Un journal d’opinion vu par son rédacteur en chef

L’Éclair Comtois du 1er juillet 1920

Il est difficile d’apprécier Louis Hosotte, le rédacteur en chef de l’Éclair Comtois. Depuis bientôt 7 ans que je lis ses tribunes écrites entre 1913 et 1920, il m’est apparu insupportable par son virulent antisémitisme. A plusieurs reprises, on a pu déceler son regret de la monarchie, surtout parce qu’elle associait la religion catholique à son règne. Ses fréquentes références à l’Action Française montrent son penchant pour ce régime ou au moins un régime personnel autoritaire.
On trouve d’ailleurs le motif de cette tribune dans un reproche auquel il souhaite répondre, celui d’avoir critiqué les institutions, donc la République parlementaire.

Son cléricalisme excessif le conduit aussi à des prises de position partisanes, mais on est là dans le virulent débat clérical/anticlérical de l’époque et ce blog en a montré maintes fois l’importance locale.
Il faut lui reconnaître un style direct, tranchant, des propos dérangeants (hors l’antisémitisme qui est plus que dérangeant) à l’encontre de la IIIe République et des radicaux, ses ennemis anticléricaux et souvent francs-maçons, et qu’il déteste à ce titre. Ses dires stimulent le débat d’opinion et soulèvent de vraies questions sur les faiblesses du régime républicain d’alors.
La ténacité de son action contre son adversaire local qu’est le Petit Comtois, journal des radicaux, avec l’âpreté de ses appréciations a fait mouche plus d’une fois, y compris quand il s’en prenait à certaines personnalités
Vis-à-vis de la Dépêche Républicaine, son positionnement n’est pas plus tolérant ; à ce journal qui a des rédacteurs catholiques, il reproche de ne pas prendre parti pour le cléricalisme, il ne supporte pas sa modération, son centrisme dirions-nous aujourd’hui.

Ce 1er juillet, Louis Hosotte ne tourne pas autour du pot et sa présentation de la ligne du journal est impeccable d’exactitude, sinon l’énorme omission de son antisémitisme.

On sait contre qui et pour qui existe ce journal. Si l’on peut lire aussi pourquoi, il est plus difficile de savoir contre quoi, sinon qu’il s’agit de « doctrines funestes ».

Cela est suffisamment vague pour ne pas avoir à se tromper en attribuant à ses adversaires des défauts précis. Il ose cependant réécrire que la République est responsable de la Grande Guerre et surtout de son impréparation à l’affronter.

Et s’il se garde bien d’écrire que le régime a pu aussi contribuer à la victoire, il n’hésite pas à lui attribuer l’insuffisance des Traités qu’il juge peu en faveur de la France. On voit alors la période qu’il regrette, celle de Mac Mahon, président d’une France où le catholicisme et son clergé étaient favorisés, avec ce monarchiste à sa tête, prêt à céder la place à un souverain légitime, cette France de 1874, avant que les républicains ne l’emportent aux élections parlementaires.

Mais Hosotte reste un acteur de son temps et ne fait pas que se nourrir d’une nostalgie estimée heureuse. Satisfait du résultat des élections législatives de 1919 qui ont vu le succès du Bloc National, Hosotte rappelle qu’il a essayé  d’aider à l’élection de députés de cette coalition, combattant les radicaux, et au niveau franc-comtois comme au niveau national, le Bloc l’a emporté. Il estime  avoir contribué à ce succès.

Il termine en rappelant les objectifs du journal dans une courte profession de foi, n’oubliant pas son adversaire habituel, l’anticléricalisme.

Homme de son temps, Louis Hosotte représente une tendance politique d’extrême droite qui se reprend à espérer une France toute entière catholique, avec un régime, peut-être républicain, mais incarné par une personnalité autoritaire.

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