Emile Jeannin, un pionnier de l’aviation décrié à Besançon

Le Petit Comtois du 30 mai 1921

Appartenant à la famille des pionniers de l’aviation, Emile Jeannin, dont la famille est originaire de Besançon, ne laissa pourtant pas dans cette ville un souvenir apprécié.

Alsacien, né à Mulhouse en 1875, il s’y fit connaître comme coureur cycliste. Amateur passionné de sport mécanique, il délaissa le vélo pour l’automobile et le canot à moteur.

Il se lança dans l’aviation à partir de 1909. Son frère, Henri, détenait des parts dans l’usine Aviatik de Mulhouse. Henri  avait conçu des moteurs « Argus » pour auto et canot et il les adapta pour aéroplane en les allégeant.

Emile fit ses preuves de pilote entre la France et l’Allemagne en 1909 et 1910 avant de s’installer à Berlin. Il y remporta le 3e prix d’un concours d’aviation en 1910. Il revint en France pour des spectacles acrobatiques, ainsi à Vichy en 1914, peu de temps avant le conflit.

Dans l’ouvrage « l’Aviation pendant la guerre » chez Berger-Levrault, paru en 1916, la participation de Jeannin au raid aérien Trèves-Metz en septembre 1910 est signalée. Il ne l’avait pas terminé et l’un des participants, l’aviateur Haas, s’était tué lors de la chute de son appareil.

La Guerre aérienne illustrée du 29 novembre 1917 évoque Emile Jeannin dans un article intitulé « Histoire de l’aviation allemande ». Son nom est cité pour les manœuvres de 1913 en Silésie. Les moteurs de biplan et monoplan étaient alors des Mercedes ou des Argus. Les frères Jeannin avaient donc une place déterminante dans l’aviation allemande, l’un comme constructeur, l’autre comme pilote.

Le Petit Comtois revient sur ce personnage à l’occasion de son arrestation à Berlin pour une affaire de mœurs. Le journal de Besançon s’y intéresse car Jeannin aurait eu ses parents originaires de la ville – son frère Henri est né à Dampierre-sur-le-Doubs – et lui-même y aurait habité avant guerre.

Ce que veut mettre en avant le rédacteur concerne la carrière militaire de Jeannin pendant la guerre. Indéniablement, il servit dans l’aviation allemande. A Besançon, la rumeur voulait qu’il ait survolé plusieurs fois la ville et même qu’il l’ait bombardée. Voilà qui est difficile à prouver, mais les survols de Besançon par les aéroplanes allemands ont été nombreux,  les bombardements nettement plus rares.

Renseigné par Roger Ronserail (ce pilote avait abattu l’Allemand qui avait descendu Adolphe Pégoud), l’auteur de l’article tient pour certain le service de Jeannin dans l’aviation allemande et les survols de la région, surtout sur Belfort et Montbéliard. Il sait aussi que Jeannin a été arrêté après l’armistice et emprisonné un an à Mulhouse. Sa participation à des bombardements n’ayant pu être prouvée, il fut libéré.

A la lecture de ce billet de presse, on ressent la gêne qui affecte ce Bisontin à propos de Jeannin. Il tente de démontrer au final qu’il n’était pas Français et encore moins Bisontin, pour éviter à Besançon et à la France la honte d’avoir abrité un traître pendant quelques temps.

Jeannin, après ses ennuis judiciaires de 1921, a fait de la prison. Revenu à Mulhouse, il obtint la nationalité française en 1925, et mourut à Strasbourg en 1957.

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