Litige autour du monument aux morts de Dampierre-les-Bois

Petit Comtois des 8 février et 4 mars 1922

Il a déjà été signalé sur ce blog comment les monuments aux morts ont pu être à l’origine de tensions, voire de divisions entre habitants d’une même commune. Les désaccords les plus fréquents ont  été présentés ici  et pour Besançon dans un billet du 14 mars 2020.

                Pour la commune de Dampierre-les-Bois, dans le pays de Montbéliard, proche de Beaucourt, un différent agita la municipalité et la famille Japy au début de l’année 1922. On est là au cœur du foyer industriel développé par les entrepreneurs et industriels de cette famille. Le patron à cette date, Gaston Japy, dispose d’un entregent et d’une influence considérable dans cette commune. Il venait d’être élu aux sénatoriales de janvier 1921 mais avait été quatre fois candidat malheureux aux législatives.

La précédente municipalité, en août 1919, avait annoncé l’érection d’un monument aux morts surmonté par un médaillon du capitaine Fernand Japy, également ancien maire de la commune. Celui-ci avait été tué dès le début du conflit lors de l’offensive sur Mulhouse. En son honneur, la Société Japy avait souscrit 6000 francs pour un monument aux morts portant l’effigie de Fernand Japy.

Or, la nouvelle municipalité, élue en décembre 1919,  fit élever un édifice où tous les morts étaient sur un pied d’égalité, inscrits par ordre alphabétique. La maison Japy demanda alors le remboursement de sa souscription au prétexte que la commune ne respectait pas son engagement pour un bas-relief représentant la figure de Fernand Japy.

Lors du Conseil de préfecture qui devait trancher ce litige, on apprend aussi que l’entreprise Japy reprochait  à la municipalité d’avoir utilisé une partie de l’argent souscrit pour soutenir des grévistes.
L’affaire était bien politique.

L’avocat Julien Durand, un radical qui prenait de l’importance dans le Doubs et à Besançon en particulier depuis sa candidature aux législatives de 1919, défendit la municipalité devant le Conseil de Préfecture qui devait trancher pour savoir si la maison Japy pouvait obtenir le remboursement de sa contribution. Il sut argumenter avec des idées de gauche sur « l’égalité des sacrifices de tous, grands et petits…  précisant que le sacrifice des plus petits avait été le plus beau car ils avaient moins d’intérêts à défendre »

Et il se montre habile en déniant à la famille Japy toute idée de discrimination entre l’un des siens et les autres. D’ailleurs, il rappelle qu’elle a souscrit une somme identique pour le Monument aux morts de Fesches-le-Châtel où elle n’avait aucun membre de sa famille à honorer.

Mais la plaidoirie de maître Durand ne suffit pas à faire pencher le Conseil de préfecture en faveur de la municipalité de Dampierre-les-Bois et il donna raison à la Société Japy, arguant d’un contrat synallagmatique entre la précédente municipalité et l’entreprise Japy.
Le puissant entrepreneur et sénateur Gaston Japy risquait peu d’être contrarié parl es autorités politiques d’Etat.

Le site de l’Université de Lille sur les Monuments aux morts permet de lire les noms des morts de 1914-1918 de cette commune et Fernand JAPY y apparaît dans l’ordre alphabétique.

Durant la même année, il est un monument qui fit l’unanimité en ralliant tous les bords politiques, celui du caporal Peugeot à Joncherey, un des  premiers morts français de cette grande guerre.

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