Besançon et le plan Boutterin (1). 1919-1938, hier…et aujourd’hui.

Les projets de grands travaux et d’aménagement à Besançon ne sont pas propres à notre époque.  Après la 1ère guerre mondiale,  comme toutes les villes françaises de plus de 10 000 habitants, Besançon se trouva soumise aux lois de 1919 et 1924 qui l’obligèrent à une anticipation, à savoir un plan d’aménagement, d’extension et d’embellissement.

La municipalité confia ce travail à Maurice Boutterin en 1919 (cf. ci-contre).  M. Boutterin s’y consacra entre 1919 et 1937. Grâce à son  opiniâtreté, il obtint des élus une dépense en photos aériennes pour dresser des plans précis et à jour. Mais ce ne fut fait qu’en 1927. Le Petit Comtois du 25/11/1925 évoque dans le compte-rendu du Conseil municipal cette demande de photos aériennes.

Ces plans enrichis du travail de l’architecte sont visibles aux Archives municipales dans la sous-série 3T9 et consultables sur memoirevive.besancon .fr. Ils présentent un intérêt remarquable pour le centre ville et ses banlieues d’alors. Adopté en 1929, le plan se heurta aux réticences de l’administration des Beaux-Arts et ce fut peut-être une chance pour une partie des remparts et d’autres éléments du patrimoine que le projet Boutterin sacrifiait au nom de « la vie moderne ». L’adoption définitive du projet, remanié et simplifié, date de 1938, mais la seconde guerre mondiale compromit son application. Repris et modifié après 1945, il n’aboutit pas pour autant.

           L’urbanisation bat son plein depuis la 2ème moitié du XIXe siècle tout comme l’industrialisation. Les grandes questions urbaines portent alors sur le logement social, l’hygiénisme, la croissance urbaine avec le sort des fortifications anciennes (ainsi, Charles Siffert – maire de 1925 à 1939 – fit abattre la porte d’Arènes en 1932) et l’amélioration des transports (tramway de Besançon mis en service dès 1897…).

              En France, l’urbanisme n’en était qu’à ses débuts, peut-être parce que le pays resta à dominante rurale jusqu’en 1930, date à laquelle la population urbaine représentait 50% de la population totale. Les anglo-saxons furent plus en avance dans la réflexion urbaine et Ebenezer Howard eut de l’influence avec son concept de cité-jardin qui s’opposa à la ville industrielle sale et bruyante. Maurice Boutterin en tint compte dans ses projets.

Comme beaucoup d’urbanistes de l’époque, M. Boutterin intégrait l’hygiénisme à sa réflexion et ses propositions pour le quartier Battant auraient détruit bien des constructions dans l’objectif d’ouvrir et d’aérer des pâtés de maisons denses. Ce quartier populaire, où la santé des habitants était certainement plus médiocre que dans la Boucle du Doubs, où la tuberculose faisait peut-être plus de ravage, devait perdre un certain nombre de ses taudis ; on le voit sur le plan ci-dessous, à l’arrière de la rue Battant et dans le quartier d’Arènes, où des voies nouvelles et des cours devaient réduire l’emprise d’un bâti ancien et sans cachet architectural. Mais le charme du vieux centre (la Boucle n’était pas à l’abri de cette rationalisation hygiéniste) avec ses toits de guingois et imbriqués, surmontés de toute sorte de cheminées y eût beaucoup perdu.

Ajoutons, dans le même esprit que précédemment, le projet d’aménagement des rives du Doubs près de la Gare d’Eau. Préservant l’espace arboré – et aménagé depuis le XVIIIe siècle – de la promenade de Chamars, Boutterin ajoutait dans le prolongement un espace consacré aux sports nautiques et de plein air : des pelouses, une piscine municipale à l’emplacement de la gare d’eau, une plage et un embarcadère.

L’exemple des ébauches pour le quartier de Bregille présente l’intérêt de concilier espace naturel et espace bâti. Il concerne un quartier alors peu construit – à l’exception de Bregille-Village en position basse – sur une colline pentue, mais aux replats constructibles. Les modifications ou nouveautés envisagées, si elles avaient été appliquées, auraient profondément transformé les lieux. Pour comprendre les  objectifs de leur auteur, il faut savoir que, dans l’entre-deux-guerres, l’on continuait à considérer la colline et son piémont de la Mouillère comme un espace dédié aux loisirs d’une part avec le casino et les bains localisés au pied de la colline, et à la santé d’autre part avec la construction des Salins de Bregille « au bon air ». Dès 1917 une « maison d’enfants » victimes des privations de la guerre était envisagée sur la colline et fonctionnait dès 1919..

Sur Bregille-Village, peu de modifications prévues en raison d’un bâti déjà important : gare, habitat, artisanat. Sur Bregille-Plateau, de nouvelles voies pour lotir un espace encore peu construit, mais à l’accès déjà facilité par le funiculaire depuis 1912. Sur la colline boisée et au niveau du Fort de Beauregard et du sanatorium, un vaste espace culturel et de loisirs.

Carte postale de la station haute du funiculaire sur memoirevive.besancon.fr.
Remarquer la publicité murale pour le constructeur automobile bisontin Schneider.

      À Bregille, les pentes et la propriété privée morcelée ne facilitaient pas les programmes d’envergure, aussi la municipalité aurait eu des difficultés à exproprier pour les nouveaux tracés de rues. Toutefois, dès 1920, elle procédait à des alignements le long des chemins ruraux destinés à devenir de véritables rues. On peut regretter que, par la suite, la densification fût faite de façon plus ou moins anarchique au fur et à mesure des projets individuels et des actions de promoteurs. La voierie se révélant alors plus ou moins inadaptée.                                             

      Cet article, ici enrichi, a d’abord été publié dans « le Journal de Bregille », n°296 du printemps 2013
Deux autres suivront
Les sources sont pour la plupart issues du plan Boutterin (1938) et de ses commentaires accessibles dans memoirevive.besancon.fr ou aux Archives municipales dans la sous-série 3T9.

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