Quand la banlieue de Besançon songeait à la dissidence

Eclair Comtois et Petit Comtois des 12 et 13 janvier 1921

La majorité de la population bisontine  était alors habituée à vivre dans une cité bien circonscrite dans ses remparts, elle ne voulait pas voir le manque d’équipements publics des quartiers périphériques, mais appartenant pourtant bien à la même municipalité. On était pourtant au début du XXe siècle et la ville avait déjà débordé de ses murs depuis plus d’un demi-siècle.

Pour comprendre les réactions de certains citoyens de Besançon et l’inaction (relative) des élus, il faut rappeler la particularité du territoire communal bisontin. Très grande commune, couvrant plus de 65 km², Besançon a toujours eu une densité moyenne très faible pour une ville car l’espace bâti, dense et ancien, se limitait surtout à la Boucle que fait le Doubs en avant de la Citadelle et à un quartier avancé au-delà du pont Battant, Battant-Arènes. Depuis le recensement de 1876, la population oscillait autour de 55 000 habitants ; elle en comptait 58 000 en 1911 et seulement 55 652 en 1921. La majorité de cette population occupait donc la ville proprement dite, le centre ancien actuel.  Même si l’on fait abstraction des espaces forestiers de Chailluz, au nord, et des collines boisées et fortifiées au Sud, une étendue importante accueillait la population croissante du fait de l’industrialisation, du développement des services et de la fonction militaire.

Ainsi, des quartiers s’étaient déjà développés hors les murs et parfois à bonne distance. L’arrivée du chemin de fer en 1856 profitait au quartier des Chaprais et étendait la ville vers le nord-est en direction de la gare, avec continuité de bâti . La Butte, comme Tarragnoz se densifiaient aussi à proximité. Quant à Saint-Claude et Saint-Ferjeux, ils devenaient progressivement de véritables quartiers plus lointains,  de plus en plus organisés en paroisse autour d’une église récente, celle de Saint-Claude (1854-1858) ou la basilique de Saint-Ferjeux (1884-1901). Ils  ressemblaient beaucoup à des villages à l’écart de la ville centre, tout en faisant partie de la même municipalité. Plus loin, au nord-est, Palente restait agricole et de vastes terrains en pâtures y permettaient parfois l’atterrissage des premiers avions, preuve que les espaces non construits étaient étendus.


Plan de 1883. Encadrés de rouge, les quartiers en continuité avec la ville dans ses murs. Cerclés de rouge, les quartiers plus éloignés avec rupture de continuité dans le bâti.

Or, si des efforts entrepris par les conseils municipaux depuis la Belle-Epoque avaient permis quelques équipements à ces bisontins excentrés, les problèmes restaient nombreux en matière de réseaux d’eau, de gaz, d’électricité et de transport public. C’est pourtant sur ce dernier point que les efforts avaient porté avant la Grande Guerre. Des lignes de tramways  poursuivaient dès lors le réseau vers Saint-Claude et vers Saint-Ferjeux.

A leur propos, l’Eclair Comtois des 12 et 13 janvier 1921 donnait la parole à des citoyens mécontents, mais pour des raisons opposées. Le premier estimait que la désserte des quartiers de Saint-Ferjeux et Saint-Claude, excentrés, devait se limiter à une voiture pour multiplier les passages de voitures au centre et aux Chaprais. C’est pourquoi, le second répliqua ironiquement en disant que l’on avait qu’à supprimer tout service public… mais qu’alors ces citoyens feraient dissidence pour s’administrer eux-mêmes.

Le plan Derathey de 1926 ignore encore certains quartiers périphériques alors qu’ils sont partie prenante de la ville. C’est le cas de Saint-Ferjeux, à l’Ouest, totalement en dehors de cette édition. On comprend mieux l’avis de ce lecteur de l’Eclair Comtois,  disant des habitants qu’il s étaient prêt à s’administrer eux-mêmes. Et, si Saint-Claude apparaît au nord, ce n’est qu’incomplètement.

Dans  le Petit Comtois du 13 janvier, des propriétaires habitants  Palente sollicitent la mairie pour l’installation de l’électricité. Ils sont prêts à passer contrat avec une Cie autre que celle avec la quelle la municipalité travaille. Il s’agit là de récriminations comparables, quoique moins mordantes, à celles des habitants de Saint-Ferjeux.

Comme toutes les villes françaises, Besançon n’avait pu faire progresser ses équipements pendant la Grande Guerre, mais ensuite elle se trouva soumise aux lois de 1919 et 1924 qui l’obligèrent à une anticipation, à savoir un plan d’aménagement, d’extension et d’embellissement. Et les plans Boutterin prirent en compte la poussée urbaine de l’entre-deux-guerres.

Il n’empêche que la ville continua, dans les années 1950-1980, à subir les effets de sa superficie. Les couples voulant échapper à la pression fiscale et acheter une maison individuelle s’éloignèrent au de-là du territoire municipal. L’agglomération bisontine mis ainsi du temps à coopérer avec les communes voisines car il n’y avait pas de tissu urbain continu entre la ville centre et les communes périphériques. Il fallut attendre 1993 pour les prémices de la communauté urbaine du Grand Besançon Métropole. Mais aujourd’hui encore, la continuité de l’agglomération n’existe pas, entrecoupée par des ruptures boisées ou herbagères. Ceci est plaisant pour l’environnement de l’habitat, mais déplaisant pour les liaisons de transport aux distances d’autant plus longues.

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