Centenaire de la mort de Napoléon, 5 mai 1921, versus bicentenaire

Petit Comtois du 19/04/ et 01/05/1921 et Dépêche Républicaine du 30/04/1921

En avril-mai 1921, le centenaire de la mort de Napoléon agitait déjà la presse comme le fait aujourd’hui le bicentenaire dans tous les médias et jusqu’à l’Elysée. On y trouva des panégyriques côtoyant des bilans critiques ; des écrits voulurent magnifier l’homme, d’autres se contentèrent de l’œuvre la plus indiscutable.
La Dépêche Républicaine reprit des paragraphes entiers d’André Suarès qui avait écrit De Napoléon dans les cahiers de la Quinzaine ; l’action, les réalisations du personnage y étaient valorisées.

En 1921, l’héritage napoléonien était déjà controversé, les réticences aux commémorations du centenaire portaient sur des thèmes identiques aux reproches que l’on continue à faire à Napoléon lors de ce bicentenaire : les nombreux morts – autour d’un million – sur les champs de bataille européens, le coup d’Etat du 18 brumaire qui sonna le glas de la République pour un despotisme éclairé…

Mais, autres temps, autres mœurs – et autres façons de penser – on a aujourd’hui d’autres griefs à mettre en avant contre Napoléon comme  la relégation de la femme dans le code civil ou le rétablissement de l’esclavage. On perçoit alors combien l’écriture que font de l’Histoire les journalistes ou les chroniqueurs est dépendante de la société dans laquelle ils vivent. Il est vrai que l’on peut en dire autant des historiens ou, du moins, des thèmes sur lesquels ils travaillent, ceux-ci collant parfois à « l’air du temps. »

Ces mesures aujourd’hui pointées du doigt, mais qui ne posaient pas problème à l’époque napoléonienne, ne choquaient pas encore la société française de 1921. Certes, l’esclavage avait été aboli depuis 1848, mais la colonisation maintenait une discrimination et une tutelle sur les colonisés avec le code de l’indigénat de 1881, peu à peu mis en place dans tout l’empire colonial français.
Quant aux droits des femmes, ils progressaient un peu, mais les opposants au féminisme restaient majoritaires en France. Aussi, ne serait-il pas venu à l’esprit de beaucoup de Français d’alors de regarder l’oeuvre napoléonienne en commençant par le racisme, l’esclavage ou les droits des femmes.

Le Petit Comtois se montra suffisamment hostile à cette commémoration. Outre le rappel des sacrifices sanglants  et du coup d’Etat du 18 brumaire, il fit un amalgame discutable avec le second Empire, comme si Napoléon 1er était responsable des actes de son neveu, Louis Napoléon Bonaparte.

Puis, en bon journal radical anticlérical, il en profita pour ternir l’image de l’Eglise catholique qui s’associait à ce souvenir et pour déplorer la participation de certains républicains.
L’édition du 1er mai fournissait au lecteur une habile démonstration sur les débuts de la légende napoléonienne. Elle attribuait aux libéraux de 1821 (l’opposition de gauche de l’époque), la responsabilité de cette image d’un Napoléon libéral et pacifique pour contrer les ultras royalistes et les cléricaux au pouvoir à l’époque et anti-bonapartistes virulents.

Cet article de Romain Brunet, sur France24, actualise et retrace l’historique récent de ce débat sur la commémoration acceptée, ou non, de la mort de Napoléon.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s