« Le volcan mondial »… hier et aujourd’hui

Le Petit Comtois du 11 septembre 1920

Non, il n’y a pas de répétition de l’Histoire et ce n’est pas une comparaison entre époques (1920 et 2020) que je souhaite ici souligner, seulement l’impression de concordance entre ce que l’on peut lire dans la presse actuelle et cette tribune du 11 septembre 1920 ; concordance non pas des événements et des faits, mais dans leur nature et la répétition des tensions avec la façon dont elles sont provoquées, perçues et traitées.

A la fin de l’article du Petit Comtois, le chroniqueur Léon Jouffroy en appelle aux gouvernants et parlementaires français pour qu’ils agissent au plus vite en faveur de la paix, estimant le pays lassé de tous les affrontements qui perdurent ou qui sont apparus depuis la fin de la guerre.

Précédemment, il a lancé une alerte angoissée devant une catastrophe qu’il craint : l’explosion du « volcan mondial », il ne parle pas de guerre mondiale, mais il y songe. En ce mois de septembre 1920, la Grande Guerre est pourtant terminée, des traités (encore inachevés pour quelques-uns) ont instauré la paix, mais l’auteur remarque que l’on continue à s’entretuer en raison des envies de domination des uns et des réactions de ceux qui se défendent.

Les conflits sont multiples et il ne faut pas y voir de simples responsables ambitieux et autoritaires comme le fait Léon Jouffroy. La guerre a tout bouleversé comme elle a affaibli, ruiné, de nombreuses populations. Les traités ont leur part de responsabilités en retraçant des frontières inadmissibles pour certains peuples, en créant sentiments d’injustice et de frustration après les efforts produits pendant le conflit, tant chez les alliés (comme la perception d’une vittoria mutilata chez les Italiens) que chez les vaincus.

Et le rédacteur énumère les conflits du moment.
Il commence par les incidents d’Orient et, plus loin, il cite l’Arménie, la Grèce, la Perse, toutes contrées concernées par l’affaiblissement turc avec la chute de l’Empire Ottoman. Le traité de Sèvres avec la Turquie a été signé le mois précédent (le 10 août), mais l’appétit des Anglais, des Français, des Italiens et surtout des Grecs entraîne des changements territoriaux et humains (cf. billet du 28 juin )  source de rivalités, d’incidents et de guerre. Les alliés laissent ainsi les Grecs attaquer les forces turques et trois années de drames commencent pour les uns et les autres.

L’auteur poursuit avec la tension italo-serbe ; en fait ce n’est pas seulement les revendications italiennes sur des territoires de l’Adriatique contestés au royaume des Serbes, Croates et Slovènes qui posent problème, mais les effets du Traité de Saint-Germain  nourrissant les mécontentements de certains nationalismes. Dans le cas italo-serbe, ce sont des alliés qui finissent par trouver un accord fragile à Rapallo en novembre 1920.
Suivent les hostilités en Russie et en Pologne. Cette dernière a surmonté les attaques soviétiques et a réussi à modifier la situation territoriale à son avantage, confirmée bientôt par le Traité de Riga.

L’Armée Républicaine Irlandaise (IRA) a repris dès 1919 sa guérilla contre l’armée britannique pour l’obtention réelle de l’indépendance et jusqu’à l’été 1921, l’île connait une escalade dans la violence.

En Haute-Silésie, les tensions entre Polonais et Allemands s’aggravent jusqu’au referendum de mars 1921conduisant à la partition de la province.

La dernière évocation faite par Léon Jouffroy concerne la Chine où se dessine le prélude à la guerre civile des années 1920.
Il serait facile d’énumérer des conflits en cours en 2020 pour démontrer que les temps actuels sont aussi à risques.  On remarquerait que le Proche et Moyen-Orient cumulent encore un nombre de conflits dont certains puisent leur source dans cet après première guerre mondiale. On pourrait aussi désigner des responsables, comme Jouffroy prétend qu’il en existait il y a cent ans, « ces êtres qui exploitent avec une audace sans pareille, avec un cynisme révoltant la crédulité naïve et la bonne foi » des peuples. La liste des personnages plus ou moins dictatoriaux agitant les relations internationales actuelles lui donnerait raison, même si aujourd’hui, comme hier, il est facile d’imputer toutes les tensions à ces hommes quand leurs causes sont plus complexes.

Enfin, vis-à-vis de la Société Des Nations créée par le Traité de Versailles, Jouffroy fait part de son scepticisme, même s’il n’a pas encore d’arguments pour le nourrir, la Société n’ayant pas encore eu l’occasion de faire ses preuves ou non.

Actuellement, l’ONU, qui a remplacé la SDN en 1945, apparaît trop souvent comme empêchée dans son action par le veto de certaines grandes puissances et ceux qui doutent de son utilité sont nombreux depuis sa naissance. Aujourd’hui comme hier, les Etats-Unis en freinent l’action, mais ce peut être aussi la Russie. L’ONU a pourtant déjà permis tant de dialogues et d’arbitrages que l’on peut pas s’arrêter à son impuissance apparente.

Si l’on devait différencier l’instabilité mondiale actuelle avec celle de 1920, il ne suffirait pas de distinguer des conflits, repérer l’action ou l’inaction d’organismes internationaux, ou la politique conduite par certains autoritarismes, il serait nécessaire d’y ajouter les menaces sur l’environnement, particulièrement le réchauffement climatique, sources de problèmes déjà bien visibles et en constante aggravation.  Ces menaces n’existaient pas en 1920.

Le billet du 8 juillet 2020 comme celui du 28 mai ou encore celui du 10 décembre 2019 portaient déjà sur ces analogies partielles entre le passé et le présent.

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