Dommages de guerre des églises françaises

L’Eclair Comtois du 13 mai 1921

Le journal catholique et clérical de Besançon, l’Eclair Comtois, reprend des données publiées par la Libre Parole pour dresser un bilan sur « les dommages de guerre des églises françaises ». (Notons au passage cette erreur dans le titre qui consiste à mettre une majuscule au mot église quand il désigne le bâtiment religieux, celle-ci devant être réservée à l’institution pour, justement, la différencier des lieux de culte).

Lessieux, Ernest-Louis (Dessinateur) (sur l’Argonnaute)

Il n’est pas surprenant de lire ces chiffres élevés des églises détruites ou gravement endommagées dans le Nord et le Pas-de-Calais. Dans ces départements sur la ligne de front, avec une forte densité de population et un grand nombre de paroisses, il n’est pas surprenant de constater les nombreux lieux de culte mis à mal. Il est bien précisé en dessous du tableau, que les chiffres manquaient encore en 1921 pour l’Aisne et la Meuse.

Le total connu donne plus de 1500 églises complètement détruites ou gravement endommagées. Pour qui  parcourt les bases photographiques de la Contemporaine, des archives départementales ou communales des lieux qui jalonnaient le front, il est aisé de repérer ces édifices marqués par les obus. Les photographes prenaient soin de les immortaliser, conscients du coût de leur reconstruction par rapport à des bâtiments plus ordinaires, mais aussi attachés au symbole de communautés frappées dans leurs lieux de rassemblement pour la messe, les obsèques, les mariages, les baptêmes ou les communions solennelles. A l’époque, même les anticléricaux fréquentaient les églises, ne serait-ce que pour les enterrements.

Pendant le temps de guerre, les images d’églises détruites devinrent des preuves  des « sacrilèges » commis par les armées allemandes. Les catholiques français ne voyaient alors que des protestants hostiles au catholicisme pour être capables de ça, ignorant ou faisant semblant d’ignorer, la pratique catholique  de nombreux allemands, comme par exemple les Bavarois. En 1914, la 6e Division d’infanterie bavaroise combattit en Lorraine, et c’est certainement leur artillerie qui détruisit l’église de Flirey (ci-dessous).

Flirey , Meurthe et Moselle, en octobre 1918. Par Lessieux, Ernest-Louis.
Dans l’Argonnaute, bibliothèque numérique de la Contemporaine.

Notons que les clochers ont servis de tour de guet pour les belligérants des deux camps et leur destruction était alors un objectif de guerre logique.

La propagande s’est emparée de ce sujet et en fit un symbole des outrances de l’ennemi. La rédaction de l’Eclair Comtois l’utilise aussi comme rappel de la nécessité d’exiger les réparations allemandes prévues à Versailles.

Photographies, dessins, peintures, les artistes eurent le même coup d’œil, intégrant dans leurs oeuvres, l’église détruite par les obus ou l’incendie.

Eglise d’Hennemont en Woëvre, décembre 1914, par Rousselin, G. , dessinateur.

Dans l’Argonnaute, bibliothèque numérique de la Contemporaine.

Moreteau Julien Prunay (Marne), église bombardée par les Allemands

Dans l’Argonnaute, bibliothèque numérique de la Contemporaine

La cathédrale de Reims n’est pas oubliée par le rédacteur parce qu’elle cristallisa tout ce qui se rapportait à la barbarie allemande. En évoquant le coût des réparations, comme celui des autre édifices de Reims eux-mêmes bombardés, la basilique Saint-Rémy ou l’église Saint-Jacques, il veut montrer la volonté de reconstruire rapidement.

← Emile Barau, août 1917, la cathédrale de Reims.

D’autres cathédrales, à Verdun, Arras, Soissons … avaient subi des dommages. Les bâtiments religieux classés comme monuments historiques demandaient au moins un milliard de francs de réparations.

Arras août 1915

Aussi, il n’est pas surprenant de voir l’Eclair Comtois rappeler que c’est  à l’Allemagne de payer.

En attendant, les remises en état avaient commencé.
A cette date, on peut lire le faible nombre d’églises qui retrouvent leur allure antérieure. Toutefois, des réparations provisoires permettaient d’exercer le culte à nouveau  dans quelques centaines de bâtiments.

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