« No pasaran », slogan de 1936 ou de la première guerre mondiale ?

Petit Comtois  du 23 mai 1921

Voilà un slogan catalan associé habituellement au discours de la Pasionaria Dolores Ibarruri, en 1936, galvanisant les Républicains espagnols contre les troupes de Franco. Et cependant, on peut lui trouver  des origines antérieures.

Elles sont suggérées dans Wikipedia, notant l’expression dans un poème catalan de 1914 ; ses vers protestent contre l’invasion de la Belgique et leur réutilisation par les volontaires de cette province dans l’armée française en 1914-1918 est signalée.

Or, dans un paragraphe de cette édition du Petit Comtois rendant compte d’une conférence tenue au théâtre de Besançon le samedi 21 mai 1921, il est fait référence à « no pasaran ».
C’est donc bien avec la Grande Guerre que cette expression connut une première notoriété, même si la Pasionaria lui donna l’écho le plus fort et la longévité.

Le slogan était alors adapté à ce qui était dit à Verdun en 1916 : « ils ne passeront pas ». Et Forain l’avait illustré dans le Figaro du 22 mars 1916 par une borne infranchissable.
Mais après 1936, il ne revêtait plus la même signification et se rattachait à la lutte antifasciste.
Aujourd’hui, des gens de gauche continuent à en faire l’usage, même pour des situations de rivalité électorale avec la droite.

Il me paraît utile de revenir sur la conférence dont il est ici question ; elle était due au sénateur Victor Bérard. Elle portait sur un thème très général, la position de la France dans le monde. A sa lecture, on trouve un résumé des questions de relations internationales intéressant directement la France ; résumé caractéristique de l’époque, mais suffisamment nuancé pour ne pas tomber dans un nationalisme excessif, hormis dans les lignes de conclusion.

Victor Bérard (lire article en rapport avec le Petit Comtois du 5 février 1921 pour une présentation du personnage) commence par constater que la paix n’est toujours pas là. La France a encore 800 000 hommes en armes, dont 300 000 sur des terrains extérieurs, Syrie, Pologne, Maroc… Il explique les insuffisances de la paix par le manque de cohésion entre les Alliés.

Revenant sur l’illusion de la Société des Nations, il ne s’en prend pas au Président Wilson avec la hargne de certains Français nationalistes, mais il admet que l’homme politique américain connaissait mal les affaires européennes pour que ses quatorze points aient pu être appliqués correctement.

Ensuite, il présente la position française vis-à-vis de trois pays, le Japon, l’Italie et le Royaume-Uni, et il a l’intelligence d’éclairer leur point de vue.

– Le Japon lui semble de plus en plus confronté aux Etats-Unis dans le Pacifique (cf. article sur l’île de Yap) et il remarque avec clarté que l’allié américain se sentirait plus à l’aise et plus proche de l’Europe si,  face au soleil levant, l’alliance de celui-ci avec l’Angleterre n’existait pas.

Bérard  pressent aussi un conflit à venir entre les deux Etats et va même jusqu’à imaginer un Pearl Harbor.

– Il montre de la compréhension vis-à-vis des desiderata italiens sur la Méditerranée et l’Afrique et pense qu’il faut être prêt à des concessions pour garder cet allié mais, à cette date, il ne peut pas encore être conscient de la réussite des fascistes de Benito Mussolini et de leurs futures exigences.

-Attaché à l’Entente Cordiale, le sénateur sait que le Royaume-Uni n’est pas prêt à fragiliser sa présence en Inde. Aussi, la France doit-elle favoriser la politique anglaise au Moyen-Orient , sur la route des Indes, pour que l’Angleterre lui laisse le champ libre en Afrique et soutienne ses positions sur le Rhin. Avant guerre comme après, le contrôle des routes de l’Inde importe avant tout aux Anglais, y compris la route arabe.

Si les accords Sykes-Picot de 1916 ont accordé une part de ce Proche-Orient à la France, elle ne sut pas se maintenir au nord de la Syrie et  Bérard déplore surtout le recul français en Palestine et dans la défense des Chrétiens de cette région proche-orientale.

Il serait facile de déceler des lacunes dans les propos du conférencier. Celui-ci ne prétendait pas à l’exhaustivité. Toutefois, à l’importance du concept des routes de l’Inde, il faudrait ajouter d’autres intérêts anglais en Irak, avec le pétrole. La Turkish Petroleum Cy était constituée avant tout de capitaux britanniques, même si Français et Américains obtinrent une part après la guerre.
D’autre part, comment parler de la position de la France dans le monde sans expliquer la ferme volonté française de faire payer les réparations à l’Allemagne. En 1921, sa politique consiste alors à rallier le plus d’Etats à ses exigences envers l’Allemagne.


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