Les sénatoriales de 1921 dans le Doubs : une campagne brève, mais virulente

Des journaux de Besançon du début janvier 2021

Prévues pour le dimanche 9 janvier 1921, les élections sénatoriales demeuraient dans la même dynamique que les législatives de novembre 1919 ; le Bloc National majoritaire à l’Assemblée depuis cette date espérait renouveler son succès pour devenir majoritaire au Sénat. Mettre en valeur les colonies pour mieux en tirer profit, accepter une réforme administrative, celle de la régionalisation, semblaient faire l’unanimité à droite et à gauche, mais l’on sait que les détenteurs du pouvoir départemental jouaient les hypocrites. Utiliser la peur du bolchevisme auprès de tous les propriétaires, petits et grands, affirmer la volonté de faire payer l’Allemagne pour résoudre l’énorme problème de la dette publique, voilà deux thèmes sur lesquels la droite bâtissait ses slogans. Et la gauche modérée ne s’en écartait guère. Le parti socialiste souffrait de sa division récente avec la naissance du parti communiste français quelques jours avant le scrutin, parti rallié à la IIIe Internationale  (Komintern) animée par les bolcheviks. Le parti radical, affaibli depuis 1919, espérait encore  maintenir une majorité au Sénat. Les élections portaient sur le tiers des sièges, soit 96 à pourvoir dont 3 dans le Doubs. Elles se faisaient au scrutin indirect par des délégués sénatoriaux, essentiellement des élus locaux.

Dans le Doubs et à Besançon, la campagne fut brève mais  virulente. Les deux camps ne reculèrent devant aucune méthode pour salir leurs adversaires. Comme lors des scrutins antérieurs, l’Eclair Comtois se montra le plus agressif, blessant et calomniateur.

. Le Petit Comtois fut parfois plus réservé et eut même une certaine considération pour la tête de liste de ses adversaires, le marquis de Moustier. Il ne fit cependant pas de cadeau à Gaston Japy, « le patron cravache » d’avant-guerre.

La Dépêche Républicaine de M. de Moustier mania l’ironie blessante envers son adversaire le plus solide. Ses références militaires étaient indéniables et son engagement en faveur de l’aviation militaire fut incontestable. Et, contrairement à sa modération habituelle, le journal traita de parade de chez Barnum, un rassemblement électoral des candidats radicaux.

Les candidats de gauche ayant une chance d’être élu appartenaient presque tous au parti radical. Adolphe Girod, député, Félix Bougeot, conseiller général et Alexandre Grosjean, sénateur sortant, appartenaient à une liste nommée d’Union Démocratique.

Les candidats de droite s’étaient réunis dans une Union Républicaine d’Entente Démocratique et Libérale. Pour le Doubs, l’industriel Gaston Japy, qui avait été 4 fois candidat malheureux aux législatives précédemment, Maurice Ordinaire, sénateur sortant, et le député et marquis René de Moustier, président du Conseil Général, un des principaux administrateurs et propriétaires de la Dépêche Républicaine éditée à Besançon.

Dans l’Eclair Comtois, furent repris les thèmes qui avaient fait leur preuve en 1919 pour les législatives. Ainsi, le thème de la responsabilité des radicaux dans la guerre de 1914 et de l’impréparation française qui aurait valu au pays d’être envahi au nord-est occupa-t-il plusieurs billets de presse.

Et la rédaction n’hésita pas à prétendre qu’un candidat adverse aurait été un  embusqué de 14-18. Le journal  insinua que le candidat radical Félix Bougeot  s’était fait porter pâle pour échapper au service actif. De la classe 1893, il avait donc déjà 41 ans en 1914 et il aurait tout au plus intégré un régiment de la réserve territoriale.

Le 5 janvier, la tribune politique est écrite par Gaston Japy ; rien de surprenant avec son antibolchevisme, mais il ajoute son adhésion aux quotas d’immigrés pratiqués  par les Etats-Unis et souhaite une application comparable en France. Pour réduire le rôle des partis politiques, il prône des associations citoyennes actives.

Le ton de la tribune de Louis Hosotte, le 6 janvier,  était plus modéré, presque onctueux et son vocabulaire ne dérogeait pas avec le catholicisme.

L’autre thème mis en avant par l’Eclair Comtois concerne les liens entre les radicaux et les bolcheviks. Les radicaux sont systématiquement présentés comme fourrier de la Révolution. Je ne sais s’ils eurent recours localement à la célèbre affiche de « l’homme au couteau entre les dents », utilisée pour effrayer les propriétaires lors des législatives de 1919, mais il est sûr que le ton employé dans les articles de ce journal relevait du même objectif : assimiler toute la gauche au bolchevisme et faire peur.
Même la Dépêche Républicaine se livra à ce genre de sous-entendu.

La liste de droite emporta les trois sièges du Doubs. Admettant la défaite des candidats qu’il soutenait, le Petit Comtois du 10 janvier donna les résultats en regrettant seulement un appui insuffisant des socialistes bisontins. Il se réjouit par ailleurs du maintien d’une majorité de gauche au Sénat (en fait d’un équilibre droite-gauche), les résultats dans les autres départements n’étant pas aussi désastreux que pour les radicaux du département du Doubs.

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