Un espion alsacien au service de la France en 1914-1915, Alfred Meyer

Le Petit Comtois du 29 août

En août 1921, René Froissy, un chroniqueur du Petit Comtois rédige un récit patriotique de l’action d’espionnage en 1914-1915 d’un Alsacien, Alfred Meyer. Son écrit est lié à une cérémonie qui s’était déroulée peu de temps avant sur les lieux où Meyer avait été fusillé par les Allemands, comme sept autres Alsaciens, à l’Ile Napoléon à Mulhouse.
Là, quelques jours avant, un monument était inauguré par le général Tabouis en présence des familles concernées.

L’édition de l’Alsace du 1er août 1921 – en ligne aux Archives Départementales du Territoire de Belfort –, nous apprend que le monument était surmonté d’un obus allemand avec lequel Belfort était bombardé.
Sur le socle était inscrit : Ici, les Allemands ont fusillé en août 1914 huit Alsaciens pour avoir servi la France.

Dans un bulletin de 2015 de la société d’Histoire de Rixheim, Benoît Meyer a rédigé  Les fusillés de la Hardt de 1915. Je me contente ici de reprendre l’essentiel de l’article du Petit Comtois consacré au seul Alfred Meyer, chef d’un véritable réseau d’espionnage au service de la France d’août 1914 au 29 mars 1915, jour de son arrestation.

« Au moment où sur l’ordre de Berlin la guerre éclata, alfred Meyer dirigeait une importante maison de transport dont l’activité rayonnait dans toute l’Alsace et au-delà du Territoire de Belfort. Il aurait pu, écoutant la voix de l’égoïsme, rester tranquille et vivre heureux avec les siens, loin du carnage… […] Ce qu’il veut? C’est mettre toute son activité , toues ses ressources, toute son âme, au service de la France, c’est organiser, en se servant de ses nombreuses succursales installées le long de la frontière, tout un service d’espionnage qui, partant de Mulhouse, irait jusqu’à Belfort et à Delle, où se trouve le quartier général de l’armée française.
Son plan conçu, il fait partir en Suisse sa noble compagne qui n’ignore rien de ses périlleux projets, ainsi que ses jeunes enfants qu’il ne doit plus revoir!
Dès l’entrée des troupes françaises à Mulhouse, il est en liaison avec nos officiers, se multiplie pour eux, sans prendre garde que la ville est pleine d’espions.

Après la douloureuse retraite du 26 août 1914, où le général Pau lui serre la main avec effusion avant son départ, Alfred Meyer demeure seul maintenant, livré sans défense à toues les intrigues et à toues les rancunes d’implacables ennemis qui ont juré sa mort ! […]

Le 24 décembre 1914, il écrit à sa femme, qui est à Lausanne […] : Je n’ai pas le droit, de me laisser amollir par des considérations de bien-être avant que mon devoir et ma destinée ne soient accomplis ! Et pendant huit mois, nuit et jour, il transmet à notre état-major de Delle tous les renseignements qu’il peut recueillir sur les mouvements des troupes allemandes ; pendant huit mois, sans une minute de défaillance, il surprend à Lorrach, quartier général de l’ennemi, des informations très intéressantes pour le commandement français. […]

Le 29 mars 1915, Alfred Meyer a rédigé son courrier comme de coutume, sur tout ce qu’il a vu dans l’entourage de l’état-major allemand résidant à Lorrach. Son travail terminé, il écrit une fois de plus à celle qui, dans des transes mortelles, attend chaque jour de ses chères nouvelles. […] Arrêté une heure après le départ du courrier, le soir du 29 mars 1915, Alfred Meyer est maintenant au secret jusqu’au 17 mai ! A cette date, il lui est enfin permis d’écrire de sa prison à celle qui se doute bien qu’un malheur a frappé son mari […] Il est conduit à l’instruction où se prépare son procès devant le conseil de guerre. Ses réponses fières, sans forfanterie, son bon sens tout naturel, ses protestations fermes qui ne laissent aucune place à la mauvaise foi d’un ennemi qui a juré sa mort, font d’Alfred Meyer, un adversaire redoutable.[…] Commencé le 1er août, son procès s’achève le 3 du même mois par une condamnation aux travaux forcés à perpétuité. […]
On rouvre le procès. Une instruction nouvelle est ordonnée bien qu’il n’y ait aucun fait nouveau et, sur une vague accusation prétendant qu’il a été vu à Belfort, Alfred Meyer est condamné à mort. […]

Le 12 septembre 1915, on le prévient qu’il va être fusillé le lendemain […], À 11 heures du soir il trace d’une main ferme ses suprêmes recommandations : Ma chérie, Je prends congé de toi avec quelques paroles où je mets tout le fond de mon coeur. Demain matin, 13 septembre 1915, à 6 heures, j’irai à Dieu. Je suis fort et avec résignation j’irai à la mort avec le sentiment d’avoir toujours fait mon devoir comme fils, homme, époux, père et créature humaine. Mon coeur de chrétien bat sa dernière pulsation ; il bat pour toi comme ma dernière pensée t’est dédiée. […] Je te dois une reconnaissance éternelle pour les neuf années de obnheur que tu m’as données, durant lesquelles nous avons partagé toues nos joies et toues nos peines. Ma bénédiction pour toi aux enfants :Clo, Denis et Serge, qui seront à tes côtés pour te soutenir dans ton malheur. Que mes fils prennent le travail comme but principal de leur existence et qu’ils envisagent la vie avec sérieux. Je vous embrasse tous pour la dernière fois […] Je meurs en chrétien.
[…]

Kommandantur : n°62.37. L’exécution de l’expéditeur Alfred Meyer a eu lieu ce matin, à 6 heures, par le peloton de service. Le corps se trouve à la prison, il faut que l’enfouissement se fasse entre 3 et 4, dans l’ignorance absolue. Aucune manifestation ne doit avoir lieu. Veuillez en prendre note. […] Cette crainte d’une manifestation est l’aveu que les officiers de Guillaume n’étaient pas tranquilles et qu’ils redoutaient, malgré la force de leur soldatesque, la révolte de la conscience alsacienne. […]
Le général commandant en chef l’Armée de l’Est, tenant à reconnaître une fois de plus le dévouement à la Fance de l’Alsacien modèle qu’a été Alfred Meyer, vient de le citer à l’ordre de l’armée. (ordre 47.009)

La mémoire de ces fusillés est régulièrement honorée à Rixheim, là où le monument a été reconstitué après que les nazis l’aient détruit en 1940. Le journal l’Alsace en a encore témoigné à deux reprises cette année 2021 avec la plantation d’un chêne en février, à proximité du monument, et une cérémonie commémorative en avril.
La photo ci-contre est empruntée à l’édition du 21 février. Au pied de la stèle, le premier des huit noms gravés est celui d’Alfred Meyer.

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