Les cartes de l’Excelsior. L’exemple de la Pologne en 1920.

L’Excelsior fut  publié de 1910 à 1940.

Ce quotidien était connu pour la place accordée aux illustrations, et surtout aux photographies, en une de chaque édition. Il en avait fait une ligne éditoriale et sa devise bien apparente dans la bannière de une.

Le défi était de suivre l’actualité avec des photos récentes et de qualité. Or, la similigravure donnait des images médiocres. Et la rédaction valorisait d’autant plus les cartes et croquis qu’il n’était pas nécessaire d’être en parfaite concordance avec l’actualité au jour près pour les réaliser alors que les photos pouvaient  vite être en décalage avec les événements en raison des délais de transmission.
Les cartes étaient toutes d’une grande lisibilité par leur simplicité et leur grand format. Quand on parcourt les unes  des dix premières années, on remarque que leur qualité s’accroît au cours de l’année 1918. Le repli allemand de l’été et automne poussa la rédaction à soigner les cartes ; elles illustraient le bonheur de la reconquête annonçant la fin de guerre.

Les cartes aux lignes nettes passaient fort bien à l’impression. Le journal s’en fit une spécialité et bien des sujets étaient clarifiés géographiquement pour le lecteur. A noter que l’échelle graphique ne manque jamais ; on ne peut pas en dire autant des cartes des autres maisons d’édition.

On peut en avoir une idée de ce que produisait l’Excelsior avec les publications des 5, 10, 18 et 25 août 1920. Elles portent sur l’évolution du conflit soviéto–polonais. Celui-ci implique une mission française et présente donc d’autant plus d’intérêt pour les lecteurs.

Pour montrer le recul des forces polonaises sous les assauts de l’armée rouge – les Polonais avaient progressé en avril-mai avant de devoir se replier depuis juin –  le cartographe qui illustre l’édition du 5 août se contente d’un fond de carte d’une simplicité extrême. Les repères de frontières, à l’Est de la Pologne, ont disparu face à l’incertitude de leur devenir. Les frontières de la nouvelle Allemagne du traité de Versailles restent plus sûres  et fixent des limites. Varsovie apparaît menacée comme c’était alors le cas.

Les éditions des 10 et 18 août utilisent les cartes pour dramatiser l’évolution du conflit et la rendre compréhensible aux lecteurs français en transposant la situation polonaise sur celle de la France en août-septembre 1914.

Sur la carte du 10 août, l’évolution du front, avec le recul rapide des armées polonaises, est reporté sur la carte de France pour faire un parallèle avec l’invasion allemande de l’été 1914. Ce 10 août 1920, les cosaques traversaient la Vistule.

Le procédé est efficace, montrant tout à la fois analogies et différences entre ces deux fronts à six ans d’écart.

La carte du 18 août, quand les succès deviennent polonais, est  moins expressive, mais plus précise avec une plus grande échelle pour éclairer le sort plus heureux de Varsovie. Et c’est le titre qui donne du vécu au lecteur français faisant le parallèle avec la bataille de la Marne quand Varsovie, le Paris polonais, est sauvé par des contre-offensives réussies.

La rédaction aime imbriquer les illustrations : ces ajouts informatifs à côté de la carte principale ont, ce 18 août, l’aspect d’un télégramme de correspondant de presse et de deux portraits, l’un des chefs d’armée polonais, le général Haller, et l’autre d’un membre de la mission interalliée de soutien, le général Weygand, conseiller à l’état-major polonais.

L’édition du 25 août illustre le retournement de situation à l’avantage des Polonais depuis la mi-août. Elle  s’accompagne de cette carte sur la réussite des troupes polonaises et le recul des armées soviétiques. Une légende claire et son échelle permettent d’apprécier la reconquête.

Un armistice sera signé en octobre et le traité de Riga avec la Russie soviétique confirmera les nouvelles frontières polonaises en mars 1921.

Les cartes ci-dessous, publiées le 21 mars 1921 permettent la comparaison entre l’avant-guerre et 1921.

La Dépêche Républicaine de Franche-Comté du 21 août 1920 écrivait : A l’Est de l’Europe, toute une aurore chargée de promesses semble forcer la nuit bolchevique à replier ses voiles…

Dans un tout autre domaine, cette représentation du globe terrestre pour imager les ondes radios de la station bordelaise La Fayette est aussi une réussite cartographique pour l’époque. Voulue par les états-majors américain et français, cette station radiotélégraphique devait faciliter les communications franco-américaines. Commencée en mai 1918, elle ne put jouer un rôle pendant le conflit et ne fut terminée qu’en août 1920.

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