Un article sur « les fusillés pour l’exemple » de Flirey

Le Petit Comtois du 14 mai 1921

Les « fusillés pour l’exemple » ont attiré l’attention des chercheurs depuis longtemps. Prisme 1418 a mis en ligne le bilan de ses recherches sur le nombre et les motifs de condamnation des fusillés à l’occasion du centenaire de la Grande Guerre. Mémoire des Hommes fournit aussi les résultats de la recherche.

En 1920-21, ce sont d’abord des parents des fusillés et des personnes indignées face à ces mesures militaires lourdes d’injustice qui réagirent et cherchèrent à connaître le vrai du faux avant que la justice ne s’empare des faits en ordonnant des enquêtes. La presse commença à en parler.

Dans le Petit Comtois du 14 mai 1921, le rédacteur Georges Ponsot (1876-1934), ancien député radical-socialiste du Jura de 1906 à 1919, alors retiré de la vie politique, reprend un article paru dans le Cri du Nord, journal socialiste paru de juillet 1919 à juillet 1921. Il fait surtout part de son indignation et il accuse nommément des généraux responsables de ces exécutions, suite à des refus d’obéissance de soldats conscients de sacrifices inutiles.

 En 1920-21, l’évocation de ces fusillés pour l’exemple n’est pas encore basée sur une analyse de tous les documents et toutes les circonstances, mais ceux qui osent en parler se positionnent contre l’iniquité de ces mesures. Ici, l’affaire de Flirey retient l’essentiel des propos du rédacteur, mais une autre est aussi nommée, celle des caporaux de Souain (Marne) ; elle est de la même période, ils ont été exécutés le 17 mars 1915. Les quatre hommes de Flirey furent fusillés pour l’exemple le 20 avril 1915 : le caporal Morange et les soldats Baudy, Fontanaud et Prébost.

On remarque dans cet article, quelques données qui s’écartent de ce qui a été mis en évidence par la suite. Quatre hommes furent fusillés et non six comme le laissent entendre les premières lignes, même si, plus loin,  le texte parle bien de quatre fusillés.
L’ordre du haut commandement à l’origine de l’assaut fut donné par le général Delétoille ( âgé de 59 ans en 1915). Le général Proye (mort en décembre 1915) commandait directement les attaques ordonnées par Delétoille.

Il n’est question, dans cet article que du général Arlabosse Emile (1857-1920). Il commandait effectivement la 45e Brigade d’Infanterie dont relevait le 63e régiment auquel appartenait les fusillés. Les récits plus récents ne parlent que de Delétoille. Arlabosse était mort depuis le 5 février 1920 quand paraissait ce récit. Aussi, Georges Ponsot a-t-il tort de dire qu’il continue à vivre en paix à la campagne en cultivant les roses.

Lors des attaques du 4 au 8 avril, le Journal de Marche du 63e RI note que 500 hommes sont tués et 16 officiers. Le Petit Comtois donne un nombre proche avec 600.

Ces combats concernent le secteur de Regniéville – village disparu, Meurthe-et-Moselle –. Après cette première attaque meurtrière du 4 avril, le général Delétoille en ordonnait une autre le 19 de ce mois. Devant des refus d’assaut, il exigea d’abord l’exécution de tous les hommes de la 5e Cie, soit 250, (15 avaient quitté la tranchée et trois en étaient revenus, carnage donnant raison au refus des autres). Cinq hommes passèrent finalement en conseil de guerre (selon l’article 156, c’est à dire sans instruction préalable), l’un fut acquitté car il était sorti de la tranchée et revenu.

Le lecteur est saisi d’effroi devant les décisions prises sommairement par l’autorité militaire. La sympathie portée au lieutenant-colonel Paulmier qui connaissait les circonstances et défendait ses hommes s’oppose à l’aveuglement et à l’autoritarisme du général qui estimait que l’on ne lui avait pas obéit. Le récit donne de celui-ci une image d’incompétence et d’insensibilité.

En 1921, une enquête est en cours et la chambre criminelle de la Cour de cassation sera saisie en juin 1922.

Les quatre hommes furent réhabilités en mars1934, en même temps que les caporaux de Souain, treiz ans après cet article de presse. On mesure ainsi le temps qu’il fallut à la justice militaire pour admettre que ces ordres étaient « irréalisables » et injustes.

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