« Les leçons du passé »…

La Dépêche Républicaine du 8 juillet 1920

…C’est le titre d’un texte d’après-guerre qui aurait pu être réécrit au lendemain de la 2 e guerre mondiale, ou même aujourd’hui après la crise de la Covid-19, même s’il importe de se garder de toute analogie entre les effets de la Grande Guerre, tellement plus terribles, et ceux de cette épidémie.
On sait que les expressions guerrières ont été utilisées par des politiques pour la crise sanitaire de la Covid-19 ; même si elles ont pu convenir pour certaines équipes d’actifs, soignants entre autres, totalement mobilisés, elles ne permettent pas une identification avec l’époque de la première guerre mondiale quand tout un pays devenait hôpital pour soigner des millions de blessés, quand des millions d’hommes étaient sous les drapeaux et la plupart au front, quand la plupart des familles connaissaient la perte d’un des leurs, quand à l’arrière, les femmes, des gens âgés, certains enfants travaillaient à la production de biens et services indispensables à la survie du pays.
Jusqu’à présent, en France, l’épidémie actuelle ne dure que depuis quelques mois ; 1914-1918, c’est plus de quatre ans de mobilisation totale et d’horreurs subies et partagées.

Dans les appréciations générales faites par l’auteur de cet article, on trouve des remarques valables pour l’après-crise présente. Elles sont soulignées en caractères gras.

Voici ce texte, transcrit en regard de l’original, lui-même extrait d’une revue intitulée « la Force Française » dont je n’ai pas retrouvé trace.

« Il est parfaitement vrai que la guerre a produit des nouveautés qu’il serait insensé de méconnaître. Nouveautés dans l’ordre politique et social ; quand tout un peuple a été groupé dans la souffrance et l’énergie pendant cinq ans, les classes de ce peuple ont des raisons nouvelles d’arranger mieux leur entente et, les classes plus heureuses, des raisons nouvelles d’améliorer le sort des classes moins heureuses.

L’héroïsme de tous, et des plus humbles, a crée des droits nouveaux, des droits qui, réels déjà, éclatent plus réellement. [ Comment ne pas penser aux propos d’Emmanuel Macron à propos des soignants : « ils ont des droits sur nous » ]
Des sentiments nouveaux sont nés : n’en doutons pas. Notre époque succède à la catastrophe la plus épouvantable que le monde ait subie depuis les invasions des barbares et, avant cela, depuis le déluge. Mais, plus notre époque est nouvelle, plus elle a besoin de l’aide que le passé lui offre.

Pour résister aux conséquences les plus redoutables d’une catastrophe, nous avons à rechercher ce qui en est le contraire, la continuité. Ce que fait une catastrophe, c’est de rompre la continuité : tâchons de la rétablir.

Une époque est la longueur d’une étape sur la route que suit l’humanité. Mais la catastrophe a démoli les ponts. Elle les a démolis derrière nous ! Et nous n’avons point envie de retourner sur nos pas !… Nous sommes, sur la route que suit l’humanité, une troupe en marche. C’est de l’arrière que nos sont amenés la subsistance, les munitions et les ordres. Il ne faut pas que les ponts soient rompus : ou bien nous allons défaillir sur la route. Aussi voudrais-je voir qu’aujourd’hui l’on répare les ponts ;mais il me semble que pas mal de gens sont occupés, sont acharnés à détruire ce qui subsistait. Voilà le péril.

Nous ne manquons pas de volontaires pour aller de l’avant, fût-ce à l’aventure. C’est aux postes de prudence et de sagesse que l’affluence n’est pas grande ; c’est aux relais par où viennent du passé les bons secours de vérité dûment éprouvée. C’estlà autour du passé, autour des ponts et au bord de la route qu’il faudrait qu’on fît bonne garde et qu’on redoublât de vigilance. »

On a affaire à un point de vue particulier, celui d’un homme qui s’effraie de l’agitation révolutionnaire de l’après-guerre  alors connue en France et dans bien d’autres pays.
Aussi prône-t-il la prudence, la continuité, donc le retour au temps d’avant, en cela il est en désaccord avec tous ceux qui rêvaient d’un « grand soir » pour libérer les plus pauvres et les plus exploités, ceux qui voulaient « aller de l’avant, à l’aventure », selon lui.

Aujourd’hui aussi,  tous les décideurs ne veulent pas changer de politique alors que les inégalités ont été exacerbées par la crise sanitaire de la covid-19 puis de ses conséquences économiques et sociales. L’opposition entre conservatisme  et progressisme social [ajoutons écologique] demeure.
Certes, en accord avec ce rédacteur, on admet qu’il ne faut pas faire table rase du passé et, au contraire, y puiser des enseignements, mais la continuité souhaitée par cet homme, en 1920, n’est ni plus ni moins qu’un conservatisme et un rejet des socialistes de l’époque. Or,aujourd’hui plus qu’hier, le conservatisme comme l’immobilisme semblent bien mal adaptés à la situation. Elle implique plus nettement une rupture avec les excès du libéralisme et de la mondialisation si l’on veut retrouver une société plus unie, plus fraternelle et plus respectueuse de son environnement naturel. Elle implique aussi le plus large consensus possible, condition sine qua non pour les transformations profondes par lesquelles il faut passer.

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