Fin d’année anticléricale au Petit Comtois… et cléricale à l’Eclair Comtois.

Le Petit Comtois du 30 décembre 1920  
L’Eclair Comtois du 31 décembre 1920  

Le cléricalisme et l’anticléricalisme tenaient une place notable dans les deux journaux d’opinion de Besançon qu’étaient  le Petit Comtois et l’Eclair-Comtois. Ils en faisaient une de leur raison d’être et les billets de ce blog ont abondé sur ce sujet. Leurs duels, en une, ont occupé leurs tribunes de presse avant et pendant la guerre. Le dernier épisode d’ampleur datait de l’été 1919, quand la préparation des élections législatives de l’automne battait son plein.

N’ayant pas digéré leur défaite à ces élections de 1919, les radicaux – et le Petit Comtois est leur organe local – s’en prennent au Bloc National puissant à la Chambre des députés et largement acquis aux sympathisants cléricaux. Rappelant la place prise par le clergé pendant la guerre, ne niant pas sa participation aux combats, le Petit Comtois prend soin toutefois de citer la mise à profit par quelques prêtres et religieuses du désarroi des croyants et incroyants, de la peur de la mort et des questions sur l’au-delà pour réévaluer leur influence dans les ambulances comme au front.

En vérité, leurs craintes de menées cléricales ne manquent pas de fondement. Le Petit Comtois a déjà relayé l’avis des radicaux  hostile à la reprise des relations avec le Vatican, mais votée par l’Assemblée Nationale de droite.

Il craint désormais beaucoup plus et annonce des menées cléricales dont les buts seraient le rétablissement du budget des cultes, celui des congrégations religieuses d’enseignement, le retour des prêtres à l’école pour y enseigner le catéchisme. La laïcité à l’école publique tenait à cœur aux radicaux et la querelle scolaire était loin d’être éteinte.

Le rédacteur en chef de l’Eclair Comtois, Louis Hosotte, ne resta pas sans réaction et à la veille de la nouvelle année, sa réponse s’appuya surtout sur une expression utilisée par la rédaction de son adversaire : les humbles desservants des campagnes (curés) réduits à la portion congrue par la ladrerie des fidèles, annoncent, tout remplis d’aise à la pensée de grasses prébendes, le rétablissement prochain du budget des cultes.

Le budget des cultes existait entre le concordat (1801) et la loi de 1905 et servait, entre autres, à rémunérer les ecclésiastiques.  De grasses prébendes, il n’y en avait pas et il n’y en aurait pas. Sur ce point, Hosotte avait raison, surtout quand il ajoutait qu’il n’était pas question d’espérer le retour d’un budget des cultes (ajoutons, sauf en Alsace-Lorraine)

Aujourd’hui, ces échanges virulents entre les deux journaux nous apparaissent presque distrayants, mais il faut se plonger dans cette époque où l’on ne plaisantait pas avec ce sujet. Eminemment politiques depuis le XIXe siècle, cléricalisme et anticléricalisme animaient les débats au Parlement comme dans la presse d’opinion.

Les anticléricaux l’avaient emporté depuis les années 1880 avec un aboutissement : la loi de séparation des Eglises et de l’Etat en 1905. La droite de retour au pouvoir en 1919 avait une composante cléricale et celle-ci travaillait à affaiblir les lois laïques. Ainsi, mais hors de l’Eglise catholique, on peut noter qu’en 1920 l’Etat participa financièrement à la construction de la grand Mosquée de Paris. Mais, le Petit Comtois ne pense qu’à Rome, à la papauté et son clergé comme le montre ce dernier extrait.

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