Guerres de 1870 et de 14-18 : où va se nicher la jalousie entre Besançon et Dijon…

Les 22 et 23 octobre 1870  eurent lieu les combats de Cussey, Buthiers et Châtillon, villages proches de Besançon. La progression de l’armée prussienne des généraux August von Werder et Alfred von Degenfeld venait jusque là. La ville abritait alors une garnison et arrangeait au mieux ses fortifications très insuffisantes face aux progrès de l’artillerie allemande ; de plus l’armée  d’Albert Cambriels, s’installait à la périphérie.  L’armée de Garibaldi défendait le secteur de Dole, au Sud-ouest. Besançon ne manquait donc pas de forces, et Werder préféra occuper Dijon après une journée de combat le 30 octobre.

Ce combat et les batailles de novembre 1870 à janvier  1871, dont l’auteur de cet article se garde bien de parler alors qu’elles furent assez terribles, valurent à la capitale bourguignonne la Légion d’Honneur en 1899.

Le bisontin J-M Colin, dans cette édition de la Dépêche Républicaine du 14 août 1920, éprouve une certaine amertume jalouse : pour lui, Besançon n’a pas eu la reconnaissance méritée pour ses efforts. Et ce rédacteur entreprend le récit des évènements de 1870 en les arrangeant quelque peu pour glorifier la résistance de sa ville et en omettant de parler des épisodes après octobre.

Il est vrai que Besançon fut sans dessus dessous pendant les mois de septembre 1870 à janvier 1871. A la mi-octobre, Garibaldi et Gambetta y passèrent et pour le 20 octobre, on peut lire ceci dans le journal d’Auguste Castan.

Il ajoute : je commence à descendre de leurs rayons nos manuscrits pour les descendre dans les caves, dans le cas où l’ennemi viendrait à nous investir.
Et pour le 22 octobre, Castan précise que l’on ramène sur la ville passablement de blessés alors que les ménages de la banlieue continuent à affluer.

Après octobre, Besançon resta sous la pression prussienne et dut encore accueillir une partie de l’armée de l’Est de Bourbaki fin décembre et début janvier 1871 où, le quatre, le général lui-même fut de passage.
Ce sont les mois les plus durs pour la ville et les registres des décès en attestent.

Ainsi, pour une année habituelle comme 1869, on enregistra 1504 morts dans la ville. Si pour 1870 on passa à 1800, on en enregistra 529 du 25 octobre au 31 décembre. L’année terrible de 1871 totalise 4089 décès sur les registres (d’ailleurs au nombre de quatre alors qu’en année normale un seul y suffisait) dont 2542 du 1er janvier au 18 mars, 1271 du 18 mars au 9 octobre et pour le reste de l’année : 276.
Un témoin qui s’informait auprès de l’état-civil, Alexandre Bertrand (1814-1878), note les nombres suivants pour janvier et février 1871 ↓ en différenciant les décès des militaires de ceux des civils.

C’est bien cette rivalité entre Dijon et Besançon qui conduit ce rédacteur à envisager la Légion d’Honneur pour sa ville et si ce n’est pas pour 1870, ce pourrait être pour son rôle en 1914-1918.
Et de rappeler l’importance de la place dès le début de la guerre, puis son action en arrière du front. Il admet qu’elle ne souffrit pas directement des combats, même s’il prend soin de parler des attaques aériennes en admettant leur faible impact.

On reste pantois devant cette ancestrale jalousie de Besançon vis-à-vis de Dijon. L’une et l’autre de ces villes eurent à souffrir des guerres et si Dijon en obtint une certaine reconnaissance en 1899, tant mieux pour elle.  

La remarque amère de cet auteur dans la Dépêche Républicaine, comme quoi Dijon arborait la Légion d’Honneur sur son blason, nous paraît déplacée aujourd’hui. De toute façon, elle ne tient plus puisque cette marque occupe aujourd’hui une place à l’extérieur du blason depuis 1962.

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