L’horlogerie et le problème du logement à Besançon en 1920

Le Petit Comtois du 18 septembre 1920

Voici un article qui informait sur la santé d’une branche économique essentielle à Besançon : l’horlogerie. Et son auteur, Louis Trincano, mettait en évidence le problème du logement dans la ville. Depuis près de cinquante ans, la population stagnait aux environs de 55 000 à 57 000 habitants, mais ne s’étendait guère au-delà de ses murailles. Aussi, le logement est-il insuffisant et surtout mal entretenu par les propriétaires après les années de guerre marquées par un moratoire sur les loyers.

Louis Trincano dirigeait l’Ecole d’Horlogerie de la cité depuis 1912 tout en étant lui-même fabriquant et secrétaire du comité intersyndical des horlogers du Doubs. Il dressait là un bref tableau de l’industrie horlogère alors à son avantage à Besançon en raison des difficultés du concurrent suisse qui souffrait d’un change monétaire désavantageux. La dépréciation du franc avait ses bons côtés en facilitant les exportations.

Le rédacteur avait conscience d’une période propice pour l’industrie locale. Déjà, Louis Trincano et la municipalité renouvellaient avec insistance leur demande au ministère de l’éducation de nationaliser l’Ecole d’Horlogerie afin de réduire les dépenses de personnels à la charge de la commune. Cette demande aboutira dès l’année suivante, en 1921.

Le projet d’édification d’une nouvelle école était aussi en cours. Celle-ci fonctionnera dès 1931 et sera inaugurée en 1933. La restructuration de l’industrie locale, commencée avant guerre, se relançait. La campagne de de rationalisation, encouragée par la presse professionnelle et le Syndicat des Fabricants de Besançon battait son plein. L’usine Lip servait de modèle en ce sens : travail aux pièces, stocks réduits, contrôle de qualité et, bientôt, travail à la chaîne. La reprise des années 1920 fut une réalité, mais avec moins de main d’œuvre. La montre bracelet portait un coup fatal à ceux qui dépendaient des montres de poche en métal précieux. Les décorateurs-guillocheurs disparaissaient en nombre.

Mais en septembre 1920, Trincano ne percevait pas encore ces reculs plus marqués en 1922 et 1927 et lors de la grande crise des années trente. En attendant, il savait l’horlogerie suisse frappée par le chômage et la main d’œuvre horlogère de ce pays prête à venir travailler en France et à Besançon en particulier. Louis Trincano dénombrait 50 ouvriers suisses arrivés pour le seul dernier mois. Mais le logement faisant défaut, sur ces 50 actifs, 45 étaient déjà repartis faute d’une chambre pour les recevoir.

L’habitat manquait parce qu’il y avait trop de taudis dans la ville et très peu de constructions. Il manquait aussi une politique du logement pour satisfaire la demande. Trincano, habilement, rappellait que le Suisse Mégevand, 125 ans avant, avait introduit l’horlogerie à Besançon à condition que « les émigrés horlogers obtiennent un logement approprié aux besoins et donné pour 9 ans ». Une petite centaine d’horlogers suisses accompagnèrent Mégevand à Besançon  à la fin du XVIIIe siècle et d’autres suivirent avec leur famille.

Trincano ne se contentait pas de déplorer une triste situation, il proposait une solution. La guerre achevée, les militaires étant nombreux à faire partie de troupes d’occupation en Allemagne, Besançon disposait de vastes casernes en bonne partie sous-utilisées. Il précisait que Nancy avait obtenu la possibilité d’utiliser des casernes vacantes. Il faisait donc la même proposition pour Besançon, ville de garnison.

Conscient des nécessaires aménagements de ces casernes, il proposait d’utiliser l’argent prévu pour le logement à bon marché (HBM). Il aurait souhaité que ces logements ainsi obtenus servissent à l’accueil de la main d’œuvre émigrée, mais aussi aux ouvriers bisontins souvent très mal logés.

Cela ne se fera pas et le recul de l’emploi horloger à Besançon, comme la reprise en Suisse mettront un terme à ces besoins, même si la qualité des logements continuera à faire défaut.

Dans la même édition de ce 18 septembre, un auteur signant « un vieux bisontin », encourage les familles à inscrire leurs enfants à l’école des Beaux-Arts. Il pense à la nécessaire relation entre l’art et l’industrie. Celle-ci a besoin d’artistes créateurs de modèles et d’ouvriers d’art pour réaliser leur conception. On est tenté de faire le parallèle, toute proportion gardée, avec le Bauhaus allemand.
L’esprit qui anime cette école d’art et d’industrie est le même. Il s’agit d’associer les artistes avec les artisans et même avec l’industrie pour produire de beaux objets accessibles à tous.

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