Une IIIe République fragile et décriée, selon Louis Hosotte

L’Éclair Comtois du 4 septembre 1920

Pour qui découvrirait le rédacteur de cette tribune de l’EC, Louis Hosotte, ce récent billet  lui permettrait de connaître les idées du journaliste et de son organe de presse. Il faut les connaître pour apprécier à leur juste valeur les propos tenus ce 4 septembre 1920 sur la IIIe République.

Louis Hosotte met à profit le cinquantenaire de cette République pour mieux la critiquer, mais l’on verra qu’il perçoit assez bien l’état de santé véritable du régime.
Ses premières lignes, sarcastiques, se contentent de la facilité à pointer des imperfections générales du pays attribuées à cette République en matière de liberté, prospérité, progrès et instruction.

Il ne développe ni n’argumente et l’on aurait aimé le lire sur les limites des libertés, celles-ci étant presque sans limites pour la liberté d’opinion, donc de presse. Pour l’instruction, on connaît son souhait de rétablir les congrégations religieuses dans l’enseignement, mais il aurait du mal à montrer un recul des savoir et savoir-faire apportés par l’enseignement public durant les cinquante dernières années (hormis la période de la première guerre mondiale).

Ensuite, il défend le report de la commémoration du 4 septembre 1870, date de la fondation de la IIIe République, contre les radicaux qui le déplore.
En fait, il répond à la tribune, parue la veille, de son adversaire le Petit Comtois. Ce journal défendait cet anniversaire, ne voyant aucune gêne à rappeler la défaite militaire de 1870 qui avait été le contexte de ce changement de régime puisque le nouveau n’était pour rien dans le désastre de Sedan et la capitulation de Napoléon III.

Suit, dans l’écrit de Louis Hosotte, un de ces raccourcis soi-disant explicatifs sur les responsabilités de la IIIe République, totales selon lui, dans la perte de 1 500 000 hommes en 1914-1918, l’endettement de l’État et l’inflation source de vie chère.

On n’est redevenu familier avec de tels propos en notre ère de post-vérité et de banalisation du mensonge, écartant toute complexité et réalité factuelle.

Plus loin, après avoir souhaité un régime d’ordre et d’autorité, il se montre plus clairvoyant sur l’état de la IIIe République en soulignant la baisse de confiance dans les institutions repérable avec la montée de l’abstention lors des élections.

Encore une fois, même si comparaison n’est pas raison, la situation présente de notre vie politique amène des constats qui vont fréquemment dans le  même sens. L’abstentionnisme, les fortes critiques du pouvoir en place, les divisions de l’opposition ne montrent pas une adhésion sans faille à la Ve République.

Si les dernières lignes de cet article de l’Éclair Comtois ne sont  pas prémonitoires, elles n’en soulignent pas moins une montée de l’antiparlementarisme, de la recherche d’un homme d’ordre – et l’évocation de la popularité du général Weygand inquiétante pour certains républicains qui imaginent possible un coup d’Etat – donc d’une fragilité de la République qui pourrait avoir à faire à un soulèvement populaire hostile.

Les Ligues commencent alors à se multiplier – en tant que mouvements politiques – , l’antiparlementarisme retrouve vigueur, et même s’il faudra attendre les années 1930 pour voir se manifester clairement ces risques pour la République, Louis Hosotte, qui adhère à cette opposition au régime, entrevoit cette possibilité qui lui agrée.

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