Quand les tas de fumier devant les fermes commençaient à indisposer…

Le Petit Comtois du 19 octobre 1920

Longtemps, des tas de fumiers fumants se sont élevés devant les fermes du Haut-Doubs et de toute la Comté comme dans bien d’autres pays d’élevage. Les villages-rues de la Lorraine en exhibaient de fameux.

Image empruntée au site CartesPostalesDeLorraine.com

La porte de l’étable donnant sur le devant de la maison, c’est au plus près que le paysan déversait le fumier enlevé derrière ses vaches. Ces tas de fumier montaient particulièrement haut à la fin de l’hiver quand les bêtes restaient à l’étable pendant plusieurs mois et avant que cet engrais ne soit enlevé pour être épandu dans les champs.
D’ailleurs, il y avait une certaine fierté à posséder le plus haut et le plus beau tas. Certains allaient jusqu’à tresser la paille de fumier sur les côtés visibles de la rue. Je me souviens en avoir encore vu dans les années 1960.
La Suisse alémanique connaissait cette tradition du fumier tressé sur les côtés d’un tas monté au carré. Ainsi bâti, le tas présentait l’avantage de mieux conserver les propriétés fertilisantes de cet engrais naturel. Voici un autre dicton suisse sur ce sujet : «Seau bien lavé, couloir bien torché, fumier au carré égal fille à marier!»

Or, le rédacteur du Petit Comtois, Claude Des Perrières, soucieux du développement touristique du département du Doubs s’insurge contre ces amas malodorants et dégoulinant de purin loin du tas principal.

Ses arguments tiennent à l’hygiène et il remarque à juste titre que le purin coule au ruisseau et même parfois jusqu’à la citerne de réserve d’eau pour l’exploitant. Il s’attache aussi à souligner la perte de qualité du fumier trop longtemps à l’air et desséché.

Il sait l’importance accordé à ce fumier par les paysans et évoque un quand-dira-t-on comme quoi le tas le plus beau et la plus belle mare à purin indiquent la maison habitée par la plus riche des filles à marier du village.

Mais le tourisme se développe et le promeneur ou le résident de passage se passerait bien de l’odeur et de la vue de ces fumiers alignés devant les fermes au cœur même des villages. C’est là tout l’objet de ce billet de presse. Prenant l’exemple du village de Foucherans (près de Besançon), Claude des Perrières montre comment un touriste ayant fait la remarque de ces fumiers puants autour de la place du village, le maire s’empressa de les faire déplacer par les paysans concernés, donnant une place proprette et charmante. Et le rédacteur d’intituler son billet « citation à l’ordre du jour » afin de féliciter les Foucheranais pour leur action en faveur de l’hygiène… et du tourisme.

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