Le Pacifique, objet des relations internationales

Le Petit Comtois du 23 juillet 1923

Déjà au lendemain de la première guerre mondiale, le Pacifique attirait les regards diplomatiques. Déjà, la politique extérieure américaine se tournait de plus en plus vers les côtes sibériennes et asiatiques. La lecture des premières lignes de cette une du Petit Comtois a des résonnances étonnantes avec le présent et ces trente dernières années.  
Edouard Herriot y fait preuve de clairvoyance.

Pourtant, les grands traités de l’après-guerre avaient tous été négociés en Europe, en France en particulier, et signés dans les cadres somptuaires de grands châteaux qui  rappelaient l’ancienneté de la puissance française et sa permanence. Certes, la politique extérieure française restait tournée vers l’Europe et vers ses possessions coloniales. Celles-ci l’amenaient peu vers le Pacifique car les crises urgentes étaient en Europe, en Silésie, à la frontière soviétique ou au Moyen-Orient, aux frontières de la nouvelle Turquie.

La France détenait la nouvelle Calédonie et quelques archipels dispersés en Micronésie et Mélanésie, mais ses regards restaient sur l’Occident ou l’Orient proche.

Des observateurs comme Louis Cordelier, rédacteur régulier au Petit Comtois depuis la Belle-Epoque, et des politiques comme Edouard Herriot – il est l’auteur de cette tribune  – soulignaient pourtant bien les prolégomènes de nouvelles tensions dans le Pacifique. Herriot rappelle ici ce que représentait Yap pour le Japon et les Etats-Unis, un hub convoité.

Herriot y voit des oppositions de races et fait un parallèle avec les massacres entre Blancs et noirs à Tulsa, quelques temps avant pour déplorer l’animalité et les nationalismes brutaux des hommes qui se manifestent aussi autour du Pacifique.

Alors que se prépare la conférence navale de Washington (nov. 1921 – février 1922), à propos des intérêts maritimes des Etats-Unis, de l’Angleterre et du Japon dans le Pacifique,  Herriot estime que la France doit servir d’arbitre entre ces protagonistes. Il développe les raisons de la faiblesse de l’Angleterre depuis que ses dominions se sont encore émancipés avec la guerre, et comment les ambitieux Etats-Unis se sont renforcés et mêlés des affaires du monde malgré leur retour à un  isolationnisme revendiqué depuis 1919, mais tout relatif, attentifs à conserver leur domination sur Hawaï , où les Japonais sont nombreux,  et sur les Philippines.

Quant au Japon, sans rappeler ses acquis d’après-guerre, Marshall, Mariannes, Carolines et Palaos, Edouard Herriot rappelle qu’il défend aussi ses intérêts dans le Pacifique et qu’il n’entend pas réduire sa force navale dans le cadre des discussions sur le désarmement, s’il n’a pas des garanties.

Le seul point sur lequel ces trois Etats semblent en accord, est le maintien d’un découpage de la Chine en zones d’influences commencé bien avant 1914, mais continué depuis avec leur renforcement par les puissances dont les Etats-Unis.

Herriot souhaite donc voir la France jouer le rôle de  monsieur les bons offices, mais il se leurre sur sa capacité à apaiser les relations entre Etats-Unis, Angleterre, japon et Chine.


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s