De la boue à Besançon …

La Dépêche Républicaine du 29 janvier 1921

Les tribunes publiques de la presse locale ont cet avantage de soulever des problèmes du quotidien auxquels les habitants accordent de l’importance. Et derrière leur simplicité concrète des questions plus graves peuvent apparaître.

La date proche d’un conseil municipal conduisait parfois des citoyens de la ville à passer par la presse pour donner du retentissement à leur réclamation. En cette fin janvier, en voici deux de même nature. L’une émane d’une personne qui  vient fréquemment en ville par la porte d’Arènes (aujourd’hui disparue), l’autre a été produite par un groupe de commerçants, usagers de la gare de la Mouillère.

Les deux quémandeurs se plaignent de la boue sur la voierie et usent de la même ironie mordante en demandant à la municipalité de leur fournir des échasses pour se protéger de l’épaisseur de boue dans les lieux cités. Ils vont même jusqu’à parler de 20 cm de boue.

Or, les anciennes cartes postales de ces lieux tendraient à leur donner raison, d’autant que les photographies étaient plus vraisemblablement prises en été, quand la boue était absente ou durcie par la sécheresse. Or, on la voit relativement bien en grossissant les images comme le permettent si bien les zooms de memoirevive.besancon.fr.

Sur cette image, même sans détail, on remarque la boue au premier plan. L’aire était pavée, mais se couvrait petit à petit de boue pendant la mauvaise saison, d’autant que le crottin de cheval y contribuait s’il n’était pas rapidement ramassé.
Le détail suivant, sur une autre image, confirme, et l’on peut même voir que le piéton a remonté ses canons de pantalon pour ne pas les souiller.

Ces récriminations défendables permettent de rappeler que les effectifs du personnel municipal étaient alors restreints et les employés de l’entretien ne pouvaient donc assurer partout la propreté. Les commerçants soulignent toutefois que les rues de la ville étaient « balayées assez souvent ».

En 1921, une municipalité de 56 000 habitants comme celle de Besançon ne dispose pas de moyens financiers proportionnellement aussi importants qu’aujourd’hui. Or, ses dépenses ne cessent d’augmenter et les déficits aggravés par la guerre grèvent aussi les budgets locaux et pas seulement celui de l’Etat.
En 1921, les questions de ravitaillement relèvent encore en partie de la ville, même si la guerre est terminée ; l’inflation est telle que l’intervention publique s’impose pour approvisionner suffisamment le marché ; les caisses de chômage sont largement abondées par la municipalité or le nombre des chômeurs augmente cette année-là dans l’horlogerie ; les investissements dans les adductions d’eau nécessitent des travaux coûteux ; les progrès de l’hygiène nécessitent de multiplier les WC publics (qui resteront toujours en nombre insuffisant à Besançon) ; le service d’incendie doit être mieux équipé ; les effectifs de policiers (la police est alors totalement municipale pour quelques temps) augmentent face à des vols, agressions, cambriolages en hausse. L’assistance publique, hospices, hôpital, crèche,  l’enseignement primaire, demeurent des secteurs de dépenses importants.
La voirie tient une place non négligeable dans le budget, mais l’on voit que le problème de la boue n’est pas pour autant résolu.

A l’époque, de nombreuses dépenses sont partagées avec des sociétés privées, que ce soit pour les tramways ou le réseau d’électricité.

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