Louis Hosotte contre Anatole France

L’Eclair Comtois du 20/11/1921

Anatole France vient de recevoir le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre et Louis Hosotte, le rédacteur en chef du très catholique Eclair Comtois, ne digère pas cette récompense pour un homme qu’il abhorre et qui est déjà décoré de la Légion d’Honneur et membre de l’Académie Française.

Oh ! Il lui concède les qualités littéraires qui font l’unanimité, mais il n’admet pas une telle reconnaissance pour quelqu’un qu’il déteste par ses engagements, ses choix politiques et l’hypocrise dont il l’affuble.
Anatole France, en effet, est un adversaire pour la réaction cléricale, pour les conservateurs et traditionnalistes de tout bord comme l’Eclair Comtois en soutenait. C’est dans les différents tomes de Histoire Contemporaine que l’écrivain livra ses impressions critiques sur la bourgeoisie, le clergé, l’aristocratie ou l’armée.

Pour minimiser ce Nobel, Louis Hosotte prétend qu’il a été attribué par des Suédois germanophiles à un Français lui-même germanophile. La médisance comme la calomnie animent cet homme quand il a de l’aversion pour un autre. France n’était pas germanophile mais, ami de Jaurès, il se réclamait du même pacifisme, ce qui ne l’empêcha pas de manifester son patriotisme en 1914. La grande guerre n’est pas loin et les arguments anti-boches du journaliste ont de l’écho.
Il souligne malignement que l’écrivain vit dans une certaine aisance et que sa richesse ne correspond pas à la défense de ceux qui se battent pour plus d’égalité, socialistes et communistes, ces derniers encore soutenus par lui à cette date, et depuis le Congrès de Tours, avant qu’il ne se montre critique à leur encontre.

Le rejet de l’œuvre de France par Hosotte tient sans nul doute à son rejet du socialisme. Charles Maurras avait déjà condamné Anatole France pour ses penchants socialistes, son intérêt porté à la question sociale et pour son reniement du monarchisme (son père était monarchiste), mais sans lui en tenir rigueur plus que cela, car les deux hommes appréciaient leur talent respectif.
Hosotte va plus loin, jusque dans la détestation d’Anatole France. Il prend soin de relever des écrits de l’auteur assez dubitatifs vis-à-vis de la démocratie (en fait Anatole France en souligne les difficultés sans en condamner les principes).
Il rappelle surtout qu’il fut dreyfusard et c’est là la tare ultime pour l’antisémite Hosotte qui s’empresse de répéter qu’il existe un lien entre les Juifs et le bolchevisme, alors leitmotiv de beaucoup d’antisémites.

France aspirait à une morale exigeante et Hosotte ne retenait de son œuvre qu’un rejet du christianisme.
À 77 ans en 1921, (il meurt en1924), la vieillesse l’affecte, mais il conserve suffisamment d’énergie pour aller à Stockholm recevoir son prix Nobel.

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