Besançon et le plan Boutterin (2). 1919, hier…et aujourd’hui.

Le précédent article présentait  les objectifs généraux du plan Boutterin avec pour exemple le quartier de Bregille à Besançon.
         Les rues nouvelles et les rues frappées d’alignement sur Bregille Plateau méritent quelques détails,  de même les chemins et sentiers de promenade dans la forêt.

Le quartier étant vu comme une annexe du quartier de la Mouillère avec son établissement des bains salins, son grand hôtel des bains (construit par Marcel Boutterin, père de Maurice) son  casino avec salle de spectacles, restaurant et salles de jeux. On disait alors Besançon-les-Bains. Maurice Boutterin imagine Super-Bregille comme une station, sorte de cité-satellite  à développer pour attirer les touristes et dans une perspective résidentielle et de loisirs de plein-air. Rapidement en témoignent la construction des villas de la rue des Fontenottes ou celles du plateau de Bregille ainsi que les aménagements de promenades sur la colline.

Dès les années 1920, la municipalité procède à des alignements de propriétés le long des rues existantes ou projetées. Ce calibrage progressif, bien qu’inachevé, a laissé des traces sur le cadastre actuel  même si les nombreuses rues nouvelles projetées n’ont jamais vu le jour.

La loi de 1924 prévoyait que « le plan fixe la direction, la largeur et le caractère des voies à créer ou à modifier, détermine les emplacements, l’étendue et les dispositions des places, squares, jardins publics, terrains de jeux, parcs, espaces libres divers et indique les réserves boisées ou non à constituer, ainsi que les emplacements destinés à des monuments, édifices et services publics… »

                   Exemple entre le Chemin des Monts de Bregille du Bas (actuelle rue Chaffanjon) et le Chemin des Vareilles, à l’emplacement connu pendant longtemps sous le nom de Champ Mathey, aujourd’hui domaine  de Bregille, ensemble d’immeubles bas et de maisons de ville, accessible par une nouvelle rue, tracée dans cette intention, la rue Jenny d’Héricourt. Quelques repères permettent de se situer sur le plan : actuelle rue Chaffanjon, hier Chemin des Monts de Bregille du Bas, école, place des Vareilles…

. En clair, les rues actuelles, frappées d’alignement et élargies selon Boutterin.

. En gris foncé, les rues projetées et  non réalisées.
Une série de voies nouvelles aurait facilité l’accès à des parcelles constructibles. La grande parcelle appelée plus tard « champ Mathey » aurait été traversée par une rue parallèle à la rue Chaffanjon et par une autre en diagonale menant droit vers le Fort de Bregille. Aux deux extrémités de cette diagonale, deux carrefours dont la place dite des Vareilles au tracé alors défini et dont nous avons hérité. On remarque quelques limites cadastrales perpendiculaires aux principales voies.

Sur le plan cadastral de 2012, on peut remarquer (au bout de chacune des trois flèches)  des limites de parcelles qui avaient été frappées d’alignement en vue de la création de la rue en diagonale prévue par le plan Boutterin et visible sur le plan précédent. Plan cadastral de 2012. Extrait de : http://www.cadastre.gouv.fr

Sur ce même plan, on peut apprécier l’importance des constructions actuelles (en grisé) comme les immeubles et maisons de ville de la rue Jenny d’Héricourt ou les quatre petits immeubles qui donnent sur le Casino Shop de la place des Vareilles. Cette augmentation de l’habitat était envisagée par le plan Boutterin, mais avec une voierie de désserte beaucoup plus importante que l’actuelle puisque tout le trafic descendant par le versant ouest emprunte les Chemins des Monts et du Fort de Bregille.

Autre exemple sur le plateau et le versant Nord- ouest de Bregille.
En couleur claire, les rues actuelles avec leur nom.
En rouge, les rues projetées, non réalisées et, évidemment, sans nom.

 Comme sur d’autres quartiers périphériques, l’urbaniste Boutterin voit grand avec une nouvelle rue sinueuse côté N-O, mais permettant de réduire la pente, ce que ne fait guère la rue actuelle du Funiculaire. Profitant d’une époque où les constructions étaient encore rares sur le Plateau, trois nouvelles rues auraient convergé à l’angle NE du complexe de santé des Salins. Ces nouvelles voies, ajoutées aux anciennes, auraient facilité l’accès aux résidences et réduit le trafic sur le Chemin des Monts .

Extrait du plan Boutterin annoté

Au-delà de l’espace résidentiel du Plateau, M. Boutterin avait prévu un aménagement méticuleux de la forêt en haut de la colline. Une quantité de chemins piétonniers ou de sentiers traversiers devaient faciliter les promenades. Certains chemins, tracés tout droit dans le sens de la pente, auraient cependant présenté de vraies difficultés pour l’ascension avec d’importants dénivelés. On peut admirer le bel ordonnancement de ces tracés, mais leur nombre et leur largeur laissent pantois. La forêt n’aurait-elle pas été par trop mitée? Plusieurs chemins actuels datent de cette époque et les forestiers les apprécient quand il s’agit de débarder les arbres abattus, nombreux actuellement en raison des sécheresses répétées.
             Les sentiers escaladant la pente s’entrecroisent avec régularité. L’ensemble le plus remarquable est celui de l’ellipse. Ces allées de promenade ont été tracées, mais leur entretien n’a pas perduré et la végétation les a recouvertes.

Extrait du plan Boutterin interprêté et annoté

On peut voir cette ellipse sur l’image aérienne ci-dessous, de 1968, extraite du site de l’IGN « remonter le temps ». On la devine encore sur la carte IGN au 1/25000e de 1983 et sur la photo aérienne de 1987, mais elle a disparu sur les relevés plus récents.

Image aérienne de l’IGN. 1968. Extraite de « Remonter le Temps »

Il n’y a jamais eu cette grande allée qui devait relier le Fort au centre de l’ellipse, à travers l’actuel Grand Désert. Mais une autre subsiste en contrebas où commence le parcours de santé actuel.
            Cet aménagement inachevé était accompagné d’un reboisement souvent en pins sylvestres dont de nombreux spécimens dressent encore leur cime sur la pente NO de la colline.
            Ainsi, la forêt actuelle garde-t-elle quelques traces des projets de M. Boutterin pour super-Bregille. Il est peut-être heureux, cependant que tous n’aient pas été mis en application. La forêt actuelle, laissée partiellement à son évolution naturelle, n’en est que plus sylvestre.

Cet article a d’abord été publié sur le « Journal de Bregille » n°297 de l’été 2013
Les sources sont pour la plupart issues du plan Boutterin (1938) et de ses commentaires accessibles dans memoirevive.besancon.fr ou aux Archives municipales dans la sous-série 3T9.

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