Besançon, tout un régiment de soldats « apaches »?

La Dépêche Républicaine du 16 juin 1920 + le Petit Comtois et l’Éclair Comtois

Par un tweet, il y a quelques jours, j’informais du déplorable comportement de militaires du 506 e Régiment d’Artillerie d’Assaut de Besançon, voulant montrer que les avantages d’une ville de garnison trouvaient leurs limites dans la diversité des comportements de jeunes gens que l’armée n’arrivait pas toujours à contrôler. ↓

Citant le Petit Comtois du 26 mai 1920, je me contentais de relater des faits divers désignant des soldats du 506e RAA comme responsables de quatre attaques de nuit contre des passants de Besançon qu’ils détroussèrent et blessèrent parfois gravement. On eût pu croire qu’il s’agissait de débordements caractéristiques des villes de garnison lorsque certains soldats ont trop bu et se laissent aller à des excès. Or, à la lecture de la Dépêche Républicaine, le 16 juin suivant, on découvre un Régiment gangrené par des équipes de voleurs se livrant à leurs larcins à grande échelle. Et les deux autres journaux de la ville donnent la même information.

La Dépêche donne des détails sur une affaire qui durait depuis quelques mois et nourrissait, à tort, la méfiance vis-à-vis des employés de la gare de chemin de fer Viotte,  à Besançon. Une brigade mobile de policiers de Dijon fut chargée de l’enquête et elle abouti à l’arrestation d’une trentaine de soldats du 506e RAA (33 arrestations, précise l’Éclair Comtois).

Ces hommes étaient chargés de la garde du matériel militaire stocké en gare et ils en profitaient pour se servir dans les marchandises destinées aux civils. Le journal donne l’ampleur des vols pour un montant de 100 000 francs et parle de « pillage collectif ». Des équipes venant du casernement agissaient avec la complicité des gardes et véhiculaient vers leur cantonnement des quantités de produits dont vins, liqueurs, eaux de vie, café et conserves. Le rédacteur s’interroge sur la cécité des gradés qui ne virent point ces marchandises pourtant en grand nombre.
Une grande partie de ce qui était volé était consommé à la caserne et de nombreux hommes ont été vus ivres. Le reste était vendu en ville par l’intermédiaire de receleurs. Un juge d’instruction fit arrêter trois cafetiers à la Butte, près des casernes, rue du Petit-Battant et rue Sachot. Ces receleurs furent jugés en correctionnel le 23 juillet 1920 et écopèrent de lourdes amendes pour les uns et de 6 mois à un an de prison pour d’autres.

La gravité des faits pour le 506e RAA tient dans ces quelques lignes du journal : ce qui ressort des premières constatations c’est qu’à peu près tout le 506e a profité des larcins commis et que si l’on était dans l’obligation de poursuivre tous les coupables de recel, il faudrait poursuivre le régiment.

La rédaction de la Dépêche termine en déplorant le risque de voir toute la garnison de la ville salie par la malhonnêteté de quelques-uns.

Ce 506e RAA avait été mis en place à Besançon l’année précédente. Ses manœuvres dans l’espace du Polygone militaire éveillaient la curiosité de nombreux Bisontins impressionnés par les chars.

Le commandant du Régiment prit soin de communiquer aux journaux de Besançon une mise au point pour ne pas salir toute l’unité au prétexte que quelques-uns avaient failli. Le problème n’en était pas moins grave et l’on suppose que le Régiment dut être repris en main avec fermeté après ces lamentables dérapages bien trop nombreux pour n’être dû qu’à l’action de quelques-uns.

Quatre jours plus tard, le 506e RAA participait à un grand prix de chars de combat  à Satory. Il faut croire que tous les membres de ce régiment n’avaient pas les mêmes défauts que ceux dont il a été question plus haut. Mais, comme le suggère le rédacteur de la Dépêche Républicaine le 16 juin, si tous goûtaient aux plaisirs des alcools volés, il n’était pas surprenant de ne pas les avoir vus gagner cette compétition.

L’Excelsior du 21 juin présentait les équipes qui concouraient, dont celle du 506e Régiment d’Artillerie Spéciale, nouvelle dénomination des Régiments de chars.

Pour en revenir à l’affaire des vols, un Conseil de guerre fut spécialement tenu pour juger 28 accusés, le 10 août. Les peines allèrent de 15 jours à cinq ans de prison. Trois accusés bénéficièrent de sursis.

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