Un officier de santé de l’Empire : François-Joseph Bailly (1779-1832) (1ère partie)

Le Petit Comtois du 24 juin 1921

 1921 était l’année du centenaire de la mort de Napoléon. Ce fut l’occasion d’une communication par Georges Gazier président de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Besançon, le jeudi 23 juin, résumée dans le Petit Comtois du lendemain et reprenant une correspondance entre François-Joseph Bailly  et Charles Weiss.

En cette année du bicentenaire,  cette communication  séculaire sur Joseph Bailly, pharmacien dans les armées de la République et de l’Empire napoléonien, est à l’origine de ce billet et pourrait reprendre le titre que lui avait donné son auteur : À travers l’épopée impériale, d’après la correspondance du pharmacien militaire bisontin. Né et mort à Besançon, son parcours militaire des guerres révolutionnaires et napoléoniennes est moins connu que celui d’autres grands officiers Comtois comme  les généraux Morand, Moncey, Michaud ou même Lecourbe pour la période révolutionnaire.
Certains ont eu droit à un hommage dans l’édition de Besançon de l’Est Républicain et Bailly peut bien faire l’objet de ces quelques lignes, cent après avoir été sorti de l’oubli par le Président de l’Académie locale.

 La chronologie épistolaire des sources – en ligne sur memoirevive.besancon.fr, pagination de 223 à 535 –, sert de trame avec des jalons qui correspondent aux grands évènements historiques sur la trajectoire desquels s’est trouvé Joseph Bailly.

                François-Joseph naît dans une famille modeste, son grand-père paternel était maître serrurier et son père, marchand. Obligé d’arrêter ses études après le décès de celui-ci, on le trouve employé chez un apothicaire de Vesoul à 17 ans.

Et c’est de là, le 16 juin 1796, qu’il adresse sa première lettre  à son ami Charles Weiss, né lui aussi en 1779, futur bibliothécaire et archiviste de Besançon et qui sera un des intellectuels de la ville les plus en vue. C’est le début d’une correspondance épisodique entre 1796 et 1814 nous permettant de suivre les pérégrinations de ce jeune homme.
L’amitié entre les deux hommes perdurera jusqu’à la mort de Bailly. Weiss est noté témoin sur son acte de décès, le 15 décembre 1832. Bailly meurt à 53 ans alors qu’il occupait la fonction de pharmacien en chef de l’hôpital militaire de Besançon depuis 1815.

Ses aventures, car il s’agit bien de cela, même s’il vécut ses déplacements en bon soldat obéissant aux ordres, commencent en Suisse. Le 28 décembre 1798, il est à Zurich et se plaint du froid (nivôse) : « Oh! que la patrie de Guillaume Tell est froide, je suis auprès d’un fourneau de 14 pieds carré (ce qui fait plus de 1.3 m²), la porte et les fenêtres sont bien fermées et j’ai encore froid…« 

Il signe alors avec le titre de pharmacien de 3e classe à l’ambulance de l’armée française en Helvétie. Il a 19 ans et cette jeunesse nous rappelle combien les années 1792 à 1815, des guerres de la Révolution et de l’époque napoléonienne, offrirent d’opportunités de carrière à bien de jeunes hommes. Napoléon était de ceux là et n’avait que 10 ans de plus que notre Comtois. Charles Antoine Morand, de Pontarlier, en avait 8 de plus et  devint général en 1800, à 29 ans.

Encore en Suisse le 3 janvier 1799, il se réjouit du grand nombre de Comtois présents dans l’armée et en cite quelques-uns. Il termine cette lettre en recommandant à Weiss d’embrasser ses amis dont Charles Nodier, autre bisontin et grand ami également de Charles Weiss.

Bailly se trouve alors au cœur du conflit de la 2e coalition contre la France du Directoire, en République Helvétique instituée en 1798 et qu’il faut préserver des Autrichiens et des Russes Korsakov et Souvarov. Bailly fait l’expérience du combat en avril et la décrit avec fièvre, parlant aussi de sa charge de pharmacien, assistant les chirurgiens, pansant lui-même près de deux- cents blessés, « couverts de sang, on nous aurait pris pour des bouchers ». Il évoque la révolte de certains suisses et sa répression dans le canton d’Argovie, près de Bremgarten où il bivouaque.

Bailly s’épanche avec passion sur son amitié avec Weiss et toutes ses conclusions de lettres témoignent de la sincérité de ses sentiments. Ainsi, ayant adopté un écureuil apprivoisé, il fait de Charles Weiss son parrain et le nomme Charlot pour penser à lui. La mort de l’animal est l’occasion d’une cérémonie plaisante, pleine de pensées pour ses amis de Besançon à qui il fait référence dans presque tous ses écrits. La poésie leur sert encore de lien et Bailly leur envoie parfois un poème et en reçoit en retour.

Sa lettre du 1er octobre 1799 montre sa participation à la victoire contre  Souvarov avec la reprise de Zurich par l’action de Massena et Moreau contre les Autrichiens et les Russes. Il donne nombre de détails dont la présence de nobles émigrés parmi les officiers russes. Il nous apprend que le savant suisse Lavater, spécialiste de physionomonie a été blessé. Il lui rend visite et s’entretient avec lui de sa science. Profitant du calme revenu, il visite le pays autour du lac de Constance et termine sa campagne de Suisse en février 1800.

En mai de la même année, Bailly se retrouve à Paris. Il travaille chez divers apothicaires, et profite de la vie culturelle : Comédie-Française et autres théâtres, ballet à l’opéra, salons de peinture…
L’ambiance est joyeuse et il présente le retour d’Italie de Bonaparte après sa victoire de Marengo comme une joie universelle. Il est vrai que la paix de Lunéville est proche.

Pour son ami, Bailly fait les bouquinistes des quais à la recherche de livres et les lui envoie.

Un temps, ses sorties culturelles se font avec Charles Nodier qui a rejoint aussi la capitale, mais celui-ci a des goûts de jeune homme que Bailly semble délaisser et qu’il décrit ainsi le 5 janvier 1801.
« [Nodier] en arrivant dans la capitale s’est signalé par toutes les fredaines que peut faire un jeune homme qui n’était jamais venu à Paris […] se voyant appeler par des beautés qui dépassent toues les belles de Besançon en fraicheur et en élégance. Il a crû être en bonne fortune et en a si bien profité qu’il s’est mis au lit deux ou trois jours après son arrivée… »

Cependant, à Marseille, l’été suivant, Bailly dut souffrir aussi d’un « léger cadeau  fait par une négresse ». Il ajoute  « sur mon infirmité […] elle effraierait ma mère et je passerais aux yeux des Bisontins pour un fieffé libertin. »

Au printemps 1801, il quitte l’Europe pour la Méditerranée puis pour les Antilles. Il manque alors de croiser la destinée de l’armée d’Egypte, mais il est bien mêlé à celle des affranchis de Saint-Domingue avec Toussaint Louverture.

(Suite de ces aventures et de cette amitié dans le prochain billet)

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