Souvenir : Le premier Taube sur Besançon

La Dépêche Républicaine du 1er mars 1921

Il est plaisant de lire les souvenirs recueillis par un Bisontin sur le survol du premier avion allemand au-dessus de Besançon. Surtout après avoir recensé et analysé tous les passages aériens ennemis et les bombardements sur la ville. Le résultat en a été publié en décembre 2016 et en octobre 2018. Dans le bilan de la Grande Guerre fait à partir de la presse de Besançon, un résumé des attaques aériennes renvoie à plusieurs articles sur ce  publiés sur ce blog.

L’auteur de ces souvenirs a soin de situer le contexte de cette guerre aérienne, peu dramatique pour Besançon. Il a raison aussi de décrire l’état d’esprit des Bisontins peu inquiets de cette menace, mais avait-il raison?

Curieusement, l’auteur ne fait que citer, sans commentaires, le passage du 4 novembre 1915 alors qu’il s’accompagna d’un lâcher de trois bombes, et même si elles tombèrent aux limites des zones bâties, l’attaque était réelle et constituait bien la première du genre. Or, le rédacteur, G. Vuillame, consacre presque toutes ses lignes au survol d’un Taube le mardi 29 février – il s’agit de 1916, même s’il ne le précise pas – alors qu’il n’y eut pas bombardement ce jour-là. 

Plusieurs survols de la ville eurent encore lieu en mars et c’est en août et surtout en octobre 1916 qu’il y eut des bombardements aux conséquences plus importantes qu’en novembre 1915.

Les réactions variées, parfois prétentieuses ou téméraires, en tous cas bravaches, sont restituées par M. Vuillame qui s’appuie sur ce qui a dû être noté par lui-même ,ou un rédacteur de la Dépêche Républicaine cinq ans auparavant.

Surpris, des habitants n’imaginaient pas un avion allemand, persuadés que les canons des forts auraient tiré dessus. Ce sont des Alsaciens évacués de Thann, habitués à voir ce genre d’appareil, qui identifièrent un Taube. Le rédacteur parle pourtant de biplan et l’on pourrait alors penser à un Aviatik . Dès lors, des passants  s’écrièrent « à bas les Boches ». L’alarme fut donnée après que les badauds aient vu l’avion, et si la plupart des gens ne tinrent pas compte des consignes de mise à l’abri, décidées depuis peu, les magasins fermèrent tout de même leurs devantures, des ménagères rentrèrent précipitamment, des mères voulurent reprendre leurs enfants à l’école, mais on les y maintint à l’abri.

Les tramways continuèrent de circuler. Et les sonneries de tocsin des différents clochers firent de cet épisode un moment inquiétant assez long car le Taube fit deux passages, provoquant deux alertes successives.

Dans son édition du 1er mars 1916, la Dépêche Républicaine fournit des dessins humoristiques à cette occasion. Et la rédaction profita de l’évènement pour évoquer d’autres survols en Haute-Saône et rappeler les consignes de sécurité.

Elle se plaignit aussi de la censure d’un dessin mettant en cause la DCA, mais le journal put tout de même publier une Anastasie réjouie d’avoir du travail.

Dans le Petit Comtois de la même date, un espace blanc de quelques centimètres donne raison à la Dépêche sur l’exercice de la censure.

La Dépêche Républicaine du 1er mars 1916

Quant à l’Eclair Comtois, servilement, il conclut son compte-rendu de ce survol du 29 février 1916 par ces mots : « somme toute, les Bisontins, s’ils veulent être sincères doivent convenir qu’ils n’ont rien vus et ne savent rien [de cette alerte] ».

Quelques jours après, et à plusieurs reprises, d’autres survols de Besançon étaient signalés. Voici la version officielle de celui du 10 mars :

Archives fournies par Eric Mansuy

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