Un officier de santé de l’Empire : François-Joseph Bailly (27 juin 1779-1832) (dernière partie)

(Suite des deux articles précédents)

Ces années 1806-1814 épuisent Bailly par la dureté des campagnes militaires auxquelles il participe, tout particulièrement la terrible retraite de Russie. Mais chacune de ses lettres témoignent encore et toujours de l’indéfectible amitié qu’il porte à Weiss.

En décembre 1806, il est en Pologne au chevet de blessés de la Grande Armée. Recevant une lettre de Weiss, il parle du mariage de leurs amis communs et se soucie de Weiss encore vieux garçon, « rôle qui n’est bon que pour des hommes errants comme Bailly ». Il ajoute cette remarque pleine d’affection, la complétant par un vœu personnel pour une union qu’il souhaite proche :

A Varsovie, il découvre une Pologne aux évolutions sociétales attardées avec une noblesse dépensière et une paysannerie exploitée ; mais il y découvre aussi l’amour auprès d’une comtesse qu’il ne quitte que pour la guerre contre les Russes jusqu’à la paix de Tilsitt. Sa lettre suivante date de juillet 1807 ; il se fait « le témoin des exploits de nos braves ; les plaines […] de Friedland se rappelleront des Français et les Russes et les Prussiens se souviendront de nous y avoir rencontrés. »

Il analyse la paix de Tilsitt de façon partisane, satisfait de l’entente avec le tsar, déçu de la modération de Napoléon à l’égard de la Prusse, alors que celle-ci a perdu tous ses territoires à l’Est de l’Elbe. Et, en 1921, le président de l’Académie de Besançon commente Bailly avec le même parti pris d’hostilité à la Prusse, ajoutant à ses commentaires que « nous supportons encore aujourd’hui les conséquences de la perfidie prussienne. »

Dans ses lettres d’octobre et décembre 1807, il confie sa lassitude et aspire au repos, espérant ne pas avoir à subir une nouvelle campagne. Il est malade. Il serait alors prêt à quitter l’armée et «ce serait près de toi et de ma pauvre mère que j’irais chercher des soins et du soulagement… » Il termine une  lettre par cette déclaration d’amitié : « je suis sûr mon cher et bon ami qu’il n’y a que la mort qui puisse faire cesser l’attachement que j’ai pour toi et celui que tu as toujours eu pour Bailly ».

Il se confie encore à son ami. Il lui avoue qu’il ne regrette rien, n’étant pas fait pour « une vie monotone et tranquille », « les peines et les fatigues ayant été dédommagées par les jours de jouissance et de plaisir…» Heureusement, sa charge est plus commode dans les hôpitaux des pays occupés et, à partir de mai 1808, le ton change, sa vie de Bailly est plus facile et il apprend à Weiss, en juin 1808, qu’il est « amoureux et sérieusement amoureux peut-être pour la première fois de ma vie… j’ai rencontré la beauté, l’innocence… et j’ai rendu les armes ». Ne voulant pas accentuer par son bonheur les chagrins que traverse alors Weiss, il ajoute « tes chagrins sont les miens, mon cher Charles, je lui ai lu ta lettre, elle a pleuré avec moi… »

Mais, nommé pharmacien major le 30 mars 1809, il doit partir pour le Danemark puis à Lintz en  Autriche. Sa lettre de juillet 1810 est de Lübeck et il continue à se soucier de Weiss qu’il ne sent pas heureux et à qui il demande de se confier, alors que lui, désormais marié à une allemande des environs de Hambourg, nage dans le bonheur et annonce une paternité proche.

La lettre du 8 avril 1811 est la première écrite d’Alkmaar, en Hollande, où Bailly exerce à l’hôpital militaire. Il y est fait une allusion au blocus continental contre l’Angleterre.↓

On apprend, en août, que son bonheur conjugal a été de courte durée, à peine deux ans car son épouse meurt d’une maladie foudroyante.  Sa douleur est immense et il regrette de ne pouvoir s’épancher auprès d’un ami comme Weiss. Pour s’en distraire, il recherche à Amsterdam, d’anciens ouvrages en latin pour son ami. Plusieurs fois il s’était acquitté de cette tâche.

Entraîné à nouveau dans les guerres napoléoniennes, il est convoqué à Mayence en avril 1812 et se retrouve dans la campagne de Russie. À Vilna (Vilnius) le 1er novembre 1812, il fait comprendre à Weiss combien son sort est plus enviable que le sien : « Heureux mortel ! coulant des jours tranquilles au milieu de tes amis et tes bouquins, tu es assuré d’un gîte pour le soir, d’avoir du pain pour diner, de revoir au printemps reverdir la montagne de Chaudanne et les arbres de Chamars, et moi malheureux cosmopolite obligé de savourer à la hâte le peu de jouissance que je trouve…»

Il faut attendre février 1813 pour qu’il donne de ses nouvelles depuis Magdebourg. Rescapé de la retraite de Russie, mais très affaibli et souffrant d’hémoptisie probablement due aux pneumonies. Il en gardera une faiblesse pulmonaire permanente qui sera la cause de sa mort.

Georges Gazier précise qu’il fut prisonnier à Dresde puis en Bohême en 1813, il y resta jusqu’à la paix de 1814. La Restauration lui vaut une nomination comme pharmacien major à l’hôpital de Besançon où il peut enfin retrouver son vieil ami Weiss et le calme auquel il aspirait.

Il ne s’éloigne plus qu’en 1823-1824 pour participer à l’expédition d’Espagne contre les libéraux et en soutien du roi Ferdinand VII. Sa fonction est toujours au service de santé comme major de la Garde Royale.

 Après, il ne quitte plus Besançon jusqu’à sa mort le 15 décembre 1832. Weiss note dans son journal à la date du 15 décembre 1832 : « mort de mon ami Bailly, l’un des hommes les meilleurs que j’ai jamais connu… »

L’écriture de pattes de mouche de Charles Weiss contraste avec la belle graphie des lettres de Bailly, toutes faciles à lire.

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