les Allemands. La Révolution y éclata, elle fut traversée de toute part par des masses désordonnées de soldats démobilisés, de prisonniers de guerre rentrant chez eux en Russie ou dans les Empires centraux.
[…] Elle fut le théâtre des opérations de Denikine et de Wrangel […]

On peut affirmer aussi que la réquisition de produits chez les paysans selon l’ancien système économique des soviets a revêtu un caractère particulièrement grave en Ukraine. […]

Toutes ces circonstances aggravèrent la famine, surtout en supprimant les réserves, les stocks de grains, etc… qui auraient permis de la prévenir.

[…] Par suite de la sécheresse d’une durée extraordinaire, beaucoup de districts virent leur récolte complètement détruite et la famine en fut la conséquence inévitable. […] En général les enfants soufrent davantage de la famine que les adultes. […]

Le pays est brûlé, dépourvu d’arbres et de plantes, presque noir. […] On entend des gens raconter comment ils ont d’abord mangé tous les chiens, les chats et les corbeaux qu’ils pouvaient attraper, puis même le bétail crevé, le cuir des harnais. Vous entendez parler et avec des preuves, de nécrophagie et de cannibalisme. Vous parlez à des gens qui ont mangé leurs enfants, leurs sœurs ou leurs frères. […] Dans les hôpitaux, il n y a pas de lits, pas de linge, aucun médicament, souvent pas de médecin et les malades gisent sur le plancher dans l’état le plus misérable.

Les comportements héroïques d’Ukrainiens au travail perdurent aujourd’hui comme hier.

L’Holodomor a été bien documentée sur les horreurs de la famine, or ce rapport témoigne d’une gravité aussi  forte pour celle de 1921-22.

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