Les stocks de précaution, hier comme aujourd’hui….

… Ils apparaissent parfois mal gérés et provoquent des réactions critiques.
L’Eclair Comtois du 28 mai 1920

Récemment, ce printemps, la gestion des stocks de masques de protection en cas d’épidémie virale en a ébahi plus d’un. Plusieurs années avant 2020, d’abord alarmée par les risques épidémiques, l’autorité gouvernementale prévoyait des réserves abondantes,  suscitant rapidement la critique en raison de la dépense liée. Puis, par mesure d’économie et par incrédulité vis-à-vis d’une hypothétique pandémie,  elle  fit détruire progressivement au fur et à mesure de leur péremption des quantités considérables de pièces, sans prévoir suffisamment leur remplacement. Et le développement du Covid-19 trouva le pays trop démuni de ces utiles protections.

En 1920, il n’était pas question de masques, quoique l’usage des gaz de combat en 1915-1918 aient conduit à des précautions dans l’armée et, plus tard, pour la protection civile. Les stocks évoqués dans cette chronique concernent toile, laine et coton, mais aussi chaussettes, caleçons, culottes, pantalons… et ce sont des stocks assurés par l’intendance militaire.  

Le rédacteur, Albert Monniot, a l’air de s’étonner de leur importance et s’empresse d’énumérer des chiffres. Pourtant, rapportés au nombre de militaires qui passèrent sous les drapeaux en 14-18, plus de 8 millions, ces stocks, même s’ils ne sont donnés que pour une région militaire, ne paraissent pas excessifs. Mais ce journaliste et écrivain d’extrême droite aime montrer du doigt des responsables, dussent-ils être militaires d’intendance. Et puis, devant la hausse des prix des vêtements, il lui faut proposer une solution du genre « yaka »; donc il n’y a qu’à puiser dans les stocks de l’armée

On ne peut lui donner raison quand on sait que, tout juste un an avant, en avril 1919, il y avait encore 2,3 millions d’hommes mobilisés. Et la démobilisation dura jusqu’en septembre. Monniot a beau rappeler que l’armistice remonte à 18 mois, l’état de guerre s’est prolongé bien après. Huit mois avant cet article, on sortait seulement de la guerre totale. Pouvait-on blâmer l’intendance militaire d’être précautionneuse ?

Il ne se trompe peut-être pas quand il craint la dégradation des stocks, certains, signale-t-il, ayant quatre ans. Mais alors, est-ce des produits vendables sur le marché ? Et puis, il a cité préalablement autant d’articles destinés aux hommes soldats  que de longueurs de toiles ou tissus réutilisables dans l’industrie du vêtement. Comment auraient réagi les ménagères, couturières à qui l’on aurait proposé des produits de l’armée pour se vêtir elles et les membres de leur famille ?

La source de cette information dont fait part Albert Monniot émanait d’Emmanuel Brousse, sous-secrétaire d’État aux finances depuis janvier 1920 dans le gouvernement Alexandre Millerand. Elle paraissait donc fiable.

Mais ce n’était certainement pas en vidant une partie des réserves de toiles et vêtements militaires que l’on allait faire baisser les prix des textiles et habits. La relance d’une production adaptée à toute la population civile pour ajuster l’offre à la demande avait plus de chance d’aboutir à une stabilisation des prix. Et puis, l’inflation ne dépendait pas que d’un déséquilibre entre offre et demande sur tel ou tel produit, elle avait des causes plus générales, liées à l’endettement, à l’afflux de monnaie, à la dépréciation du franc, au coût de l’énergie et de la main d’oeuvre, au déséquilibre de la balance commerciale, toutes causes qui influaient sur l’évolution de tous les prix.

Dans cet exemple de critique de stocks du siècle précédent, comme pour la question des masques dans la crise du covid-19 du printemps 2020, les réponses explicatives sont multifactorielles et plus compliquées qu’elles n’y paraissent..

2 commentaires sur “Les stocks de précaution, hier comme aujourd’hui….

  1. cher collègue bonjour j’espère tout d’abord que vous allez bien je vous contacte car je me rappelle de vos travaux sur le site académique et notamment d’une série d’une vingtaine de cartes sur Besançon et la Franche comté dans l’histoire. Auriez vous encore ce fichier et pourriez vous me le transmettre ? Cela me serait utile dans le cadre de travaux sur l’angle local que je poursuis toujours avec clés pour l’histoire D’avance merci Bien cordialement Jean-Pierre Costille

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